La baisse de la fécondité ne signifie pas la fin des enjeux liés à la contraception. Elle invite plutôt à les regarder autrement. C’est le message porté mardi 29 septembre dernier à Rabat, à l’occasion de la Journée mondiale de la contraception, célébrée cette année sous le thème «Un choix et un droit pour tous : la liberté de planifier, le pouvoir de choisir».
Organisée par l’Association marocaine de planification familiale (AMPF), avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) au Maroc et de Bayer, la rencontre a également marqué le lancement officiel au Maroc de l’initiative conjointe «Empowering Choices», menée avec le ministère de la Santé et de la protection sociale et des organisations de la société civile.
L’objectif affiché est de renforcer l’accès à une information fiable et à des services de planification familiale de qualité, tout en améliorant les compétences des professionnels de santé et la sensibilisation autour de la santé sexuelle et reproductive.
«Trop souvent perçue à tort comme un simple instrument de régulation démographique, la planification familiale doit être replacée là où elle a toujours dû être : comme un droit humain fondamental, un droit à la santé et à la dignité garanti à chaque personne», a déclaré Mahdi Halmi, chef du bureau de l’UNFPA au Maroc.
La question prend une résonance particulière dans un contexte où la fécondité marocaine est passée sous le seuil de remplacement. «Certains diront que l’indice synthétique de fécondité au Maroc étant aujourd’hui tombé à 1,97 enfant par femme, les questions relatives à la planification familiale ne seraient plus d’actualité. C’est tout l’inverse», a-t-il souligné.
Pour l’UNFPA, une fécondité basse ne rend donc pas la planification familiale obsolète. Elle déplace plutôt les priorités vers la qualité du conseil, l’équité d’accès, le respect du consentement éclairé et la diversification des méthodes contraceptives disponibles.
Selon Mahdi Halmi, 11% des femmes mariées au Maroc ont encore un besoin non satisfait en matière de planification familiale. Les difficultés concernent notamment certaines populations vulnérables, parmi lesquelles les femmes vivant dans des zones rurales enclavées, les jeunes et les personnes migrantes.
Crainte des effets secondaires, idées reçues sur l’infertilité, désinformation sur les méthodes contraceptives ou encore poids des contraintes sociales et familiales peuvent influencer les décisions et limiter l’accès à un accompagnement adapté.
«Nous devons aussi lutter contre les idées reçues, la désinformation, la crainte des effets secondaires, les fausses croyances concernant l’infertilité, ainsi que les obstacles sociaux et familiaux qui peuvent limiter l’accès à une information ou à un service adapté», a relevé Khadija El Ghalemi, présidente de l’Association marocaine de planification familiale.
Pour l’AMPF, l’enjeu consiste ainsi à faire évoluer l’approche : passer d’une logique essentiellement centrée sur l’accès à une démarche davantage orientée vers la qualité du counseling, la diversité des choix, l’équité d’accès et la possibilité pour chacun de réaliser ses intentions reproductives.
«Le choix éclairé suppose une information de qualité», a insisté Khadija El Ghalemi. «Il ne peut pas y avoir de véritable liberté de choix sans accès à une information fiable, compréhensible et scientifiquement fondée.»
Un défi qui prend une dimension particulière à l’heure des réseaux sociaux, où les contenus relatifs à la santé sexuelle et reproductive circulent rapidement, sans toujours reposer sur des données scientifiques.
L’implication des hommes constitue tout autant un axe mis en avant. Le projet «Empowering Choices», prévu sur 24 mois et principalement déployé dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Béni Mellal-Khénifra, prévoit notamment des campagnes de cliniques mobiles et une innovation présentée comme telle par l’UNFPA : les «Classes pour époux», destinées à sensibiliser et former les hommes et les parents.
L’objectif est de faire de la santé reproductive une question qui ne repose pas uniquement sur les femmes, mais qui implique de même les hommes et l’environnement familial.
Le deuxième porte sur la digitalisation du système de santé. Deux applications du ministère de la Santé et de la Protection sociale doivent ainsi bénéficier d’une mise à niveau et d’une extension : l’une consacrée au suivi personnalisé du continuum de soins et l’autre à la gestion des stocks contraceptifs.
Le troisième axe concerne le renforcement des capacités des professionnels de santé. Il prévoit notamment la formation des professionnels ainsi que la dotation de huit centres de référence en équipements spécifiques destinés à améliorer la maîtrise des méthodes contraceptives, avec une implication accrue des agents communautaires.
Cette approche repose sur un constat partagé par les différents intervenants : l’accès à la contraception ne peut être réduit à la disponibilité d’un produit ou d’une méthode. Il suppose, par la même occasion, un professionnel formé, une information compréhensible, un accompagnement adapté et la possibilité de choisir sans contrainte.
Le responsable de Bayer a rappelé l’engagement annoncé par le groupe de contribuer à donner accès à des méthodes modernes de contraception à 100 millions de femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2030.
«L’accès à la contraception ne concerne pas uniquement la santé. Il s’agit aussi de liberté de choix, d’égalité des chances et de développement durable», a-t-il souligné, estimant que la possibilité pour les femmes de planifier et d’espacer leurs grossesses selon leurs choix et leurs besoins peut avoir des répercussions sur leur parcours éducatif, leur participation à la vie économique et leur santé.
Au Maroc, l’ambition affichée par les partenaires est désormais de consolider les acquis du programme national de planification familiale, mis en place depuis les années 1960, tout en adaptant les réponses aux réalités actuelles.
La question n’est donc plus uniquement celle du nombre de personnes ayant accès à une méthode contraceptive. Elle est de surcroît celle de la capacité à comprendre les différentes options, à connaître leurs bénéfices et leurs éventuels effets indésirables, à bénéficier d’un conseil professionnel et à pouvoir décider librement.
Autrement dit, dans un Maroc où la fécondité recule, la planification familiale ne disparaît pas. Elle change de centre de gravité : de la maîtrise des naissances vers la maîtrise de ses propres choix reproductifs.
Organisée par l’Association marocaine de planification familiale (AMPF), avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) au Maroc et de Bayer, la rencontre a également marqué le lancement officiel au Maroc de l’initiative conjointe «Empowering Choices», menée avec le ministère de la Santé et de la protection sociale et des organisations de la société civile.
L’objectif affiché est de renforcer l’accès à une information fiable et à des services de planification familiale de qualité, tout en améliorant les compétences des professionnels de santé et la sensibilisation autour de la santé sexuelle et reproductive.
De la régulation démographique au droit de choisir
Pendant longtemps, la planification familiale a été largement associée aux politiques démographiques. Les intervenants réunis à Rabat ont voulu insister sur un changement de perspective : la contraception ne doit pas être envisagée uniquement à travers l’évolution du nombre de naissances, mais aussi à travers la capacité de chaque femme, de chaque homme et de chaque couple à prendre des décisions libres et éclairées.«Trop souvent perçue à tort comme un simple instrument de régulation démographique, la planification familiale doit être replacée là où elle a toujours dû être : comme un droit humain fondamental, un droit à la santé et à la dignité garanti à chaque personne», a déclaré Mahdi Halmi, chef du bureau de l’UNFPA au Maroc.
La question prend une résonance particulière dans un contexte où la fécondité marocaine est passée sous le seuil de remplacement. «Certains diront que l’indice synthétique de fécondité au Maroc étant aujourd’hui tombé à 1,97 enfant par femme, les questions relatives à la planification familiale ne seraient plus d’actualité. C’est tout l’inverse», a-t-il souligné.
Pour l’UNFPA, une fécondité basse ne rend donc pas la planification familiale obsolète. Elle déplace plutôt les priorités vers la qualité du conseil, l’équité d’accès, le respect du consentement éclairé et la diversification des méthodes contraceptives disponibles.
Selon Mahdi Halmi, 11% des femmes mariées au Maroc ont encore un besoin non satisfait en matière de planification familiale. Les difficultés concernent notamment certaines populations vulnérables, parmi lesquelles les femmes vivant dans des zones rurales enclavées, les jeunes et les personnes migrantes.
L’information, première condition du choix
Au-delà de la disponibilité des méthodes, les participants ont insisté sur un autre obstacle : les représentations et les informations erronées qui entourent encore la contraception.Crainte des effets secondaires, idées reçues sur l’infertilité, désinformation sur les méthodes contraceptives ou encore poids des contraintes sociales et familiales peuvent influencer les décisions et limiter l’accès à un accompagnement adapté.
«Nous devons aussi lutter contre les idées reçues, la désinformation, la crainte des effets secondaires, les fausses croyances concernant l’infertilité, ainsi que les obstacles sociaux et familiaux qui peuvent limiter l’accès à une information ou à un service adapté», a relevé Khadija El Ghalemi, présidente de l’Association marocaine de planification familiale.
Pour l’AMPF, l’enjeu consiste ainsi à faire évoluer l’approche : passer d’une logique essentiellement centrée sur l’accès à une démarche davantage orientée vers la qualité du counseling, la diversité des choix, l’équité d’accès et la possibilité pour chacun de réaliser ses intentions reproductives.
«Le choix éclairé suppose une information de qualité», a insisté Khadija El Ghalemi. «Il ne peut pas y avoir de véritable liberté de choix sans accès à une information fiable, compréhensible et scientifiquement fondée.»
Un défi qui prend une dimension particulière à l’heure des réseaux sociaux, où les contenus relatifs à la santé sexuelle et reproductive circulent rapidement, sans toujours reposer sur des données scientifiques.
Les jeunes et les hommes au cœur de la nouvelle approche
L’un des enjeux identifiés concerne précisément les publics qui restent confrontés à des barrières spécifiques. Les jeunes figurent parmi les populations auxquelles les nouvelles actions souhaitent accorder une attention particulière, avec l’idée de ne plus seulement les considérer comme des bénéficiaires, mais aussi comme des acteurs des politiques et programmes qui les concernent.L’implication des hommes constitue tout autant un axe mis en avant. Le projet «Empowering Choices», prévu sur 24 mois et principalement déployé dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Béni Mellal-Khénifra, prévoit notamment des campagnes de cliniques mobiles et une innovation présentée comme telle par l’UNFPA : les «Classes pour époux», destinées à sensibiliser et former les hommes et les parents.
L’objectif est de faire de la santé reproductive une question qui ne repose pas uniquement sur les femmes, mais qui implique de même les hommes et l’environnement familial.
Trois leviers pour rapprocher les services des populations
L’initiative «Empowering Choices» repose sur trois principaux axes. Le premier vise à rapprocher les services des populations à travers l’offre mobile et l’implication des hommes.Le deuxième porte sur la digitalisation du système de santé. Deux applications du ministère de la Santé et de la Protection sociale doivent ainsi bénéficier d’une mise à niveau et d’une extension : l’une consacrée au suivi personnalisé du continuum de soins et l’autre à la gestion des stocks contraceptifs.
Le troisième axe concerne le renforcement des capacités des professionnels de santé. Il prévoit notamment la formation des professionnels ainsi que la dotation de huit centres de référence en équipements spécifiques destinés à améliorer la maîtrise des méthodes contraceptives, avec une implication accrue des agents communautaires.
Cette approche repose sur un constat partagé par les différents intervenants : l’accès à la contraception ne peut être réduit à la disponibilité d’un produit ou d’une méthode. Il suppose, par la même occasion, un professionnel formé, une information compréhensible, un accompagnement adapté et la possibilité de choisir sans contrainte.
Un enjeu qui dépasse la seule santé
Pour Anas Ziati, directeur de la division Pharma chez Bayer Maroc, la question de la contraception dépasse également le seul champ médical. «Chaque femme et chaque jeune fille mérite la possibilité de décider de son propre avenir», a-t-il déclaré.Le responsable de Bayer a rappelé l’engagement annoncé par le groupe de contribuer à donner accès à des méthodes modernes de contraception à 100 millions de femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2030.
«L’accès à la contraception ne concerne pas uniquement la santé. Il s’agit aussi de liberté de choix, d’égalité des chances et de développement durable», a-t-il souligné, estimant que la possibilité pour les femmes de planifier et d’espacer leurs grossesses selon leurs choix et leurs besoins peut avoir des répercussions sur leur parcours éducatif, leur participation à la vie économique et leur santé.
Au Maroc, l’ambition affichée par les partenaires est désormais de consolider les acquis du programme national de planification familiale, mis en place depuis les années 1960, tout en adaptant les réponses aux réalités actuelles.
La question n’est donc plus uniquement celle du nombre de personnes ayant accès à une méthode contraceptive. Elle est de surcroît celle de la capacité à comprendre les différentes options, à connaître leurs bénéfices et leurs éventuels effets indésirables, à bénéficier d’un conseil professionnel et à pouvoir décider librement.
Autrement dit, dans un Maroc où la fécondité recule, la planification familiale ne disparaît pas. Elle change de centre de gravité : de la maîtrise des naissances vers la maîtrise de ses propres choix reproductifs.
