Proclamé Président élu après un second tour particulièrement serré, De la Espriella a recueilli 12.960.166 voix, contre 12.708.312 pour le candidat de gauche Iván Cepeda, soit un écart de 251.854 suffrages. Il prendra officiellement ses fonctions le 7 août pour un mandat de quatre ans, non renouvelable.
Son arrivée au pouvoir marque une rupture profonde avec la ligne défendue par Gustavo Petro. Sous la présidence de ce dernier, la Colombie avait rétabli, dès août 2022, ses relations diplomatiques avec l’entité séparatiste, suspendues depuis 2000. Bogota avait ensuite multiplié les gestes de soutien au polisario, jusqu’à renforcer, quelques mois avant la présidentielle, sa coordination avec ses représentants sur les questions de droits humains et dans les enceintes multilatérales.
Cette orientation tranchait avec la dynamique engagée sous le prédécesseur de Petro, Ivan Duque. Entre 2018 et 2022, le Maroc et la Colombie avaient accéléré leur rapprochement politique et économique. En octobre 2021, ils avaient notamment annoncé leur volonté d’approfondir leur partenariat, tandis que la Colombie apportait un soutien de plus en plus explicite à une solution au différend régional dans le cadre de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Maroc. Une exemption réciproque de visas était également entrée en vigueur en novembre de la même année.
Pour le Dr Mohamed Badine El Yattioui, professeur d’Études stratégiques au National Defence College des Émirats arabes unis et spécialiste de l’Amérique latine, cette alternance confirme une analyse qu’il défendait déjà au début du mandat de Gustavo Petro : malgré le virage opéré en 2022, il ne fallait pas considérer la Colombie comme durablement acquise aux thèses séparatistes. «Il ne fallait pas désespérer», rappelle-t-il. Contrairement à ce qui se pratique dans plusieurs régimes présidentiels de la région, le Chef de l’État colombien exerce un mandat de quatre ans et ne peut pas se représenter immédiatement. L’élection de M. Petro, premier Président de gauche de l’histoire contemporaine du pays, constituait donc un basculement majeur, mais potentiellement limité dans le temps. «Aujourd’hui, on a l’impression que cette séquence va surtout rester une parenthèse historique, puisque la droite la plus conservatrice et la plus dure revient au pouvoir avec Abelardo de la Espriella», estime l’expert.
La réponse du camp présidentiel colombien est allée au-delà des remerciements protocolaires. Dans un communiqué publié sur le compte du mouvement Defensores de la Patria, fondé par Abelardo de la Espriella, le Message Royal a été présenté comme l’une des manifestations internationales les plus significatives reçues par le Président élu et comme l’expression d’une volonté commune de relancer les relations bilatérales.
Surtout, le futur pouvoir colombien a repris à son compte les termes employés dans le Message Royal, en soulignant que cette nouvelle étape devait reposer sur «le dialogue constructif, le respect mutuel et la souveraineté nationale». Cette reprise du vocabulaire de la souveraineté est politiquement significative dans le contexte du dossier du Sahara. Sans constituer encore une reconnaissance formelle de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud, elle marque une rupture de ton avec le gouvernement de Gustavo Petro et peut être interprétée comme un premier indice de l’inflexion diplomatique qui se prépare à Bogota. Le futur pouvoir colombien a également identifié plusieurs champs de coopération : le commerce, l’investissement, la sécurité alimentaire, le développement portuaire, la connectivité transatlantique ainsi que le rapprochement entre l’Amérique latine, l’Afrique et le monde arabe.
Pour le professeur El Yattioui, la concordance des termes employés par les deux parties témoigne d’une volonté politique partagée. «On voit dans les deux communications que les deux Chefs d’État souhaitent réellement impulser une nouvelle dynamique et rehausser le niveau de coopération entre les deux pays dans un ensemble de domaines», estime-t-il. Cette relance devrait, selon lui, permettre de reprendre la dynamique qui prévalait sous Ivan Duque, lorsque plusieurs dossiers avaient connu une nette accélération. «Pendant quatre ans, la relation n’a pas été totalement gelée, mais elle a fortement souffert de la décision de Gustavo Petro, qui a freiné une dynamique auparavant très positive», relève l’expert.
Rabat maintenue, Alger sacrifiée
Cette lecture s’appuie également sur un autre signal, à savoir l’annonce de la réorganisation du réseau diplomatique colombien. Le Président élu a décidé de fermer 14 ambassades, notamment en Algérie, en Afrique du Sud, en Éthiopie, au Ghana et au Sénégal. L’ambassade de Colombie à Rabat, elle, est maintenue. La mesure a officiellement été présentée comme une opération d’«optimisation» et de réduction des coûts. Hormis Cuba et le Nicaragua, avec lesquels De la Espriella entend rompre les relations diplomatiques, les pays concernés continueront à être couverts par des représentations concurrentes installées dans d’autres capitales.
Mais la composition de cette liste possède une portée politique difficile à ignorer. La fermeture de l’ambassade à Alger, principal soutien diplomatique et militaire du polisario, contraste directement avec le maintien de la représentation de Bogota au Maroc. «La fermeture de ces ambassades démontre un changement de pratique diplomatique et une volonté de recentrer les priorités de la politique étrangère colombienne», analyse Mohamed Badine El Yattioui. «Le fait que l’ambassade à Rabat ne soit pas fermée est un signe très important. Cela démontre que, malgré ce recentrage continental, il existe une volonté de maintenir des relations fortes avec le Royaume», précise-t-il.
À ses yeux, cette décision pourrait faire du Maroc un point d’appui central de la future politique colombienne en Afrique du Nord, voire plus largement sur le continent. Cette analyse est renforcée par la fermeture simultanée des représentations colombiennes en Algérie et en Afrique du Sud, deux États traditionnellement proches du polisario.
Le futur Président pourra également s’appuyer sur un rapport de force politique interne favorable à une révision de la position colombienne. Le choix de M. Petro n’avait jamais fait consensus dans le pays. Dès octobre 2022, 63 sénateurs avaient exprimé leur opposition au rétablissement des relations avec l’entité séparatiste. En novembre 2023, une nouvelle motion soutenue par 65 sénateurs issus de neuf partis avait réaffirmé l’attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Maroc.
Pour Mohamed Badine El Yattioui, cette nouvelle relation devrait se déployer en plusieurs étapes. «Cela va commencer par des actes forts concernant le soutien à l’intégrité territoriale du Royaume. Ensuite, la relation bilatérale pourra croître aux niveaux économique et culturel, mais aussi autour de la sécurité alimentaire et de la coopération consulaire», anticipe-t-il.
Son arrivée au pouvoir marque une rupture profonde avec la ligne défendue par Gustavo Petro. Sous la présidence de ce dernier, la Colombie avait rétabli, dès août 2022, ses relations diplomatiques avec l’entité séparatiste, suspendues depuis 2000. Bogota avait ensuite multiplié les gestes de soutien au polisario, jusqu’à renforcer, quelques mois avant la présidentielle, sa coordination avec ses représentants sur les questions de droits humains et dans les enceintes multilatérales.
Cette orientation tranchait avec la dynamique engagée sous le prédécesseur de Petro, Ivan Duque. Entre 2018 et 2022, le Maroc et la Colombie avaient accéléré leur rapprochement politique et économique. En octobre 2021, ils avaient notamment annoncé leur volonté d’approfondir leur partenariat, tandis que la Colombie apportait un soutien de plus en plus explicite à une solution au différend régional dans le cadre de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Maroc. Une exemption réciproque de visas était également entrée en vigueur en novembre de la même année.
Pour le Dr Mohamed Badine El Yattioui, professeur d’Études stratégiques au National Defence College des Émirats arabes unis et spécialiste de l’Amérique latine, cette alternance confirme une analyse qu’il défendait déjà au début du mandat de Gustavo Petro : malgré le virage opéré en 2022, il ne fallait pas considérer la Colombie comme durablement acquise aux thèses séparatistes. «Il ne fallait pas désespérer», rappelle-t-il. Contrairement à ce qui se pratique dans plusieurs régimes présidentiels de la région, le Chef de l’État colombien exerce un mandat de quatre ans et ne peut pas se représenter immédiatement. L’élection de M. Petro, premier Président de gauche de l’histoire contemporaine du pays, constituait donc un basculement majeur, mais potentiellement limité dans le temps. «Aujourd’hui, on a l’impression que cette séquence va surtout rester une parenthèse historique, puisque la droite la plus conservatrice et la plus dure revient au pouvoir avec Abelardo de la Espriella», estime l’expert.
Un échange de messages hautement politique
Les premières indications de cette nouvelle dynamique sont apparues dès la proclamation des résultats. Dans le message de félicitations adressé au Président élu, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a exprimé la volonté du Royaume «d’insuffler une nouvelle dynamique» aux relations d’amitié avec la Colombie et d’ouvrir de nouvelles perspectives de partenariat dans les différents domaines d’intérêt commun. Le Souverain a notamment mis l’accent sur un dialogue constructif et sur le respect réciproque de la souveraineté nationale. Une formulation qui prend une résonance particulière après les tensions provoquées par la politique de Gustavo Petro sur le Sahara.La réponse du camp présidentiel colombien est allée au-delà des remerciements protocolaires. Dans un communiqué publié sur le compte du mouvement Defensores de la Patria, fondé par Abelardo de la Espriella, le Message Royal a été présenté comme l’une des manifestations internationales les plus significatives reçues par le Président élu et comme l’expression d’une volonté commune de relancer les relations bilatérales.
Surtout, le futur pouvoir colombien a repris à son compte les termes employés dans le Message Royal, en soulignant que cette nouvelle étape devait reposer sur «le dialogue constructif, le respect mutuel et la souveraineté nationale». Cette reprise du vocabulaire de la souveraineté est politiquement significative dans le contexte du dossier du Sahara. Sans constituer encore une reconnaissance formelle de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud, elle marque une rupture de ton avec le gouvernement de Gustavo Petro et peut être interprétée comme un premier indice de l’inflexion diplomatique qui se prépare à Bogota. Le futur pouvoir colombien a également identifié plusieurs champs de coopération : le commerce, l’investissement, la sécurité alimentaire, le développement portuaire, la connectivité transatlantique ainsi que le rapprochement entre l’Amérique latine, l’Afrique et le monde arabe.
Pour le professeur El Yattioui, la concordance des termes employés par les deux parties témoigne d’une volonté politique partagée. «On voit dans les deux communications que les deux Chefs d’État souhaitent réellement impulser une nouvelle dynamique et rehausser le niveau de coopération entre les deux pays dans un ensemble de domaines», estime-t-il. Cette relance devrait, selon lui, permettre de reprendre la dynamique qui prévalait sous Ivan Duque, lorsque plusieurs dossiers avaient connu une nette accélération. «Pendant quatre ans, la relation n’a pas été totalement gelée, mais elle a fortement souffert de la décision de Gustavo Petro, qui a freiné une dynamique auparavant très positive», relève l’expert.
Rabat maintenue, Alger sacrifiée
Cette lecture s’appuie également sur un autre signal, à savoir l’annonce de la réorganisation du réseau diplomatique colombien. Le Président élu a décidé de fermer 14 ambassades, notamment en Algérie, en Afrique du Sud, en Éthiopie, au Ghana et au Sénégal. L’ambassade de Colombie à Rabat, elle, est maintenue. La mesure a officiellement été présentée comme une opération d’«optimisation» et de réduction des coûts. Hormis Cuba et le Nicaragua, avec lesquels De la Espriella entend rompre les relations diplomatiques, les pays concernés continueront à être couverts par des représentations concurrentes installées dans d’autres capitales.
Mais la composition de cette liste possède une portée politique difficile à ignorer. La fermeture de l’ambassade à Alger, principal soutien diplomatique et militaire du polisario, contraste directement avec le maintien de la représentation de Bogota au Maroc. «La fermeture de ces ambassades démontre un changement de pratique diplomatique et une volonté de recentrer les priorités de la politique étrangère colombienne», analyse Mohamed Badine El Yattioui. «Le fait que l’ambassade à Rabat ne soit pas fermée est un signe très important. Cela démontre que, malgré ce recentrage continental, il existe une volonté de maintenir des relations fortes avec le Royaume», précise-t-il.
À ses yeux, cette décision pourrait faire du Maroc un point d’appui central de la future politique colombienne en Afrique du Nord, voire plus largement sur le continent. Cette analyse est renforcée par la fermeture simultanée des représentations colombiennes en Algérie et en Afrique du Sud, deux États traditionnellement proches du polisario.
Un enjeu qui se jouera aussi au Conseil de sécurité
Les implications de l’alternance colombienne dépassent le seul cadre des relations entre Rabat et Bogota. La Colombie occupe en effet un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2026-2027. Le gouvernement de De la Espriella sera donc directement associé aux consultations et aux votes concernant le processus politique au Sahara et le mandat de la Minurso. Sous Gustavo Petro, Bogota pouvait constituer un relais des positions favorables au polisario dans les enceintes multilatérales. Une réorientation de sa diplomatie pourrait au contraire apporter au Maroc un appui supplémentaire au sein même du Conseil de sécurité, ou à tout le moins neutraliser un soutien jusque-là acquis aux séparatistes.Le futur Président pourra également s’appuyer sur un rapport de force politique interne favorable à une révision de la position colombienne. Le choix de M. Petro n’avait jamais fait consensus dans le pays. Dès octobre 2022, 63 sénateurs avaient exprimé leur opposition au rétablissement des relations avec l’entité séparatiste. En novembre 2023, une nouvelle motion soutenue par 65 sénateurs issus de neuf partis avait réaffirmé l’attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Maroc.
De la convergence politique au partenariat économique
Pour Rabat comme pour Bogota, l’enjeu consistera désormais à transformer cette convergence politique en partenariat concret. La réponse colombienne au Message Royal a déjà identifié la sécurité alimentaire, les infrastructures portuaires, le commerce et l’investissement comme des secteurs prioritaires. La sécurité alimentaire occupe une place particulière. Le Maroc, acteur majeur de l’industrie des phosphates et des engrais, peut répondre à certains besoins de l’agriculture colombienne. De son côté, la Colombie dispose d’importantes ressources agricoles et énergétiques et cherche à diversifier ses débouchés. L’ambition formulée sous Ivan Duque, qui consistait à faire du Maroc une porte d’entrée de la Colombie en Afrique et de Bogota un relais vers l’Amérique latine, pourrait ainsi être réactivée. Les possibilités de coopération concernent également les énergies renouvelables, la logistique, les ports, le tourisme, la culture et la lutte contre les trafics.Pour Mohamed Badine El Yattioui, cette nouvelle relation devrait se déployer en plusieurs étapes. «Cela va commencer par des actes forts concernant le soutien à l’intégrité territoriale du Royaume. Ensuite, la relation bilatérale pourra croître aux niveaux économique et culturel, mais aussi autour de la sécurité alimentaire et de la coopération consulaire», anticipe-t-il.
