Sept jours en selle, des étapes de 58 kilomètres, un parcours qui descend des reliefs du Moyen Atlas jusqu’au littoral atlantique. La caravane de l’association Issane refait le chemin que les familles de la région de Khénifra empruntaient jadis à cheval pour rendre visite à leurs proches et s’approvisionner. Les organisateurs de cette initiative qui annonce l’édition 2026 de la Chevauchée Khénifra-El Jadida ne s’en tient pas au programme. Ses auteurs décrivent un patrimoine équestre en recul. «Nous assistons malheureusement, année après année, au déclin de ce patrimoine et à la raréfaction des vrais passionnés du monde équestre», disent-ils.
Le fourrage hors de portée des éleveurs
L’association Issane désigne la sécheresse comme la cause première de ce déclin. «Les prix du fourrage, paille et grain, sont devenus inaccessibles à la plupart des éleveurs qui ont fini par délaisser cette forme d’élevage», déplore-t-elle. Cet abandon touche une race à laquelle les familles amazighes du Moyen Atlas vouent depuis toujours un grand attachement, rappelle l’association, qui présente l’arabe-barbe comme la fierté des éleveurs zayanis. Le cheval arabe-barbe garde pourtant des débouchés. Selon l’association, il reste impliqué dans plusieurs sports équestres, parmi lesquels la fantasia, l’endurance et la randonnée. Il est également très apprécié et recommandé pour le tourisme et les loisirs.
Issane, treize ans de mobilisation à Aguelmous
C’est pour préserver cette souche arabe-barbe que l’association Issane a vu le jour en 2013 à Aguelmous. Elle s’est fixé pour but de «conserver ce patrimoine immatériel pour le transmettre aux générations futures», tout en luttant contre l’exode rural. Son action dépasse le seul élevage équin. L’association dit œuvrer au développement de l’activité économique et sociale par la valorisation des produits du terroir. Elle encourage aussi les agriculteurs à produire davantage de plantes fourragères et céréalières adaptées au climat, dans le respect de l’environnement. La randonnée équestre vers la région de Doukkala constitue sa contribution au programme du Salon du cheval d’El Jadida, auquel elle participe depuis sa création en 2013.
De la bataille d’El Hri aux caravanes familiales
Pour les habitants de Khénifra, et plus encore pour ceux des hautes montagnes, la souche arabe-barbe reste un symbole de puissance, de courage, de noblesse et de sacrifice. L’Association en veut pour preuve la participation de ce cheval aux affrontements avec les Français lors de la bataille d’El Hri, en 1914, sous le commandement de Moha Ou Hammou Zayani, dans la lutte contre la colonisation. La Chevauchée reproduit par ailleurs une coutume ancienne. «La Chevauchée rend hommage à nos arrière-grands-pères qui voyageaient en caravane de 40 à 50 chevaux durant un mois, parfois plus», souligne l’association. Ces voyages servaient à visiter familles et amis, mais aussi à faire l’acquisition de bétail, de bijoux et de denrées alimentaires.
Sept étapes jusqu’au littoral d’El Jadida
Ce voyage au long cours des aïeux, la caravane d'Issane le condense en sept jours. L'itinéraire de 400 kilomètres part de Khénifra et passe par Sidi Lamine, Boujaâd, Boujniba, Sidi Hajjaj, Settat, Jmaa Oulad Abbou et Tlet Oulad Hamdane, avant d'atteindre El Jadida. Les cavaliers traversent différents reliefs au milieu d'une végétation diversifiée. L’association attribue la bonne ambiance des éditions précédentes à deux passionnés, Ali Amahzoune et Saad Ibntalib. Elle met en avant «un climat d’entraide et de respect entre cavaliers» et un comportement prudent, qui valent à la caravane d’être accueillie avec enthousiasme et hospitalité par les autorités et les habitants des villes traversées. À l’arrivée, les cavaliers prendront part aux animations du Salon du cheval. Ils y présenteront leur spectacle, «la danse du cheval au rythme d’un groupe folklorique de la région de Khénifra», en l’occurrence une troupe d’ahidous.
