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Mercredi 29 Avril 2026
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Sahara marocain : 2026, annus horribilis pour le polisario

Depuis début 2026, l’inflexion diplomatique que connaît le dossier du Sahara se précise. Entre retraits ou suspensions de reconnaissance de la pseudo-Rasd par le Mali, le Honduras et l’Équateur et soutiens croissants au Plan d’autonomie, désormais appuyé par le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Autriche, la Suisse et le Canada, l’approche marocaine s’impose par sa pertinence et son réalisme. Pour le professeur Mohamed Badine El Yattioui, expert en relations internationales, cette dynamique consacre l’émergence d’une seule option jugée «sérieuse et viable», sur fond de recompositions géopolitiques accélérées.

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Le dossier du Sahara connaît depuis le début de l’année 2026 une accélération diplomatique visible, que le Dr Mohamed Badine El Yattioui, professeur d’études stratégiques au NDC à Abou Dhabi, lit comme l’aboutissement d’un long processus de clarification. Selon M. Badine El Yattioui, de nombreux États, longtemps prudents ou alignés sur des lectures héritées du passé, «se rendent compte que la seule option réaliste et viable, d’un point de vue juridique, politique et géopolitique, est celle proposée par le Maroc», à savoir l’autonomie des provinces du Sud sous souveraineté marocaine. Cette dynamique s’est traduite, ces derniers mois, par des signaux forts. Le Mali a retiré sa reconnaissance de la pseudo-«Rasd» et appuyé le plan marocain d’autonomie, présenté comme «la seule base sérieuse et crédible» pour régler le différend. Le Honduras a, de son côté, suspendu sa reconnaissance de l’entité séparatiste, devenant le sixième pays à revenir sur cette position en deux ans.

Sahara marocain : 2026, annus horribilis pour le polisario



À cette séquence s’ajoutent l’Autriche et la Suisse qui ont reconnu l’autonomie comme solution réaliste et crédible, ainsi que le Canada, dernier pays en date à reconnaître le plan marocain d’autonomie comme base pour une solution au différend régional autour du Sahara marocain. Ce ralliement complet s’ajoute à une série d’alignements déjà marquée par l’évolution européenne : l’Union européenne a appelé les parties à reprendre les discussions «sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc», une position consignée dans un communiqué conjoint UE-Maroc. Ainsi, l’année 2026 confirme et accélère une dynamique enclenchée depuis 2020 : érosion continue des thèses de la pseudo-Rasd, montée en puissance du soutien au plan d’autonomie et alignement progressif des grandes puissances sur l’option la plus réaliste. Elle consacre ainsi une étape charnière où le rapport de force diplomatique bascule nettement en faveur du Maroc.

La fin de l’entre-deux

Pour le professeur El Yattioui, l’un des ressorts majeurs de cette évolution tient à l’usure du statu quo. Les pays européens, explique-t-il, ont longtemps privilégié une position d’équilibre, soucieux de ne pas heurter leurs intérêts en Afrique du Nord ni de «se mettre à dos l’Algérie». Mais cette posture d’attente aura fini par apparaître intenable. «Donald Trump a prouvé que cet entre-deux engendrait le pourrissement et un statu quo qui n’était bon pour personne», analyse-t-il.



La reconnaissance américaine de décembre 2020 apparaît ainsi, dans sa lecture, comme le point de départ d’un basculement plus large. Elle a été suivie par l’Espagne, la France, le Royaume-Uni puis par d’autres capitales européennes. Le Royaume-Uni considère désormais le plan marocain comme «la base la plus crédible, viable et pragmatique» pour parvenir à un règlement durable.

Afrique et Amérique latine : sortir de l’héritage de la Guerre froide

L’analyse du professeur distingue toutefois deux logiques. En Europe, le basculement relève surtout du réalisme diplomatique. En Afrique et en Amérique latine, il traduit davantage la sortie progressive d’un logiciel idéologique hérité de la Guerre froide. Le conflit, rappelle-t-il, est né dans un monde structuré par deux blocs : le Maroc dans le camp pro-occidental, l’Algérie dans l’orbite socialiste. Certaines positions hostiles à l’intégrité territoriale du Royaume auraient ainsi survécu par inertie idéologique. «Ces pays qui ont une vision héritée de la Guerre froide ont eu beaucoup de mal à comprendre l’évolution des enjeux», souligne-t-il. Le repositionnement du Mali, du Ghana, de l’Équateur, du Panama ou encore du Honduras illustre, selon lui, cette rupture avec les anciennes grilles de lecture.

2026, année charnière

Pour l’année en cours, le professeur El Yattioui anticipe une pression diplomatique accrue, notamment américaine. Il évoque aussi les discussions autour d’une éventuelle classification du «polisario» comme groupe terroriste, dans un contexte marqué par les tensions régionales, le Sahel et les liens prêtés au mouvement séparatiste avec certains réseaux déstabilisateurs. «Tous ces éléments mis bout à bout risquent d’être assez favorables au Maroc», estime-t-il. Le rendez-vous d’octobre 2026 au Conseil de sécurité apparaît, dans cette perspective, comme une échéance décisive. La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, avait déjà consacré le plan d’autonomie marocain comme base centrale des négociations, ouvrant une nouvelle phase davantage tournée vers l’ingénierie politique et institutionnelle.

Le Maroc, pôle de stabilité

Au fond, l’évolution actuelle dépasse la seule bataille diplomatique. Pour le Dr El Yattioui, le Maroc est perçu de plus en plus comme «un pôle de stabilité» en Afrique du Nord, dans la région MENA et au Sahel. Soutenir l’intégrité territoriale du Royaume ne reviendrait donc pas seulement à accompagner Rabat, mais aussi à défendre un ordre régional plus stable. «Ce n’est pas uniquement défendre les intérêts du Maroc, c’est aussi défendre la stabilité régionale et la stabilité du monde», résume-t-il.

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