Interrogé sur ce changement, un pharmacien confirme qu'il ne délivre plus le "Codoliprane (médicament antalgique combinant du paracétamol et de la codéine), ni aucun médicament contenant de la codéine, sans prescription médicale". Selon lui, "les pharmacies ont reçu une communication claire leur demandant de ne plus tolérer ce type de délivrance".
Une position confirmée par Amine Bouzoubaa, Secrétaire général de la Confédération des syndicats de pharmaciens. Contactée à ce sujet, il rappelle qu' "un médicament contenant de la codéine ne peut être délivré que sur ordonnance, dans la mesure où cette substance est un dérivé morphinique agissant directement sur le système nerveux central pour soulager la douleur." Il précise que ces médicaments sont toujours soumis à la réglementation applicable aux produits délivrés sur prescription médicale, encadrée par les dahirs de 1922 et 1974 relatifs aux produits vénéneux.
Un changement qui prend de court les patients habitués
Pour certains patients, ce durcissement bouleverse une habitude installée depuis longtemps. C'est le cas de Loubna, habituée à prendre du Codoliprane contre ses maux de tête, "le paracétamol seul ne parvenant pas à soulager ma douleur". En se rendant récemment en pharmacie, elle s'est vu répondre qu'une ordonnance était désormais exigée, l'obligeant à consulter un médecin avant de pouvoir se procurer son traitement habituel.
Ce témoignage illustre une réalité vécue par de nombreux Marocains qui, faute d'alternative efficace au paracétamol, s'étaient habitués à se procurer directement ce type d'antalgique en pharmacie, sans passer par une consultation médicale au préalable.
Pourquoi ce durcissement maintenant ?
Ce changement de pratique s'explique en grande partie par "le détournement de la codéine à des fins toxicomanes", a indiqué Bouzoubaa. Plusieurs personnes mal intentionnées ont en effet recours à ce type de médicaments pour des usages autres que thérapeutiques, ce qui pourrait exposé certains pharmaciens à des poursuites judiciaires après avoir délivré ces produits sans le savoir à des fins détournées.
À cela s'ajoute un risque sanitaire à part entière : un traitement prolongé à la codéine peut entraîner une dépendance, ce qui justifie, au-delà du seul cadre légal, une vigilance accrue de la part des professionnels de santé au moment de la délivrance.
En réalité, la codéine n'a donc jamais cessé, sur le plan légal, d'être une substance soumise à ordonnance. Ce qui change aujourd'hui, c'est que cette règle, longtemps appliquée avec souplesse, est désormais respectée à la lettre. Pour les patients concernés, la consultation médicale devient donc un passage obligé, même pour des douleurs récurrentes autrefois traitées directement en pharmacie.
