Menu
Search
Mardi 03 Novembre 2026
S'abonner
close

Chirurgie robotique au Maroc : qui opère et qui est responsable en cas de complication ?

Au bloc opératoire de l'une des cliniques Oncorad, la chirurgie robotique donne à voir une autre manière d'intervenir. Piloté par le chirurgien depuis une console, le robot reproduit les gestes du praticien avec précision. Une technologie qui transforme progressivement les pratiques chirurgicales au Maroc et ouvre des perspectives en matière de téléchirurgie. Immersion au cœur de cette évolution, à l'occasion d'un nouvel épisode de la capsule « Bilmoukhtassar Al Moufid ».

No Image
Au bloc opératoire, les gestes sont précis et chaque intervention répond à une organisation rigoureuse. Mais derrière le travail de l'équipe médicale, un autre acteur attire l'attention : le robot chirurgical. Ses bras articulés reproduisent les mouvements commandés par le chirurgien, installé devant une console de contrôle. C'est dans cet environnement, au sein de la clinique Oncorad, que Le Matin a posé ses caméras pour un nouvel épisode de sa capsule « بالمختصر المفيد », consacré à la chirurgie robotique au Maroc.



L'image peut surprendre : le chirurgien ne tient pas directement les instruments chirurgicaux. Il pilote le système robotique à partir d'une console, qui lui permet de commander les instruments introduits dans le corps du patient. Contrairement à certaines idées reçues, le robot n'opère pas de manière autonome. Il exécute les mouvements du praticien, qui conserve la maîtrise de l'intervention et la responsabilité de ses décisions médicales.

Pour comprendre cette technologie, une première distinction s'impose : celle entre la chirurgie robot-assistée et la téléchirurgie. « La chirurgie robotique et la chirurgie classique reposent sur le même principe », explique le professeur Youness Ahallal, spécialiste de cette pratique. La différence réside principalement dans les moyens utilisés pour réaliser l'intervention.

« Le chirurgien gère le robot grâce à une console », précise-t-il. Dans la configuration habituelle, le praticien se trouve dans la même salle d'opération que le patient et commande les instruments à partir de cette interface. Le robot constitue ainsi un outil d'assistance qui lui permet de réaliser les gestes chirurgicaux avec précision.

Quand le chirurgien et le patient ne sont plus dans le même lieu

C'est ici qu'intervient la téléchirurgie, qui pousse le principe du pilotage robotique plus loin. Le chirurgien peut, en théorie, commander un robot installé dans un établissement de santé distant, tandis que le patient est pris en charge par une équipe médicale sur place. Le praticien et le patient ne sont donc plus nécessairement dans la même ville, ni même dans le même pays.



Cette possibilité repose toutefois sur une infrastructure bien plus complexe qu'une simple connexion Internet. La transmission des commandes doit être suffisamment stable et fiable pour permettre au chirurgien de contrôler les instruments en temps réel. La communication entre les deux sites, la surveillance de l'intervention et les dispositifs de secours constituent autant de conditions indispensables.

Le professeur Youness Ahallal insiste notamment sur l'importance de prévoir des solutions de secours, ou « backup », en cas de problème technique ou de rupture de communication. Une équipe médicale doit également être présente auprès du patient afin de pouvoir prendre le relais et intervenir si la situation l'exige.

La sécurité d'une opération à distance ne dépend donc pas uniquement de la performance du robot. Elle repose sur toute une chaîne d'organisation, depuis les équipements et les réseaux de communication jusqu'aux équipes médicales et aux protocoles d'urgence.

La question de la responsabilité reste centrale

Cette nouvelle configuration soulève également une question déterminante : qui est responsable en cas de complication lors d'une intervention réalisée à distance ? La réponse est loin d'être simple. Plusieurs acteurs peuvent être impliqués dans une même opération, précise le professeur : le chirurgien qui commande le robot, l'établissement où se trouve le patient, l'équipe médicale présente sur place, mais aussi les intervenants techniques chargés du fonctionnement des équipements et des systèmes de communication.

Pour le professeur Ahallal, la question doit être examinée à la lumière des législations propres à chaque pays. La responsabilité médicale et technique constitue ainsi un enjeu majeur pour le développement de cette pratique, notamment lorsque l'intervention implique des établissements situés dans des juridictions différentes.

Le spécialiste rappelle, par ailleurs, qu'aucune intervention chirurgicale ne peut être garantie sans risque. L'objectif est plutôt de réduire les risques grâce à des protocoles adaptés, une préparation rigoureuse et des dispositifs permettant de réagir aux situations imprévues.

Une nouvelle géographie des compétences médicales

Au-delà de la prouesse technologique, la téléchirurgie pourrait modifier les conditions d'accès à certaines compétences médicales spécialisées. Un patient pris en charge au Maroc pourrait, par exemple, bénéficier de l'expertise d'un chirurgien exerçant en France, sans que ce dernier ait nécessairement à se déplacer.

Cette perspective ouvre la voie à de nouvelles formes de coopération médicale entre les pays et les établissements de santé. Elle pourrait notamment être intéressante pour les interventions nécessitant une expertise particulière, à condition que les infrastructures, les équipes locales et les garanties de sécurité soient réunies.

Mais entre la possibilité technique et son déploiement à grande échelle, plusieurs défis restent à relever. La fiabilité des réseaux, le coût des équipements, la formation des professionnels, l'encadrement juridique et la responsabilité des différents intervenants constituent autant d’enjeux à prendre en compte pour accompagner cette évolution.

Au terme de cette immersion au bloc opératoire d'Oncorad, une chose apparaît clairement : la chirurgie robotique ne signifie pas que la machine remplace le chirurgien. Elle modifie plutôt la manière dont celui-ci intervient et, avec la téléchirurgie, pourrait même repousser les frontières géographiques de son expertise. Reste à savoir dans quelle mesure les systèmes de santé pourront intégrer cette évolution tout en plaçant la sécurité du patient au centre de leurs priorités.
Lisez nos e-Papers