Le changement du régime des pluies ne se mesure pas seulement à leur volume. Leur répartition, leur intensité et leur concentration dans le temps déterminent aussi leurs effets sur les territoires. Une même quantité d’eau peut contribuer à reconstituer les réserves lorsqu’elle tombe progressivement, ou provoquer ruissellements et crues lorsqu’elle se concentre en quelques heures. Ces changements conduisent à repenser le risque d’inondation. L’intensité des précipitations n’explique pas à elle seule les dégâts : urbanisation, imperméabilisation des sols, état des réseaux, occupation des zones exposées et capacité des bassins versants jouent également un rôle. La prévention repose ainsi autant sur l’aménagement que sur la prévision, avec la nécessité d’adapter les infrastructures, de préserver les espaces capables de retenir l’eau et de renforcer les systèmes d’alerte. C’est cette nouvelle réalité et les réponses qu’elle appelle que nous abordons dans ce troisième entretien avec Dalila Loudyi, professeur à l’Université Hassan II de Casablanca et spécialiste du changement climatique et de la gestion des catastrophes naturelles. Elle revient sur l’évolution des précipitations au Maroc, les territoires les plus exposés et les adaptations nécessaires face aux épisodes extrêmes.
Comment expliquer que le réchauffement climatique puisse favoriser à la fois des sécheresses prolongées et des épisodes de pluies torrentielles ?
Cela peut sembler contradictoire, mais c’est l’une des principales caractéristiques du changement climatique : le cycle de l’eau devient plus instable et plus extrême. D’un côté, la hausse des températures accentue l’évaporation. Les sols perdent leur humidité, les réserves diminuent et, lorsque les pluies ne compensent pas ces pertes, la sécheresse peut s’installer plusieurs années. De l’autre, une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, libérée ensuite brutalement sous forme de pluies torrentielles. Après une longue sécheresse, certains sols deviennent très secs, compactés ou dégradés. Lorsqu’une pluie intense survient, l’eau s’infiltre moins facilement et ruisselle rapidement vers les oueds et les zones basses.
Le Maroc connaît cette situation : depuis plusieurs années, le pays fait face à un déficit hydrique et à des sécheresses prolongées, sans être à l’abri des inondations. Les régions montagneuses, semi-arides, les vallées d’oueds et même les grandes villes peuvent connaître des crues soudaines après une période sèche. Il faut donc éviter d’opposer sécheresse et inondation. Ce sont souvent deux manifestations d’un même dérèglement du cycle de l’eau. Les politiques publiques doivent pouvoir conserver l’eau lorsqu’elle est rare, mais aussi la ralentir et la gérer lorsqu’elle arrive brutalement.
Observe-t-on déjà une évolution du régime des précipitations au Maroc, en matière de fréquence, d’intensité et de répartition territoriale ?
Oui, mais il faut éviter de généraliser, car le Maroc possède une grande diversité climatique. Les tendances diffèrent selon les régions, du Rif au Haut Atlas, au Souss, à l’Oriental ou aux zones présahariennes. La tendance générale reste néanmoins claire : les précipitations deviennent plus irrégulières. Selon une recherche scientifique menée au MIT (Massachusetts Institute of Technology) sur leur variabilité au Maroc, les projections prévoient une baisse de 20 à 30% des précipitations entre décembre et mai dans un scénario d’atténuation, et de 35 à 45% dans un scénario de statu quo, vers la fin du XXIe siècle.
Les régions septentrionales et montagneuses restent parmi les plus exposées aux fortes précipitations, notamment Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Les régions plus sèches ne sont toutefois pas épargnées : les zones présahariennes, les vallées encaissées et les bassins versants à forte pente peuvent connaître des crues éclair, parfois provoquées par des pluies intenses tombées en amont. Le problème n’est donc pas seulement la quantité de pluie reçue sur une année, mais aussi quand, où et en combien de temps elle tombe. Une saison agricole peut recevoir une quantité totale satisfaisante et rester mauvaise si les pluies sont concentrées sur quelques épisodes suivis de longues périodes sèches. À l’inverse, une année moins pluvieuse peut être plus favorable si les précipitations sont régulières et arrivent aux moments essentiels pour les cultures.
Une analyse récente fondée sur des données satellitaires souligne l’importance de cette répartition temporelle. La campagne 2020-2021 en fournit un exemple significatif : malgré un contexte globalement sec, des pluies fréquentes, de faible intensité et mieux réparties ont contribué à maintenir une production agricole supérieure à la moyenne. Vingt millimètres répartis sur plusieurs jours n’ont donc pas le même effet que 20 millimètres tombés en une heure. Dans plusieurs régions, on observe aussi une succession plus marquée de périodes sèches et une plus grande irrégularité des pluies. Les projections annoncent une poursuite de la baisse des précipitations moyennes dans de nombreux bassins, avec une forte vulnérabilité des ressources en eau de montagne et de la neige dans le Haut Atlas. Le ruissellement pourrait ainsi diminuer de 20 à 40% dans le scénario le plus optimiste.
Parallèlement, les épisodes de fortes pluies peuvent devenir plus dangereux. Le Nord et les zones montagneuses restent particulièrement exposés, mais les régions sèches ne sont pas à l’abri : dans le Sud et le Sud-Est, une pluie intense tombée en amont peut provoquer quelques heures plus tard une crue soudaine dans une vallée où il n’a pratiquement pas plu. C’est pourquoi il faut raisonner à l’échelle du bassin versant. Une ville peut être inondée alors que la pluie qui y tombe paraît modérée, simplement parce que des précipitations très intenses se sont produites plus en amont. Le Maroc doit donc se préparer à gérer non seulement moins d’eau en moyenne, mais aussi une eau plus irrégulière, plus difficile à prévoir et parfois beaucoup plus concentrée dans le temps.
Dans quelle mesure les inondations tiennent-elles à l’intensité des pluies, mais aussi à l’urbanisation, à l’imperméabilisation des sols et à la gestion des bassins versants ?
Une inondation n’est jamais uniquement une affaire de pluie. Une forte précipitation devient dangereuse lorsqu’elle rencontre un territoire exposé et vulnérable. Deux quartiers peuvent recevoir la même quantité d’eau et connaître des situations très différentes. Dans l’un, espaces verts, sols perméables, zones de rétention et réseaux bien entretenus permettent d’absorber ou de stocker une partie de l’eau. Dans l’autre, le béton et le bitume accélèrent le ruissellement vers les points bas. C’est l’une des grandes conséquences de l’urbanisation : routes, parkings, toitures et trottoirs remplacent les sols naturels. Plus une ville est imperméabilisée, plus elle accélère le ruissellement. D’autres facteurs interviennent également : construction dans les zones inondables, rétrécissement des oueds, disparition des zones humides, insuffisance du drainage, obstruction des avaloirs ou dégradation de la couverture végétale des bassins versants.
L’exemple de Mohammedia est révélateur. Les inondations de 2002 ont montré qu’un épisode extrême devient plus dangereux lorsque les capacités de rétention et de protection sont insuffisantes. Le barrage Oued El Maleh avait perdu une partie importante de sa capacité en raison de son envasement. La construction d’un nouveau barrage et les interventions ultérieures sur les infrastructures d’assainissement liquide ont permis de réduire le risque. Autre exemple, l’inondation de Safi du 14 décembre 2025. Après six années de précipitations inférieures à la moyenne, dont 2023-2024, année la plus sèche jamais enregistrée, de fortes pluies en mars et décembre ont atténué la sécheresse, mais provoqué des crues éclair à Safi, faisant 37 morts. La ville avait reçu 46 mm en 24 heures. À Tétouan, plus de 50 mm étaient tombés en une heure, avec des dégâts matériels mais sans pertes humaines. À Safi, le manque d’entretien du canal de l’oued Chaaba, qui traverse des zones peuplées avant de rejoindre l’Atlantique, était pointé comme la principale cause des inondations. À l’échelle du bassin versant, les sols et la végétation jouent également un rôle essentiel. Un bassin en bon état agit comme une éponge : il ralentit l’eau et favorise son infiltration. À l’inverse, un bassin dégradé, érodé ou déboisé accentue le ruissellement.
Les solutions ne peuvent donc pas se limiter à des barrages et des canalisations plus grandes. Parcs inondables, bassins de rétention, sols perméables et zones humides restaurées peuvent aussi réduire le risque. Au Maroc, la prévention commence bien avant l’arrivée de l’eau dans les réseaux d’assainissement : elle passe par les bassins versants, les documents d’urbanisme et la manière dont les sols sont occupés.
Justement, les infrastructures urbaines, les réseaux d’assainissement et les dispositifs de drainage sont-ils dimensionnés pour absorber des précipitations plus intenses et plus concentrées ?
La réponse la plus honnête est : pas toujours, et pas partout. Les réseaux d’assainissement sont généralement conçus à partir de données historiques sur les pluies et d’événements de référence correspondant à certaines périodes de retour. Or le climat de référence évolue. Une infrastructure construite il y a trente ou quarante ans peut aujourd’hui être confrontée à des pluies plus intenses ou plus concentrées que celles prises en compte lors de sa conception.
Cela ne signifie pas que tous les réseaux marocains sont défaillants. Le Maroc a réalisé d’importants investissements dans la prévention et la réduction des risques. Les premiers ouvrages d’assainissement liquide datent du début du XXe siècle et les plans d’urbanisme ont introduit les premiers grands collecteurs dans des villes nouvelles comme Casablanca et Rabat. Depuis l’indépendance, leur gestion a évolué, de la Société marocaine de distribution (SMD) aux régies autonomes, à l’ONEE, à la gestion déléguée et, aujourd’hui, aux sociétés régionales multiservices.
En 2005, le Maroc a lancé le Programme national d’assainissement liquide (PNA) pour moderniser et équiper les villes. Les dispositifs de gestion des risques se sont également renforcés, notamment à travers le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles, qui a soutenu plusieurs centaines de projets depuis 2015. Mais il serait irréaliste de répondre à toutes les situations en augmentant uniquement le diamètre des canalisations. Il faut combiner modernisation des réseaux, entretien, bassins de rétention et préservation des espaces où l’eau peut s’étendre temporairement. La maintenance est aussi essentielle : un réseau correctement dimensionné peut être rapidement dépassé si les avaloirs sont bouchés ou si les chemins naturels d’écoulement ont été modifiés. À Casablanca, l’urbanisation a parfois empiété sur d’anciens chemins naturels de l’eau, notamment à Bouskoura. Les grands ouvrages peuvent corriger certaines vulnérabilités, mais à des coûts considérables. Le Super Collecteur Ouest (SCO), dont le maître d’ouvrage délégué est Casa Aménagement, en est une illustration.
La véritable évolution consiste donc à passer de «Comment évacuer l’eau le plus vite possible ?» à «Comment ralentir l’eau, la stocker temporairement et en infiltrer une partie avant qu’elle ne devienne dangereuse ?» Cette réflexion est particulièrement importante pour le Maroc : dans un pays confronté au stress hydrique, il est paradoxal de considérer systématiquement l’eau de pluie comme un problème à évacuer au plus vite.
Quels territoires sont aujourd’hui les plus vulnérables au risque d’inondation, et pourquoi ?
Il n’existe pas un seul type de territoire vulnérable aux inondations. Le risque dépend de la combinaison entre l’aléa, l’exposition et la vulnérabilité. Les régions montagneuses et les bassins versants à forte pente, notamment dans le Rif et l’Atlas, sont particulièrement exposés. Lorsqu’une pluie intense tombe en altitude, l’eau peut se concentrer rapidement dans les vallées et les oueds, laissant parfois très peu de temps aux populations en aval pour réagir. Les épisodes meurtriers de Guelmim, de l’Ourika et de certaines provinces du Nord, du Sud et du Sud-Est illustrent cette vulnérabilité.
Les grandes villes constituent un autre type de territoire exposé. Casablanca, Mohammedia, Tanger, Tétouan ou Rabat-Salé peuvent connaître des inondations lorsque les pluies intenses dépassent temporairement les capacités de drainage. Plus une ville est bétonnée, plus le ruissellement est rapide. Les zones construites dans ou à proximité des espaces naturellement inondables sont également vulnérables. Lors des grandes crues, les oueds peuvent reprendre un espace beaucoup plus large. Les inondations de Valence, en Espagne, en 2024, ont montré les conséquences de la concentration de populations et d’infrastructures dans des zones fortement exposées.
Les régions arides et présahariennes sont, elles aussi, concernées. Dans les vallées d’oueds, une pluie rare mais très intense peut provoquer des crues éclair. Un même territoire peut ainsi souffrir à la fois d’un manque chronique d’eau et d’inondations destructrices. À cela s’ajoute la vulnérabilité sociale : une famille modeste, un petit agriculteur ou un commerçant n’ont pas les mêmes capacités qu’une grande entreprise pour anticiper, s’assurer et reconstruire. Les territoires les plus vulnérables sont donc ceux où se cumulent forte exposition, urbanisation mal maîtrisée, infrastructures insuffisantes, dégradation des écosystèmes et faibles capacités de récupération. Une forte pluie devient une catastrophe lorsqu’elle rencontre un territoire insuffisamment préparé.
Comment renforcer les systèmes d’alerte précoce, la prévention et la culture du risque auprès des populations ?
La technologie est importante, mais elle ne suffit pas. Un système d’alerte efficace doit permettre de gagner du temps et surtout de le transformer en action. Quelques heures, voire quelques dizaines de minutes, peuvent suffire pour fermer une route, évacuer une zone menacée ou empêcher quelqu’un de traverser un oued en crue. Le premier enjeu est d’améliorer l’observation et la prévision sur l’ensemble du territoire. Données météorologiques, radars, satellites, stations hydrologiques et modèles permettent de mieux anticiper certains phénomènes et de réduire les incertitudes utiles à la conception des ouvrages de protection.
Mais une prévision scientifique n’a de valeur que si elle devient une information compréhensible. Annoncer «80 millimètres de pluie sont attendus» ne suffit pas : il faut préciser où se situe le danger, quand il surviendra et quelle conduite adopter. Le Maroc a déjà engagé des efforts dans plusieurs territoires pilotes, notamment à Mohammedia, dans le bassin du Gharb, la vallée de l’Ourika et la province de Guelmim. L’enjeu est désormais de renforcer l’interconnexion entre services météorologiques, agences de bassin, collectivités, gestionnaires de réseaux, Protection civile et société civile.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) souligne également la nécessité d’accélérer les investissements dans les systèmes d’alerte précoce et les services climatiques en Afrique. Les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, les modèles de prévision et les communications mobiles offrent de nouvelles possibilités, à condition qu’elles restent accessibles à tous. Il faut aussi développer une véritable culture du risque, à travers l’école, les associations, les médias, les exercices de simulation et les campagnes locales. Le Japon et le Bangladesh montrent notamment l’importance de combiner alertes, préparation, réseaux communautaires et sensibilisation.
La principale leçon est simple : une alerte qui n’entraîne aucune action ne protège personne. Chaque territoire exposé doit donc savoir qui reçoit l’alerte, qui décide, quelles routes fermer, quelles zones évacuer et comment protéger les plus vulnérables. Le Maroc gagnerait ainsi à renforcer un «système d’alerte centré sur les populations», associant prévision, communication, préparation et réponse.
Quel est le coût économique et social réel des inondations pour les collectivités, les entreprises, les infrastructures et les ménages ?
Le coût réel d’une inondation est souvent sous-estimé parce que l’on ne regarde que les dégâts visibles : routes détruites, maisons inondées ou véhicules emportés. Il faut distinguer les coûts directs et indirects. Les premiers concernent les logements, routes, ponts, réseaux d’eau et d’électricité, équipements publics, marchandises, véhicules et exploitations agricoles. Les seconds peuvent être plus importants encore. Une entreprise peut devoir interrompre son activité pendant plusieurs jours ou semaines, avec des conséquences sur ses salariés, ses fournisseurs et ses clients. Pour un petit commerce ou une entreprise familiale, quelques semaines d’arrêt peuvent être très lourdes de conséquences. Les ménages modestes sont souvent les plus vulnérables. Pour une famille qui perd son logement, ses meubles ou ses équipements, la catastrophe peut représenter la destruction de plusieurs décennies d’efforts et d’épargne. Le coût est aussi social : déplacements de populations, interruption de la scolarité, perte de revenus, endettement et aggravation des inégalités.
À l’échelle nationale, la répétition des catastrophes pèse sur les finances publiques, en mobilisant des ressources qui auraient pu être consacrées à l’éducation, à la santé ou au développement. À l’échelle africaine, l’OMM rappelle que les événements climatiques extrêmes affectent fortement l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’eau, l’énergie, la santé et les déplacements de population. Le véritable coût d’une inondation ne se mesure donc pas uniquement en dirhams, mais aussi en vies bouleversées, en activités interrompues et en années nécessaires pour reconstruire ce qui a parfois été détruit en quelques heures. Pour les collectivités, la reconstruction d’une infrastructure peut également nécessiter des interventions sur les réseaux, les ouvrages hydrauliques et les zones environnantes. C’est pourquoi la prévention doit être considérée comme un investissement plutôt qu’une dépense. Prévenir une catastrophe coûte souvent moins cher que reconstruire. Chaque dirham investi dans une infrastructure de protection, un système d’alerte ou la restauration d’un bassin versant peut éviter des coûts bien plus élevés. C’est ce que l’on appelle parfois le dividende de la résilience.
Quelles adaptations le Maroc devrait-il engager en priorité pour réduire durablement sa vulnérabilité aux précipitations extrêmes et aux inondations ?
À mon sens, le Maroc ne doit pas chercher une solution unique. Il faut construire une stratégie associant aménagement du territoire, infrastructures, protection des écosystèmes, science, prévention et participation des citoyens.
Le Matin : Par quels mécanismes le changement climatique peut-il accroître l’intensité des précipitations extrêmes au Maroc ?
Dalila Loudiyi : Le mécanisme est relativement simple : une atmosphère plus chaude fonctionne comme une éponge capable de contenir davantage de vapeur d’eau. Avec la hausse des températures, l’évaporation s’intensifie à partir des océans, des sols, des barrages, des lacs et de la végétation. Selon les connaissances scientifiques reprises notamment par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), l’atmosphère peut contenir environ 6 à 7% d’humidité supplémentaire pour chaque degré Celsius de réchauffement. Cela ne signifie pas que toutes les pluies augmentent automatiquement de 7%. Lorsqu’une perturbation favorable se produit, elle peut en revanche disposer de davantage d’humidité et provoquer des précipitations beaucoup plus intenses. On peut comparer ce phénomène à une bouilloire : plus on la chauffe, plus elle produit rapidement de vapeur. Le réchauffement accélère ainsi l’évaporation et charge davantage l’atmosphère en humidité.
Le Maroc est particulièrement concerné en raison de sa position géographique, à la rencontre de l’Atlantique, de la Méditerranée, du Sahara et de grands reliefs comme le Rif et l’Atlas. Lorsqu’une masse d’air humide rencontre une perturbation ou est poussée contre un relief, elle peut se refroidir rapidement et libérer une grande quantité d’eau en peu de temps. Le changement climatique ne «crée» donc pas les tempêtes. Il modifie les conditions dans lesquelles elles se produisent. Une perturbation qui aurait autrefois provoqué une forte pluie peut aujourd’hui disposer de davantage d’énergie et d’humidité. C’est là que réside le paradoxe marocain : le pays peut recevoir moins de pluie sur l’ensemble de l’année tout en connaissant des épisodes beaucoup plus violents. Une même quantité d’eau répartie sur plusieurs semaines peut infiltrer les sols et alimenter les nappes ; tombée en quelques heures, elle provoquera surtout ruissellement, crues et parfois inondations. Les projections récentes confirment cette évolution : les épisodes rares de précipitations extrêmes pourraient devenir plus fréquents au Maroc, alors que la tendance générale reste celle d’un climat plus chaud et globalement plus sec. Le défi sera donc de gérer une eau à la fois plus rare et parfois beaucoup plus brutale.
Comment expliquer que le réchauffement climatique puisse favoriser à la fois des sécheresses prolongées et des épisodes de pluies torrentielles ?
Cela peut sembler contradictoire, mais c’est l’une des principales caractéristiques du changement climatique : le cycle de l’eau devient plus instable et plus extrême. D’un côté, la hausse des températures accentue l’évaporation. Les sols perdent leur humidité, les réserves diminuent et, lorsque les pluies ne compensent pas ces pertes, la sécheresse peut s’installer plusieurs années. De l’autre, une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, libérée ensuite brutalement sous forme de pluies torrentielles. Après une longue sécheresse, certains sols deviennent très secs, compactés ou dégradés. Lorsqu’une pluie intense survient, l’eau s’infiltre moins facilement et ruisselle rapidement vers les oueds et les zones basses.
Le Maroc connaît cette situation : depuis plusieurs années, le pays fait face à un déficit hydrique et à des sécheresses prolongées, sans être à l’abri des inondations. Les régions montagneuses, semi-arides, les vallées d’oueds et même les grandes villes peuvent connaître des crues soudaines après une période sèche. Il faut donc éviter d’opposer sécheresse et inondation. Ce sont souvent deux manifestations d’un même dérèglement du cycle de l’eau. Les politiques publiques doivent pouvoir conserver l’eau lorsqu’elle est rare, mais aussi la ralentir et la gérer lorsqu’elle arrive brutalement.
Observe-t-on déjà une évolution du régime des précipitations au Maroc, en matière de fréquence, d’intensité et de répartition territoriale ?
Oui, mais il faut éviter de généraliser, car le Maroc possède une grande diversité climatique. Les tendances diffèrent selon les régions, du Rif au Haut Atlas, au Souss, à l’Oriental ou aux zones présahariennes. La tendance générale reste néanmoins claire : les précipitations deviennent plus irrégulières. Selon une recherche scientifique menée au MIT (Massachusetts Institute of Technology) sur leur variabilité au Maroc, les projections prévoient une baisse de 20 à 30% des précipitations entre décembre et mai dans un scénario d’atténuation, et de 35 à 45% dans un scénario de statu quo, vers la fin du XXIe siècle.
Les régions septentrionales et montagneuses restent parmi les plus exposées aux fortes précipitations, notamment Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Les régions plus sèches ne sont toutefois pas épargnées : les zones présahariennes, les vallées encaissées et les bassins versants à forte pente peuvent connaître des crues éclair, parfois provoquées par des pluies intenses tombées en amont. Le problème n’est donc pas seulement la quantité de pluie reçue sur une année, mais aussi quand, où et en combien de temps elle tombe. Une saison agricole peut recevoir une quantité totale satisfaisante et rester mauvaise si les pluies sont concentrées sur quelques épisodes suivis de longues périodes sèches. À l’inverse, une année moins pluvieuse peut être plus favorable si les précipitations sont régulières et arrivent aux moments essentiels pour les cultures.
Une analyse récente fondée sur des données satellitaires souligne l’importance de cette répartition temporelle. La campagne 2020-2021 en fournit un exemple significatif : malgré un contexte globalement sec, des pluies fréquentes, de faible intensité et mieux réparties ont contribué à maintenir une production agricole supérieure à la moyenne. Vingt millimètres répartis sur plusieurs jours n’ont donc pas le même effet que 20 millimètres tombés en une heure. Dans plusieurs régions, on observe aussi une succession plus marquée de périodes sèches et une plus grande irrégularité des pluies. Les projections annoncent une poursuite de la baisse des précipitations moyennes dans de nombreux bassins, avec une forte vulnérabilité des ressources en eau de montagne et de la neige dans le Haut Atlas. Le ruissellement pourrait ainsi diminuer de 20 à 40% dans le scénario le plus optimiste.
Parallèlement, les épisodes de fortes pluies peuvent devenir plus dangereux. Le Nord et les zones montagneuses restent particulièrement exposés, mais les régions sèches ne sont pas à l’abri : dans le Sud et le Sud-Est, une pluie intense tombée en amont peut provoquer quelques heures plus tard une crue soudaine dans une vallée où il n’a pratiquement pas plu. C’est pourquoi il faut raisonner à l’échelle du bassin versant. Une ville peut être inondée alors que la pluie qui y tombe paraît modérée, simplement parce que des précipitations très intenses se sont produites plus en amont. Le Maroc doit donc se préparer à gérer non seulement moins d’eau en moyenne, mais aussi une eau plus irrégulière, plus difficile à prévoir et parfois beaucoup plus concentrée dans le temps.
Dans quelle mesure les inondations tiennent-elles à l’intensité des pluies, mais aussi à l’urbanisation, à l’imperméabilisation des sols et à la gestion des bassins versants ?
Une inondation n’est jamais uniquement une affaire de pluie. Une forte précipitation devient dangereuse lorsqu’elle rencontre un territoire exposé et vulnérable. Deux quartiers peuvent recevoir la même quantité d’eau et connaître des situations très différentes. Dans l’un, espaces verts, sols perméables, zones de rétention et réseaux bien entretenus permettent d’absorber ou de stocker une partie de l’eau. Dans l’autre, le béton et le bitume accélèrent le ruissellement vers les points bas. C’est l’une des grandes conséquences de l’urbanisation : routes, parkings, toitures et trottoirs remplacent les sols naturels. Plus une ville est imperméabilisée, plus elle accélère le ruissellement. D’autres facteurs interviennent également : construction dans les zones inondables, rétrécissement des oueds, disparition des zones humides, insuffisance du drainage, obstruction des avaloirs ou dégradation de la couverture végétale des bassins versants.
L’exemple de Mohammedia est révélateur. Les inondations de 2002 ont montré qu’un épisode extrême devient plus dangereux lorsque les capacités de rétention et de protection sont insuffisantes. Le barrage Oued El Maleh avait perdu une partie importante de sa capacité en raison de son envasement. La construction d’un nouveau barrage et les interventions ultérieures sur les infrastructures d’assainissement liquide ont permis de réduire le risque. Autre exemple, l’inondation de Safi du 14 décembre 2025. Après six années de précipitations inférieures à la moyenne, dont 2023-2024, année la plus sèche jamais enregistrée, de fortes pluies en mars et décembre ont atténué la sécheresse, mais provoqué des crues éclair à Safi, faisant 37 morts. La ville avait reçu 46 mm en 24 heures. À Tétouan, plus de 50 mm étaient tombés en une heure, avec des dégâts matériels mais sans pertes humaines. À Safi, le manque d’entretien du canal de l’oued Chaaba, qui traverse des zones peuplées avant de rejoindre l’Atlantique, était pointé comme la principale cause des inondations. À l’échelle du bassin versant, les sols et la végétation jouent également un rôle essentiel. Un bassin en bon état agit comme une éponge : il ralentit l’eau et favorise son infiltration. À l’inverse, un bassin dégradé, érodé ou déboisé accentue le ruissellement.
Les solutions ne peuvent donc pas se limiter à des barrages et des canalisations plus grandes. Parcs inondables, bassins de rétention, sols perméables et zones humides restaurées peuvent aussi réduire le risque. Au Maroc, la prévention commence bien avant l’arrivée de l’eau dans les réseaux d’assainissement : elle passe par les bassins versants, les documents d’urbanisme et la manière dont les sols sont occupés.
Justement, les infrastructures urbaines, les réseaux d’assainissement et les dispositifs de drainage sont-ils dimensionnés pour absorber des précipitations plus intenses et plus concentrées ?
La réponse la plus honnête est : pas toujours, et pas partout. Les réseaux d’assainissement sont généralement conçus à partir de données historiques sur les pluies et d’événements de référence correspondant à certaines périodes de retour. Or le climat de référence évolue. Une infrastructure construite il y a trente ou quarante ans peut aujourd’hui être confrontée à des pluies plus intenses ou plus concentrées que celles prises en compte lors de sa conception.
Cela ne signifie pas que tous les réseaux marocains sont défaillants. Le Maroc a réalisé d’importants investissements dans la prévention et la réduction des risques. Les premiers ouvrages d’assainissement liquide datent du début du XXe siècle et les plans d’urbanisme ont introduit les premiers grands collecteurs dans des villes nouvelles comme Casablanca et Rabat. Depuis l’indépendance, leur gestion a évolué, de la Société marocaine de distribution (SMD) aux régies autonomes, à l’ONEE, à la gestion déléguée et, aujourd’hui, aux sociétés régionales multiservices.
En 2005, le Maroc a lancé le Programme national d’assainissement liquide (PNA) pour moderniser et équiper les villes. Les dispositifs de gestion des risques se sont également renforcés, notamment à travers le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles, qui a soutenu plusieurs centaines de projets depuis 2015. Mais il serait irréaliste de répondre à toutes les situations en augmentant uniquement le diamètre des canalisations. Il faut combiner modernisation des réseaux, entretien, bassins de rétention et préservation des espaces où l’eau peut s’étendre temporairement. La maintenance est aussi essentielle : un réseau correctement dimensionné peut être rapidement dépassé si les avaloirs sont bouchés ou si les chemins naturels d’écoulement ont été modifiés. À Casablanca, l’urbanisation a parfois empiété sur d’anciens chemins naturels de l’eau, notamment à Bouskoura. Les grands ouvrages peuvent corriger certaines vulnérabilités, mais à des coûts considérables. Le Super Collecteur Ouest (SCO), dont le maître d’ouvrage délégué est Casa Aménagement, en est une illustration.
La véritable évolution consiste donc à passer de «Comment évacuer l’eau le plus vite possible ?» à «Comment ralentir l’eau, la stocker temporairement et en infiltrer une partie avant qu’elle ne devienne dangereuse ?» Cette réflexion est particulièrement importante pour le Maroc : dans un pays confronté au stress hydrique, il est paradoxal de considérer systématiquement l’eau de pluie comme un problème à évacuer au plus vite.
Quels territoires sont aujourd’hui les plus vulnérables au risque d’inondation, et pourquoi ?
Il n’existe pas un seul type de territoire vulnérable aux inondations. Le risque dépend de la combinaison entre l’aléa, l’exposition et la vulnérabilité. Les régions montagneuses et les bassins versants à forte pente, notamment dans le Rif et l’Atlas, sont particulièrement exposés. Lorsqu’une pluie intense tombe en altitude, l’eau peut se concentrer rapidement dans les vallées et les oueds, laissant parfois très peu de temps aux populations en aval pour réagir. Les épisodes meurtriers de Guelmim, de l’Ourika et de certaines provinces du Nord, du Sud et du Sud-Est illustrent cette vulnérabilité.
Les grandes villes constituent un autre type de territoire exposé. Casablanca, Mohammedia, Tanger, Tétouan ou Rabat-Salé peuvent connaître des inondations lorsque les pluies intenses dépassent temporairement les capacités de drainage. Plus une ville est bétonnée, plus le ruissellement est rapide. Les zones construites dans ou à proximité des espaces naturellement inondables sont également vulnérables. Lors des grandes crues, les oueds peuvent reprendre un espace beaucoup plus large. Les inondations de Valence, en Espagne, en 2024, ont montré les conséquences de la concentration de populations et d’infrastructures dans des zones fortement exposées.
Les régions arides et présahariennes sont, elles aussi, concernées. Dans les vallées d’oueds, une pluie rare mais très intense peut provoquer des crues éclair. Un même territoire peut ainsi souffrir à la fois d’un manque chronique d’eau et d’inondations destructrices. À cela s’ajoute la vulnérabilité sociale : une famille modeste, un petit agriculteur ou un commerçant n’ont pas les mêmes capacités qu’une grande entreprise pour anticiper, s’assurer et reconstruire. Les territoires les plus vulnérables sont donc ceux où se cumulent forte exposition, urbanisation mal maîtrisée, infrastructures insuffisantes, dégradation des écosystèmes et faibles capacités de récupération. Une forte pluie devient une catastrophe lorsqu’elle rencontre un territoire insuffisamment préparé.
Comment renforcer les systèmes d’alerte précoce, la prévention et la culture du risque auprès des populations ?
La technologie est importante, mais elle ne suffit pas. Un système d’alerte efficace doit permettre de gagner du temps et surtout de le transformer en action. Quelques heures, voire quelques dizaines de minutes, peuvent suffire pour fermer une route, évacuer une zone menacée ou empêcher quelqu’un de traverser un oued en crue. Le premier enjeu est d’améliorer l’observation et la prévision sur l’ensemble du territoire. Données météorologiques, radars, satellites, stations hydrologiques et modèles permettent de mieux anticiper certains phénomènes et de réduire les incertitudes utiles à la conception des ouvrages de protection.
Mais une prévision scientifique n’a de valeur que si elle devient une information compréhensible. Annoncer «80 millimètres de pluie sont attendus» ne suffit pas : il faut préciser où se situe le danger, quand il surviendra et quelle conduite adopter. Le Maroc a déjà engagé des efforts dans plusieurs territoires pilotes, notamment à Mohammedia, dans le bassin du Gharb, la vallée de l’Ourika et la province de Guelmim. L’enjeu est désormais de renforcer l’interconnexion entre services météorologiques, agences de bassin, collectivités, gestionnaires de réseaux, Protection civile et société civile.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) souligne également la nécessité d’accélérer les investissements dans les systèmes d’alerte précoce et les services climatiques en Afrique. Les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, les modèles de prévision et les communications mobiles offrent de nouvelles possibilités, à condition qu’elles restent accessibles à tous. Il faut aussi développer une véritable culture du risque, à travers l’école, les associations, les médias, les exercices de simulation et les campagnes locales. Le Japon et le Bangladesh montrent notamment l’importance de combiner alertes, préparation, réseaux communautaires et sensibilisation.
La principale leçon est simple : une alerte qui n’entraîne aucune action ne protège personne. Chaque territoire exposé doit donc savoir qui reçoit l’alerte, qui décide, quelles routes fermer, quelles zones évacuer et comment protéger les plus vulnérables. Le Maroc gagnerait ainsi à renforcer un «système d’alerte centré sur les populations», associant prévision, communication, préparation et réponse.
Quel est le coût économique et social réel des inondations pour les collectivités, les entreprises, les infrastructures et les ménages ?
Le coût réel d’une inondation est souvent sous-estimé parce que l’on ne regarde que les dégâts visibles : routes détruites, maisons inondées ou véhicules emportés. Il faut distinguer les coûts directs et indirects. Les premiers concernent les logements, routes, ponts, réseaux d’eau et d’électricité, équipements publics, marchandises, véhicules et exploitations agricoles. Les seconds peuvent être plus importants encore. Une entreprise peut devoir interrompre son activité pendant plusieurs jours ou semaines, avec des conséquences sur ses salariés, ses fournisseurs et ses clients. Pour un petit commerce ou une entreprise familiale, quelques semaines d’arrêt peuvent être très lourdes de conséquences. Les ménages modestes sont souvent les plus vulnérables. Pour une famille qui perd son logement, ses meubles ou ses équipements, la catastrophe peut représenter la destruction de plusieurs décennies d’efforts et d’épargne. Le coût est aussi social : déplacements de populations, interruption de la scolarité, perte de revenus, endettement et aggravation des inégalités.
À l’échelle nationale, la répétition des catastrophes pèse sur les finances publiques, en mobilisant des ressources qui auraient pu être consacrées à l’éducation, à la santé ou au développement. À l’échelle africaine, l’OMM rappelle que les événements climatiques extrêmes affectent fortement l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’eau, l’énergie, la santé et les déplacements de population. Le véritable coût d’une inondation ne se mesure donc pas uniquement en dirhams, mais aussi en vies bouleversées, en activités interrompues et en années nécessaires pour reconstruire ce qui a parfois été détruit en quelques heures. Pour les collectivités, la reconstruction d’une infrastructure peut également nécessiter des interventions sur les réseaux, les ouvrages hydrauliques et les zones environnantes. C’est pourquoi la prévention doit être considérée comme un investissement plutôt qu’une dépense. Prévenir une catastrophe coûte souvent moins cher que reconstruire. Chaque dirham investi dans une infrastructure de protection, un système d’alerte ou la restauration d’un bassin versant peut éviter des coûts bien plus élevés. C’est ce que l’on appelle parfois le dividende de la résilience.
Quelles adaptations le Maroc devrait-il engager en priorité pour réduire durablement sa vulnérabilité aux précipitations extrêmes et aux inondations ?
À mon sens, le Maroc ne doit pas chercher une solution unique. Il faut construire une stratégie associant aménagement du territoire, infrastructures, protection des écosystèmes, science, prévention et participation des citoyens.
• La première priorité est de ne pas créer de nouvelles vulnérabilités : éviter de construire dans les zones les plus exposées aux crues et intégrer systématiquement les cartes de risques dans les documents d’urbanisme.
• La deuxième consiste à adapter les infrastructures. Il ne s’agit pas seulement de construire des canalisations plus grandes, mais aussi de développer des bassins de rétention, des sols perméables, des parcs capables de stocker temporairement l’eau et de restaurer certaines zones humides. Le concept de «ville éponge» est particulièrement pertinent pour le Maroc : plutôt que d’évacuer immédiatement l’eau, il s’agit de la ralentir, la stocker, l’infiltrer et, lorsque cela est possible, la valoriser. Selon les territoires, une partie des eaux pluviales pourrait contribuer à la recharge des nappes ou à certains usages.
• La deuxième consiste à adapter les infrastructures. Il ne s’agit pas seulement de construire des canalisations plus grandes, mais aussi de développer des bassins de rétention, des sols perméables, des parcs capables de stocker temporairement l’eau et de restaurer certaines zones humides. Le concept de «ville éponge» est particulièrement pertinent pour le Maroc : plutôt que d’évacuer immédiatement l’eau, il s’agit de la ralentir, la stocker, l’infiltrer et, lorsque cela est possible, la valoriser. Selon les territoires, une partie des eaux pluviales pourrait contribuer à la recharge des nappes ou à certains usages.
• La troisième priorité est la restauration des bassins versants : protection des sols, lutte contre l’érosion et restauration de la couverture végétale et des zones humides peuvent réduire le ruissellement. Il faut également renforcer les systèmes d’alerte précoce, avec des moyens de suivi, des seuils d’alerte et des protocoles clairs dans les bassins les plus exposés.
• Enfin, la gouvernance territoriale doit être renforcée. L’eau ne respecte pas les limites administratives : le bassin versant doit donc être une base de la planification, avec une meilleure coordination entre agences de bassin, collectivités, services météorologiques, Protection civile, gestionnaires de réseaux et société civile. Le Maroc dispose déjà d’outils importants.
• Enfin, la gouvernance territoriale doit être renforcée. L’eau ne respecte pas les limites administratives : le bassin versant doit donc être une base de la planification, avec une meilleure coordination entre agences de bassin, collectivités, services météorologiques, Protection civile, gestionnaires de réseaux et société civile. Le Maroc dispose déjà d’outils importants.
L’enjeu est désormais de mieux intégrer les données climatiques dans les décisions d’urbanisme, d’infrastructures et de gestion des territoires. Au fond, il faut apprendre à vivre avec les nouvelles réalités du cycle de l’eau : conserver l’eau lorsqu’elle est rare, la ralentir lorsqu’elle arrive brutalement et protéger les territoires qui l’entourent. Aucun pays ne pourra empêcher toutes les inondations ; l’objectif est de faire en sorte qu’une pluie exceptionnelle ne se transforme pas systématiquement en catastrophe humaine, sociale et économique.
