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Vendredi 08 Mai 2026
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Sahara marocain : Bruxelles, Tokyo, Bamako, Berlin... les derniers verrous sautent

Trois roquettes tirées sur Es-Smara mardi 5 mai, blessant une civile aux abords de la prison de la ville. Trois jours plus tard, Washington, Paris et Tokyo et plus récemment Bruxelles ont parlé presque d'une même voix. L'attaque revendiquée par le front polisario est condamnable à tous égards. Supposée briser un élan diplomatique soutenu, cette agression a produit l’effet inverse : l’unanimité internationale autour du plan d’autonomie n’a jamais été aussi forte. Un alignement annonciateur de la fin d’un demi-siècle d'ambiguïtés autour du dossier du Sahara marocain.

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Au moment où les projectiles s'abattaient aux abords de la prison d'Es-Smara, mardi en fin d'après-midi, le polisario misait probablement sur le bruit pour perturber des négociations qui promettent de clore pour de bon un conflit régional vieux de plus de cinq décennies. Sauf que le stratagème n’a pas produit l’effet escompté. Dès le lendemain, mercredi 6 mai, la Mission des États-Unis auprès des Nations unies publiait un message sans détour, dénonçant une violence qui menace la stabilité régionale et martelant, en clôture, que le statu quo ne pouvait pas continuer. Vingt-quatre heures plus tard, Paris embrayait à son tour, par la voix de sa représentation à l'ONU, en réaffirmant que l'initiative d'autonomie sous souveraineté marocaine constituait la seule base d'une paix juste et durable, et en appelant le polisario à respecter le cessez-le-feu et les résolutions onusiennes. La séquence est inédite par sa densité. Elle l'est plus encore par sa géographie : ce ne sont plus seulement les capitales occidentales historiquement engagées qui parlent, mais l'ensemble d'un arc diplomatique qui, hier encore, cultivait la prudence sur un dossier resté tabou pendant cinquante ans.

Tokyo, du refus implicite à la consécration explicite

Vendredi 8 mai, à l'occasion du 70e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre les deux Royaumes, Nasser Bourita et son homologue japonais Toshimitsu Motegi ont signé, en visioconférence, un communiqué conjoint qui marque une rupture qualitative. Pour la première fois, Tokyo inscrit explicitement le concept d'«autonomie sous souveraineté marocaine» dans un document bilatéral, en saluant la résolution 2797 du Conseil de sécurité et en s'engageant à agir, sur cette base, aux niveaux diplomatique et économique. Le ministre japonais a appelé toutes les parties à participer aux discussions sans conditions préalables, sur la base du plan marocain, formulation qui, dans la grammaire diplomatique nippone, vaut alignement.

La position du Japon s’inscrit dans une évolution logique, voire attendue. À la 9e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique, en août dernier, le Japon avait déjà tracé la ligne. Trois fois en deux jours, son chef de la diplomatie de l'époque, Takeshi Iwaya, avait réaffirmé en séance que la présence d'une entité non reconnue par Tokyo ne saurait affecter la position du Japon sur son statut. La déclaration faisait suite à une tentative, peu discrète, d'introduire une plaque au nom de la pseudo-Rasd à la table de la conférence, un épisode embarrassant pour Alger, qui avait fini de convaincre Tokyo de durcir publiquement sa doctrine. De cette mise au point d'août 2025 au communiqué de mai 2026, la trajectoire est continue : la non-reconnaissance s'est muée en consécration positive.

Un effet domino qui se cristallise

Cette consécration nipponne s'inscrit dans un mouvement plus large dont le Sahel a donné le premier signal. Le 10 avril, le Mali, par la voix de son ministre Abdoulaye Diop, retirait sa reconnaissance de la Rasd et qualifiait le plan marocain de seule base sérieuse et crédible pour le règlement du différend. Un séisme à Bamako, qui mettait fin à quarante-deux années d'alignement avec Alger sur ce dossier, scellé en présence de Nasser Bourita en visite dans la capitale malienne. Quelques semaines auparavant, la Bolivie avait suspendu sa reconnaissance de la pseudo-Rasd. Quelques jours plus tard, la Suisse adoptait une position qualifiée d'historique par les chancelleries, l'Union européenne réaffirmait son soutien au plan d'autonomie, le Canada puis la Zambie suivaient. Berne, Ottawa, Bruxelles, Lusaka, Tokyo : la même ligne, le même cadre, la même résolution onusienne citée comme matrice. Le contraste est saisissant.
Le polisario espérait, par la voie militaire, rappeler son existence à l'agenda onusien, alors que les consultations internationales reprises à Washington en février l'avaient marginalisé. Le calcul a produit l'effet inverse. Les capitales qui hésitaient encore à formuler publiquement leur position trouvent désormais, dans la chronique d'une attaque revendiquée contre des civils, l'occasion de la trancher. À l'arrière-plan, le H.R. 4119, le projet de loi américaine qui vise à désigner le polisario officiellement en tant qu’organisation terroriste, porté par plusieurs élus américains au Congrès, continue son chemin législatif. Le texte, qui pointe les liens présumés du mouvement séparatiste avec l'Iran et l'Algérie, et notamment des transferts de drones imputés aux Gardiens de la révolution iraniens, gagne en signataires à mesure que la séquence s'accélère.
Reste une question, pour la suite. À mesure que se referment les soutiens du polisario, que devient l'option du dialogue dont Staffan de Mistura porte encore le mandat ? La diplomatie marocaine, qui a fait du multilatéralisme et de la résolution 2797 son cap, n'a pas attendu pour répondre : la porte demeure ouverte, mais les termes ne sont plus négociables. Au fond, la séquence ouverte à Es-Smara aura peut-être sonné l'heure d'une vérité longtemps différée. Un tabou s'effondre, des verrous sautent et, avec eux, les dernières fictions héritées de la guerre froide qui empêchaient encore le Maghreb de regarder son avenir en face.
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