Dans un communiqué rendu public cette semaine, le Syndicat indépendant des infirmiers et techniciens de santé interpelle à la fois le gouvernement et les partis politiques sur l’orientation future prise par la réforme du système national de santé. Pour l’organisation, réformer ne saurait se résumer à une réorganisation institutionnelle ou à la multiplication de nouvelles structures.
Le syndicat redoute notamment que les transformations en cours n’aboutissent progressivement à vider le ministère de la Santé et de la protection sociale d’une partie de ses prérogatives, au profit d’établissements publics dotés de compétences propres. Il met ainsi en garde contre ce qu’il qualifie de risque de «démantèlement» de la santé publique et s’inquiète des conséquences que cette nouvelle architecture pourrait avoir aussi bien sur le pilotage de la politique sanitaire que sur les professionnels du secteur.
L’organisation syndicale va plus loin en interpellant les formations politiques, dans un contexte préélectoral, sur leur responsabilité à l’égard de l’avenir du service public de santé. À ses yeux, une future majorité gouvernementale pourrait se retrouver à la tête d’un ministère disposant de marges d’action réduites, ce qui poserait, selon elle, la question de la responsabilité politique devant les citoyens.
Le syndicat redoute notamment que les transformations en cours n’aboutissent progressivement à vider le ministère de la Santé et de la protection sociale d’une partie de ses prérogatives, au profit d’établissements publics dotés de compétences propres. Il met ainsi en garde contre ce qu’il qualifie de risque de «démantèlement» de la santé publique et s’inquiète des conséquences que cette nouvelle architecture pourrait avoir aussi bien sur le pilotage de la politique sanitaire que sur les professionnels du secteur.
L’organisation syndicale va plus loin en interpellant les formations politiques, dans un contexte préélectoral, sur leur responsabilité à l’égard de l’avenir du service public de santé. À ses yeux, une future majorité gouvernementale pourrait se retrouver à la tête d’un ministère disposant de marges d’action réduites, ce qui poserait, selon elle, la question de la responsabilité politique devant les citoyens.
Le privé concentre 91% des dépenses de soins de l’AMO
C’est toutefois sur le rapport entre secteurs public et privé que l’alerte syndicale prend une dimension particulière. Le syndicat dénonce une concurrence qu’il juge déséquilibrée et estime que l’évolution actuelle favorise les cliniques privées, au point de faire progressivement basculer les soins vers une logique marchande. Si la mise en cause d’un «lobby» des cliniques privées relève de l’appréciation du syndicat, le déséquilibre financier qu’il invoque est, lui, documenté par des données institutionnelles. Le rapport annuel 2024-2025 de la Cour des comptes relève en effet la faible attractivité des établissements sanitaires publics auprès des assurés. En 2024, le secteur privé a concentré près de 91% des dépenses de prestations de soins des régimes de l’AMO, contre seulement 9% pour le secteur public. Le même rapport pointe par ailleurs une progression des dépenses de l’assurance maladie de plus de 83% entre 2022 et 2024, alors que les ressources n’ont augmenté que de 36%, faisant peser des tensions sur l’équilibre financier de plusieurs régimes.
Le constat dépasse d’ailleurs le seul rapport de la Cour des comptes. Le rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) consacré au projet de loi n°54.23 modifiant et complétant la loi n°65.00 portant Code de la couverture médicale de base, publié au Bulletin officiel (n°7501) du 20 avril 2026, relève également que le secteur privé absorbe actuellement environ 90% des dépenses de l’AMO, tandis que l’hôpital public continue de souffrir d’un financement insuffisant.
Le constat dépasse d’ailleurs le seul rapport de la Cour des comptes. Le rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) consacré au projet de loi n°54.23 modifiant et complétant la loi n°65.00 portant Code de la couverture médicale de base, publié au Bulletin officiel (n°7501) du 20 avril 2026, relève également que le secteur privé absorbe actuellement environ 90% des dépenses de l’AMO, tandis que l’hôpital public continue de souffrir d’un financement insuffisant.
Plus de lits dans le public, mais une attractivité qui reste faible
Ce paradoxe apparaît encore plus nettement lorsque l’on examine l’offre hospitalière. Le même document publié au Bulletin officiel fait état de plus de 400 cliniques privées totalisant plus de 14.500 lits, avec des équipements techniques développés et une implantation essentiellement concentrée dans les grandes villes. Le secteur public dispose, pour sa part, de 166 établissements hospitaliers et de 26.678 lits, destinés à couvrir les besoins de l’ensemble du territoire national. Malgré cette capacité d’accueil supérieure en nombre de lits, l’hôpital public ne capte donc qu’une fraction limitée des dépenses remboursées par l’assurance maladie.
C’est précisément ce décalage que le syndicat place au cœur de son argumentaire. Pour ses responsables, investir dans de nouvelles infrastructures ne suffira pas à rétablir l’attractivité du public si les établissements ne disposent pas parallèlement des ressources humaines, des médicaments, des équipements et des moyens nécessaires à une prise en charge effective des patients. L’organisation estime ainsi que la réussite de la réforme devrait être mesurée moins au nombre de bâtiments construits qu’à la capacité réelle des structures publiques à assurer des soins accessibles et de qualité.
C’est précisément ce décalage que le syndicat place au cœur de son argumentaire. Pour ses responsables, investir dans de nouvelles infrastructures ne suffira pas à rétablir l’attractivité du public si les établissements ne disposent pas parallèlement des ressources humaines, des médicaments, des équipements et des moyens nécessaires à une prise en charge effective des patients. L’organisation estime ainsi que la réussite de la réforme devrait être mesurée moins au nombre de bâtiments construits qu’à la capacité réelle des structures publiques à assurer des soins accessibles et de qualité.
Les postes budgétaires et la stabilité des fonctionnaires au cœur des inquiétudes
À la question du financement s’ajoute celle, particulièrement sensible, du devenir des professionnels de santé dans la nouvelle architecture institutionnelle. Le syndicat exprime notamment ses inquiétudes concernant les postes budgétaires centraux et la situation administrative des fonctionnaires appelés à exercer au sein des nouvelles structures. Il dénonce ce qu’il considère comme une différence de traitement avec les personnels d’autres secteurs publics et réclame des garanties permettant de préserver la stabilité professionnelle des agents. Cette préoccupation est renforcée, selon l'organisation, par la rapidité de mise en œuvre des transformations et par les incertitudes qui entourent encore certaines modalités de la fonction sanitaire. Le syndicat craint que la réorganisation institutionnelle ne se traduise, pour une partie des professionnels, par une perte de garanties acquises.
Les infirmiers réclament une définition précise de leurs actes
Au-delà de la nouvelle organisation du système, le communiqué remet sur la table plusieurs revendications propres aux infirmiers et techniciens de santé. Le syndicat réclame notamment l’établissement d’une liste claire des actes professionnels permettant de définir précisément leurs missions et leurs responsabilités. Il demande également que ces catégories puissent bénéficier de la rémunération variable prévue par la législation et appelle à accélérer la création d’une instance nationale chargée d’encadrer la profession et de contribuer à la protection de la santé des citoyens. Pour l’organisation, ces dossiers ne peuvent être dissociés de la réforme globale : celle-ci ne saurait produire les résultats attendus si elle ne s’accompagne pas d’une valorisation des ressources humaines qui assurent quotidiennement le fonctionnement des structures sanitaires.
Une généralisation de l’AMO qui interroge sur la place de l’hôpital public
La sortie du syndicat intervient surtout alors que la généralisation de la couverture médicale a profondément changé l’échelle du système de santé marocain. À fin 2024, près de 31,94 millions de personnes étaient immatriculées à l’AMO, tandis que le nombre de bénéficiaires effectifs atteignait 25,6 millions, soit une couverture effective avoisinant 70% hors régimes spécifiques, selon la Cour des comptes. Cette extension de la couverture médicale rend d’autant plus stratégique la question de la destination des dépenses de santé. Si davantage de Marocains disposent désormais d’une assurance maladie, l’un des principaux défis consiste à faire en sorte que l’hôpital public puisse effectivement bénéficier de cette nouvelle demande solvabilisée. La Cour des comptes elle-même a appelé à poursuivre le développement et la mise à niveau des établissements publics de soins, tout en recommandant de mobiliser des sources de financement durables et de renforcer les mécanismes permettant de maîtriser les dépenses de l’AMO.
Le syndicat laisse planer la menace d’une escalade
Face à ces différents dossiers, le Syndicat indépendant des infirmiers et techniciens de santé affirme privilégier encore la voie du dialogue, mais prévient que cette disposition n’est pas sans limite. Il se dit prêt à durcir ses formes de mobilisation si les revendications des professionnels et leurs inquiétudes sur l’avenir du secteur public ne trouvent pas de réponses.
La polémique dépasse ainsi le seul statut des infirmiers. Elle pose une question plus large à mesure que la réforme sanitaire avance : comment développer une nouvelle gouvernance territoriale et généraliser la couverture médicale sans accentuer le déséquilibre entre l’hôpital public et l’offre privée ? Les chiffres de la Cour des comptes donnent à cette interrogation une portée particulière. Avec près de neuf dirhams sur dix des dépenses de prestations de soins de l’AMO orientés vers le privé en 2024, le renforcement de l’attractivité et des capacités effectives de l’hôpital public apparaît désormais comme l’un des principaux tests de la réforme du système national de santé.
La polémique dépasse ainsi le seul statut des infirmiers. Elle pose une question plus large à mesure que la réforme sanitaire avance : comment développer une nouvelle gouvernance territoriale et généraliser la couverture médicale sans accentuer le déséquilibre entre l’hôpital public et l’offre privée ? Les chiffres de la Cour des comptes donnent à cette interrogation une portée particulière. Avec près de neuf dirhams sur dix des dépenses de prestations de soins de l’AMO orientés vers le privé en 2024, le renforcement de l’attractivité et des capacités effectives de l’hôpital public apparaît désormais comme l’un des principaux tests de la réforme du système national de santé.
