Menu
Search
Vendredi 16 Octobre 2026
S'abonner
close

Cancer de l’estomac : les signes qui doivent alerter

Douleurs à l’estomac, vomissements ou perte de poids inexpliquée… Ces symptômes peuvent être liés à des troubles digestifs bénins, mais aussi, dans certains cas, révéler une maladie plus grave, comme le cancer de l’estomac. Encore relativement peu évoqué dans le débat public, ce cancer soulève pourtant des enjeux importants en matière de prévention, de diagnostic précoce et de prise en charge. Dans cet entretien, le Pr Nabil Ismaïli, directeur de spécialité d’oncologie médicale et de radiothérapie à l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé (UM6SS), décrypte les facteurs de risque, les signes d’alerte et les avancées thérapeutiques dans la prise en charge du cancer de l’estomac.

No Image

Cancer de l’estomac : les signes qui doivent alerter



Le Matin : Quelles sont les principales caractéristiques épidémiologiques du cancer de l’estomac au Maroc, notamment en matière d’âge et de répartition entre les sexes ?

Pr Nabil Ismaïli :
Le cancer de l’estomac figure parmi les cancers fréquents au Maroc. Selon une étude publiée en 2014 par le National Institute of Oncology de Rabat, ce type de cancer occupait le cinquième rang des cancers les plus fréquents et constituait le premier cancer digestif dans cet établissement. L’âge moyen au diagnostic était de 55 ans, avec des cas recensés entre 18 et 87 ans. Le risque augmentait significativement à partir de la tranche d’âge de 35-44 ans, mais sa répartition variait selon le sexe. Chez les hommes, deux pics étaient observés, entre 45 et 54 ans, puis entre 65 et 74 ans, tandis que chez les femmes, le pic se situait entre 55 et 64 ans. Globalement, les hommes étaient nettement plus touchés que les femmes, avec un sex-ratio de 2,14, soit environ deux hommes pour une femme. Cette prédominance masculine concorde avec les données mondiales.

Quels sont les principaux facteurs de risque du cancer de l’estomac et sur lesquels peut-on agir pour en réduire la survenue ?Les principaux facteurs de risque sur lesquels il est possible d’agir sont le tabagisme, l’infection à Helicobacter pylori et certaines habitudes alimentaires. Dans l’étude marocaine, 30,5% des patients étaient fumeurs, ce qui souligne l’importance de l’arrêt du tabac dans la prévention. L’infection à Helicobacter pylori constitue, quant à elle, un facteur de risque majeur. Elle a été détectée chez 8% des patients testés dans cette étude, un chiffre probablement sous-estimé en raison de l’absence de dépistage systématique. Le dépistage et l’éradication de cette bactérie, lorsqu’ils sont indiqués, représentent des mesures importantes de prévention. Par ailleurs, il est recommandé de limiter la consommation de sel, d’aliments fumés et de produits transformés. Enfin, les antécédents d’ulcère gastrique, retrouvés chez 6,5% des patients étudiés, constituent aussi un élément à prendre en compte dans l’évaluation du risque.



Quels sont les principaux symptômes du cancer de l’estomac et à partir de quand doivent-ils inciter à consulter ?

Les symptômes les plus fréquemment observés dans l’étude marocaine étaient les douleurs épigastriques, rapportées chez 88,7% des patients, suivies de la perte de poids (80,5%) et des vomissements (62,3%). D’autres manifestations étaient aussi relevées, notamment les hémorragies digestives sous forme d’hématémèse (15,6%), l’altération de l’état général (9%) et la présence d’une masse épigastrique (4,5%). La persistance de ces symptômes, en particulier lorsqu’ils sont associés, doit inciter à consulter rapidement. Dans l’étude, le délai moyen entre l’apparition des premiers symptômes et la consultation atteignait 8,7 mois, un délai particulièrement long qui souligne l’importance de ne pas banaliser les signes d’alerte.

Le cancer de l’estomac est-il généralement diagnostiqué à un stade avancé et quels examens permettent de confirmer le diagnostic ?Oui, le diagnostic est souvent posé à un stade avancé. Dans l’étude marocaine, 62% des patients présentaient déjà des métastases au moment du diagnostic et 18,5% avaient une maladie localement avancée. À l’inverse, seuls 8% étaient diagnostiqués à un stade localisé, tandis que 11,5% n’avaient pas été stadifiés. Le diagnostic repose sur l’endoscopie digestive haute, qui permet d’examiner la paroi de l’estomac et de réaliser des biopsies pour confirmer la maladie. Cet examen a été pratiqué chez tous les patients de l’étude. Il a révélé une forme ulcérée dans 78,5% des cas, un aspect infiltrant dans 19,5% et une linite plastique dans 2% des cas. Quant à la localisation de la tumeur, la région antropylorique était la plus fréquemment touchée, représentant 42,2% des cas.

Quels traitements peuvent être proposés selon le stade du cancer de l’estomac et quelles sont les avancées thérapeutiques récentes ?

Le traitement dépend du stade de la maladie et de l’état général du patient :

• Pour les formes localisées (stades précoces) : la chirurgie reste le traitement curatif de référence. Elle consiste à retirer une partie ou la totalité de l’estomac (gastrectomie partielle ou totale), avec un curage ganglionnaire D2, c’est-à-dire le retrait des ganglions lymphatiques situés autour de l’estomac afin de limiter le risque de laisser persister des cellules cancéreuses.

• Pour les formes localement avancées résécables : lorsque la tumeur peut être retirée par chirurgie, le traitement de référence repose sur une chimiothérapie périopératoire, administrée avant et après l’intervention. Le protocole «FLOT», qui associe quatre médicaments (5-FU, leucovorine, oxaliplatine et docétaxel), a démontré une efficacité supérieure à celle d’anciens schémas thérapeutiques, avec une médiane de survie globale de 50 mois et un taux de survie à cinq ans de 45%.

• L’immunothérapie périopératoire représente aussi une avancée importante. L’essai de phase III Matterhorn a montré que l’ajout du durvalumab, un médicament d’immunothérapie, au protocole FLOT améliorait significativement le taux de réponse pathologique complète (19% contre 7%), c’est-à-dire l’absence de cellules tumorales détectables dans les tissus prélevés après le traitement, ainsi que la survie sans événement, qui correspond au délai avant la survenue d’une rechute ou d’un autre événement lié à la maladie (HR = 0,73). Ces résultats soutiennent l’utilisation de cette association dans la prise en charge périopératoire des formes résécables.
Lisez nos e-Papers