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Entre crise politique et défis du renouveau : quelles perspectives pour la gauche marocaine ?

Comment envisager l’avenir de la gauche marocaine dans un contexte marqué par la crise du politique, qui se traduit à la fois par une perte de confiance dans les institutions partisanes et par la montée en puissance de nouvelles formes d’expression et d’organisation en dehors des partis et comment analyser le déclin général des partis de gauche dans le monde, au profit d’autres forces politiques allant des libéraux modernistes à la droite et à l’extrême droite, en passant par les courants identitaires ? Et ce alors même que les idées de gauche (rôle de l’État, justice sociale, égalité, etc.) apparaissent comme étant les mieux établies pour faire face aux crises générées par le capitalisme mondialisé, les pandémies et les dérèglements écologiques.

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Intervenant à l’ouverture des travaux de cette université, le secrétaire général du PPS, Nabil Benabdallah, a souligné que l’essentiel des idées, des principes et des énergies qui faisaient la force de la gauche marocaine sont aujourd’hui hors de ses enceintes, considérant que cette gauche a régressé et qu’il est nécessaire aujourd’hui d’intensifier les efforts pour qu’elle retrouve son lustre sur la scène nationale. Et pour que cette gauche regagne ses galons et règne à nouveau sur le paysage politique national, poursuit M. Benabdallah, il faut qu’elle renoue avec les intellectuels des milieux universitaires, et dans les espaces éducatifs, professionnels et artisanaux, et qu’elle agisse à la hauteur des événements en cours, comme la crise qui touche aujourd’hui le secteur de l’enseignement.

Et le SG du parti du livre de rappeler que les grandes réformes engagées au Maroc ont été portées et défendues par la gauche, comme le pilotage de l’économie nationale, de l’effort d’investissement et la construction des infrastructures de base par l’État, l’extension du champ des libertés individuelles et collectives, la diffusion de la culture des droits de l’Homme, la promotion de la culture de l’égalité entre les hommes et les femmes et l’intégration des notions de justice sociale dans l’approche du développement.

M. Benabdallah a également fait état du recul de la gauche, évoquant ses échecs, dont le plus saillant est son incapacité à unir ses rangs et à travailler ensemble pour faire d’elle une véritable force motrice du projet de réforme nationale, ce qui a laissé le champ libre à l’émergence d’autres forces et groupes de pression. Il a insisté, dans ce sens, sur l’importance pour la gauche de restaurer son influence et la confiance dont elle jouissait, en cette période empreinte d’une crise du politique, ajoutant que la gauche a la responsabilité de constituer un paysage politique solide et authentique et que pour ce faire, il est nécessaire de procéder à une évaluation objective de ce qui se passe sur la scène nationale et que toutes les composantes de la gauche se doivent de concourir à la recherche de formules de collaboration communes afin de surmonter les difficultés du passé et les cloisonnements entre elles.

«La gauche ne doit pas se fier aux seuls gauchistes pour envisager l’avenir»

L’écrivain et ancien ministre de l’USFP Mohamed Achaari estime, quant à lui, que la gauche s’est mise en crise et en rupture avec les intellectuels en leur intimant de se subordonner aux politiciens et de coller à leurs idées. De plus, une des principales responsabilités de la gauche aujourd’hui est, à son avis, de ne pas confier la gauche et son avenir aux seuls gauchistes, mais de tendre la main aux intellectuels, de s’ouvrir à eux et de leur restituer leur place au sein des différentes formations de la gauche. L’ancien ministre de la Culture a également appelé à nouer un nouveau rapport avec la société par le biais d’un dialogue empreint de modestie, d’ouverture et de concession, et à revenir au socle identitaire de la gauche, qui consiste à pratiquer la politique par la lutte et non par les compromis qui ont fait perdre à la gauche ses capacités et son essence.

«La gauche a besoin de renouveler ses élites»

Intervenant au nom du Parti socialiste unifié (PSU), Nabila Mounib a pour sa part affirmé que la gauche a désormais besoin de renouveler ses élites. Cette gauche, constate Mme Mounib, est aujourd’hui en déroute, alors qu’elle formait la plus grande fraction politisée des espaces maghrébin et arabe au lendemain des indépendances. «Et aujourd’hui, elle doit se remettre en selle au lieu de rester à se lamenter sur les opportunités manquées», martelle-t-elle. Les partis de gauche sont aussi appelés, comme le dit la membre du bureau politique du PSU, à asseoir la culture politique à travers des centres de recherche et à se reconstituer sur la base des mêmes valeurs qui les ont toujours inspirés : la solidarité, la fraternité humaine, le refus que l’homme soit exploité par l’homme ou que la nature soit mise à mal, tout en intégrant les évolutions de l’ère de l’intelligence artificielle.
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