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Mardi 20 Octobre 2026
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Sahara : le plan d’autonomie marocain s’impose comme le socle des négociations (Mohammed Loulichki)

Le débat ne porte plus seulement sur l’issue du différend, mais sur les voies de son règlement. Après des décennies d’impasse, le plan marocain d’autonomie s’installe au cœur des négociations sur le Sahara, désormais tournées vers les conditions concrètes de sa mise en œuvre. Conseil de transition, garanties constitutionnelles et internationales, avenir de la Minurso : les contours d’un éventuel accord commencent à se dessiner. Dans une analyse publiée en octobre par le Policy Center for the New South, Mohammed Loulichki, ancien ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU, décrypte les nouvelles perspectives ouvertes par le rapport d’António Guterres du 1er octobre 2026. Sous l’impulsion américaine, le processus diplomatique gagne en substance, même si le chemin vers un règlement définitif reste semé d’obstacles.

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Qui exercera les compétences d’une région autonome ? Avec quelles garanties, et selon quel calendrier ? Ces questions, longtemps reléguées derrière le débat sur le statut du Sahara, entrent désormais dans les négociations. Pour Mohammed Loulichki, c’est le signe d’un changement de méthode, pas encore la promesse d’un accord. Dans sa note du Policy Center for the New South, l’ancien représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU analyse le document S/2026/781, premier rapport de Guterres depuis l’adoption de la résolution 2797, le 31 octobre 2025.

Après plusieurs années de blocage, trois cycles de discussions substantielles ont eu lieu au premier trimestre 2026, dans un format à quatre, sous l’impulsion de Washington et avec l’accompagnement de l’ONU. Le plan marocain d’autonomie en constitue la base. C’est une inflexion notable après une longue période d’immobilisme, même si les divergences sur la souveraineté et l’autodétermination persistent. M. Loulichki relève en outre que ce rapport sera le dernier d’António Guterres sur ce dossier avant la fin de son mandat. Selon le rapport, les interlocuteurs de l’Envoyé personnel ont «souligné le caractère historique des progrès accomplis», sans que l’issue des discussions soit pour autant acquise. La question est désormais de savoir «comment construire progressivement un règlement politique acceptable basé sur l’autonomie sous souveraineté marocaine», écrit M. Loulichki. Les pièces d’une architecture possible apparaissent, sans être encore assemblées.

Une transition pour donner corps à l’accord

Premier chantier : une éventuelle période transitoire. Le rapport de M. Guterres évoque un accord-cadre et un Conseil de transition pour organiser le passage du compromis à son application. Mais rien n’est encore arrêté : ni leur composition, ni leurs compétences, ni leurs garanties. Ce dispositif serait un outil de mise en confiance et de coordination, non une instance appelée à se substituer aux négociateurs.

L’idée remonte à 2007 : l’initiative marocaine prévoyait déjà un organe transitoire composé de représentants des parties, chargé notamment du rapatriement, du désarmement et de la réinsertion. C’est son fonctionnement concret qui serait désormais à préciser. L’instance pourrait associer des représentants du gouvernement marocain, du polisario et des populations concernées, avec un accompagnement éventuel de l’ONU et des États-Unis. Elle aiderait à préparer les institutions autonomes, à transférer les compétences, à organiser les retours volontaires et à soutenir la réconciliation. L’ampleur de ces missions explique pourquoi la transition ne pourrait être une simple parenthèse administrative. M. Loulichki cite les expériences de la Bosnie-Herzégovine, du Kosovo et de Bougainville, sans les ériger en modèles. Au Sahara, la transition serait «une phase de passage, négociée», destinée à convertir le compromis en réalité institutionnelle.

Autonomie : la bataille des garanties

Autre question centrale : comment préserver les compétences et les institutions issues d’un accord ? M. Loulichki insiste sur «l’application effective, la stabilité, l’irréversibilité et la pérennité» du futur statut d’autonomie. Le premier niveau de protection suppose un partage clair des compétences, le respect des engagements et des juridictions chargées des différends. Le deuxième consiste à inscrire le statut dans la Constitution marocaine pour soustraire ses dispositions essentielles à une modification par simple loi ou décision administrative. L’initiative de 2007 le prévoyait expressément : «La Constitution marocaine sera révisée, le statut d’autonomie y sera incorporé comme gage de sa stabilité». L’auteur préconise aussi de proscrire toute modification unilatérale des éléments fondamentaux et de prévoir des procédures de règlement des litiges. La différence est de taille : une autonomie dont les règles ne pourraient être changées au gré des circonstances offrirait davantage de prévisibilité aux institutions concernées.

À ces protections pourrait s’ajouter une garantie internationale, si les parties l’acceptaient. M. Loulichki envisage un rôle pour les acteurs ayant coprésidé les discussions, sans le tenir pour acquis. Il cite l’accord de Belfast, le processus de paix colombien et les plans Baker, qui illustrent différentes formes de suivi international. Le choix d’éventuels garants et la portée exacte de leur engagement resteraient donc eux aussi à négocier.

La Minurso pourrait changer de mission

Pour la Minurso, António Guterres recommande une prorogation du mandat jusqu’au 31 octobre 2027. La décision revient au Conseil de sécurité, appelé à se prononcer avant l’expiration du mandat actuel, fixée au 31 octobre 2026. Le Secrétaire général ne retient donc pas, dans sa recommandation, l’hypothèse d’un renouvellement limité à six mois. M. Loulichki rappelle sa fonction de surveillance et de prévention de l’escalade, ainsi que l’avertissement d’un responsable onusien, le 23 avril 2026, contre une modification prématurée de ses tâches tant que les pourparlers se poursuivent. Une revue stratégique de l’avenir de la Mission est toutefois engagée. En cas d’accord, elle pourrait appuyer le retour des réfugiés, le désarmement, la démobilisation, la réintégration et les arrangements de sécurité. Son mandat évoluerait ainsi vers l’accompagnement du règlement négocié.

La consultation des populations, une équation à résoudre

Autre nœud sensible : l’adhésion des populations. Guterres réclame une «consultation significative» leur permettant d’accepter ou de rejeter librement une proposition. M. Loulichki estime qu’elle ne signifie pas nécessairement le retour au référendum classique d’autodétermination. Cette interprétation reste celle de l’auteur : la nature même de la consultation fait partie des clarifications attendues. Il reste à définir le corps électoral, la forme de la consultation et la question posée, mais aussi le lien entre ses résultats et l’application de l’autonomie. Autant de choix déterminants pour la légitimité du processus.

L’analyse mentionne aussi une proposition du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés : des «visites de découverte», individuelles et volontaires, à Laâyoune et à Dakhla. Elles permettraient à des réfugiés sahraouis de prendre connaissance directement des conditions locales et de la proposition d’autonomie. M. Loulichki y voit un moyen d’associer les intéressés au processus, plutôt que de les laisser à l’écart des discussions.

La prochaine résolution du Conseil de sécurité sera déterminante. M. Loulichki appelle à y clarifier la place de l’autonomie négociée et la portée de la consultation. La reprise du dialogue nourrit un optimisme prudent, mais le déficit de confiance demeure. Après l’ouverture diplomatique, reste l’épreuve des engagements concrets : définir des règles que les parties accepteront de respecter dans la durée.
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