Le Matin : La rentrée scolaire 2026-2027 débute cette semaine, alors que l’Unicef rappelle que plus de 276.000 élèves ont quitté le système scolaire durant l’année 2024-2025. Que dit ce chiffre de l’école marocaine aujourd’hui ?
Laura Bill : Ce chiffre rappelle que le défi éducatif au Maroc ne se situe plus uniquement au niveau de l'accès à l'école, mais concerne plutôt le maintien des enfants dans le système jusqu'à l'achèvement de leur parcours scolaire. La question centrale aujourd’hui est celle de la qualité des apprentissages et des environnements scolaires. La Feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports souligne qu’environ 30% seulement des élèves maîtrisent les compétences fondamentales à la fin du primaire. Ce constat montre que de nombreux enfants arrivent au collège avec des lacunes importantes qui peuvent ensuite fragiliser leur parcours scolaire et accroître le risque de décrochage. Il convient également de souligner que le phénomène de l’abandon scolaire est complexe et multifactoriel. Les situations de décrochage résultent généralement de l’interaction entre des facteurs scolaires, sociaux, économiques et territoriaux. Le chiffre de 276.000 élèves doit donc être lu comme un indicateur qui invite à renforcer de manière intégrée les efforts de prévention et d’accompagnement plutôt qu’à résumer à lui seul l’état du système éducatif.
À quel moment perd-on réellement ces enfants ?
Les analyses récentes montrent que le décrochage scolaire est rarement un événement qui survient du jour au lendemain. Il s'agit généralement d'un processus progressif qui débute bien avant la sortie effective du système éducatif. Au Maroc, plusieurs moments apparaissent particulièrement critiques. Après le préscolaire, la qualité de l’accompagnement vers le primaire est essentielle pour consolider les premiers apprentissages et favoriser une entrée réussie dans la scolarité. Sans soutien adapté, des difficultés peuvent avoir lieu, tendent à s'aggraver au fil du temps et augmentent le risque de redoublement, d'absentéisme ou de démotivation. Aujourd’hui, 26% de l’abandon survient au primaire.
La transition entre le primaire et le collège constitue ensuite l'un des points de rupture les plus sensibles. Les données nationales montrent que 52% des abandons ont lieu au collège où les élèves doivent s'adapter à un nouvel environnement scolaire, à une organisation plus complexe et, dans certains territoires, à des contraintes d'éloignement ou de transport. Les données montrent également une vulnérabilité particulière durant les premières années du secondaire, notamment chez les adolescents confrontés à des difficultés socio-économiques, à des résultats scolaires fragiles ou à des pressions familiales. Pour les filles, des facteurs liés à la sécurité, à la mobilité ou aux normes sociales peuvent également jouer un rôle dans certaines régions. L'enjeu aujourd'hui est donc de repérer suffisamment tôt les signaux d'alerte afin d'agir avant que la rupture ne devienne définitive.
La transition entre le primaire et le collège constitue ensuite l'un des points de rupture les plus sensibles. Les données nationales montrent que 52% des abandons ont lieu au collège où les élèves doivent s'adapter à un nouvel environnement scolaire, à une organisation plus complexe et, dans certains territoires, à des contraintes d'éloignement ou de transport. Les données montrent également une vulnérabilité particulière durant les premières années du secondaire, notamment chez les adolescents confrontés à des difficultés socio-économiques, à des résultats scolaires fragiles ou à des pressions familiales. Pour les filles, des facteurs liés à la sécurité, à la mobilité ou aux normes sociales peuvent également jouer un rôle dans certaines régions. L'enjeu aujourd'hui est donc de repérer suffisamment tôt les signaux d'alerte afin d'agir avant que la rupture ne devienne définitive.
La Feuille de route 2022-2026 arrive à son terme. Écoles pionnières, préscolaire, soutien pédagogique, lutte contre le décrochage : du point de vue de l’Unicef, quels progrès sont aujourd’hui incontestables, et où le bilan reste-t-il insuffisant ?
Le Maroc est parvenu à élargir considérablement l’accès au préscolaire, atteignant selon les données du ministère 72,7%. C’est l’une des transformations les plus marquantes de la dernière décennie. L’évaluation menée par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique avec l’appui de l’Unicef montre que cette expansion a permis à davantage d’enfants d’accéder à des opportunités d’apprentissage précoce et de mieux se préparer à l’enseignement primaire. Cette évaluation souligne en même temps que l’amélioration de la qualité demeure un enjeu majeur, notamment en ce qui concerne les pratiques pédagogiques, le développement du langage, les apprentissages précurseurs de la lecture et la qualité des interactions éducatives.
Concernant les écoles pionnières, les résultats des évaluations externes de la phase pilote montrent des progrès dans les apprentissages fondamentaux, notamment en mathématiques et en français, ainsi qu'une meilleure prise en charge des élèves en difficulté grâce à des dispositifs de remédiation plus structurés. La réforme a également permis d'introduire une culture plus forte du suivi des apprentissages, de l’utilisation des données et de l’accompagnement pédagogique. Pour autant, ces évaluations rappellent également que la réussite d’une phase pilote ne garantit pas automatiquement le succès d’une généralisation à grande échelle. Plusieurs défis demeurent. Les écarts entre territoires restent importants. Les conditions d’apprentissage ne sont pas les mêmes d’une région à l’autre ou entre milieux urbains et ruraux. Les questions liées à l’encadrement pédagogique, à la disponibilité des ressources humaines qualifiées, à la taille des classes dans certains contextes et à la capacité d’accompagner durablement les enseignants constituent des enjeux déterminants pour consolider les acquis observés.
Plus largement, les évaluations soulignent que l’amélioration durable des résultats dépendra de la capacité à maintenir simultanément l’ambition de qualité, l’équité territoriale et l’accompagnement des écoles les plus vulnérables. Au final, le principal enseignement de ces dernières années est peut-être que le défi est de garantir à tous les enfants, sans distinction, un accès à une éducation de qualité leur permettant d’acquérir les compétences essentielles pour leur avenir.
Peut-on vraiment prévenir le décrochage avant qu’il ne soit trop tard ? Existe-t-il aujourd’hui au Maroc un système suffisamment efficace pour détecter rapidement les absences répétées, les difficultés scolaires ou les autres signaux d’alerte et déclencher une intervention ?
L’expérience internationale comme nationale montre qu’il est possible de prévenir une partie importante des situations de décrochage lorsqu’elles sont identifiées suffisamment tôt dès le primaire. Le Maroc a renforcé ses systèmes d'information éducatifs et ses mécanismes de veille. L'enjeu est désormais de mieux exploiter les données disponibles pour identifier plus tôt les élèves à risque et déclencher rapidement des interventions adaptées.
Tous les enfants n’ont pas les mêmes chances de rester à l’école. Où se situent aujourd’hui les principales fractures ? Et quels dispositifs manquent encore pour réduire ces inégalités ?
Tous les enfants n’ont pas les mêmes chances de rester à l’école. Où se situent aujourd’hui les principales fractures ? Et quels dispositifs manquent encore pour réduire ces inégalités ?
Les inégalités scolaires demeurent étroitement liées à plusieurs facteurs qui se cumulent souvent. Au Maroc, les disparités territoriales restent particulièrement importantes. Les enfants vivant dans certaines zones rurales ou enclavées continuent de faire face à des défis liés à l’éloignement des établissements, au transport scolaire, à l’internat ou aux conditions d’apprentissage. Les transitions vers le collège et le secondaire constituent également des moments particulièrement sensibles, où le risque de décrochage augmente sensiblement pour de nombreux adolescents. Les enfants issus des ménages les plus vulnérables ainsi que les enfants en situation de handicap demeurent également davantage exposés au risque d’exclusion scolaire lorsque les mécanismes d’accompagnement ne répondent pas pleinement à leurs besoins. Les expériences nationales et internationales montrent que les réponses les plus efficaces combinent des mesures éducatives, sociales et de protection de l’enfance, en renforçant la coordination entre l’école, les familles, les services sociaux et les collectivités territoriales.
Vous avez accompagné plusieurs programmes de prévention du décrochage au Maroc. Qu’est-ce qui fonctionne réellement sur le terrain ? Et si certaines solutions ont fait leurs preuves, pourquoi restent-elles difficiles à généraliser ?
Les expériences de terrain montrent que les approches les plus efficaces sont généralement celles qui combinent plusieurs dimensions. Les approches les plus efficaces combinent détection précoce, accompagnement pédagogique, implication des familles et soutien psychosocial. Les enseignants jouent un rôle décisif lorsqu'ils disposent des outils et de l'accompagnement nécessaires. Le principal défi réside ensuite dans le passage de projets ou d’expériences localisées à des dispositifs généralisés à grande échelle. Cela suppose des ressources, des capacités de coordination, des outils de suivi robustes et une appropriation durable par l’ensemble des acteurs concernés.
À quelques semaines des élections législatives, l’Unicef a appelé les partis à placer les droits de l’enfant au cœur de leurs programmes. Si vous aviez trois mesures à demander au prochain gouvernement pour changer durablement la trajectoire scolaire des enfants marocains, quelles seraient-elles ?
L’Appel de l’Unicef s’adresse à tous les décideurs et à toutes les parties prenantes sans distinction. Pour la dimension Éducation de cet appel, une feuille de route claire est suggérée pour protéger le droit à l’éducation de chaque enfant.
Vous avez accompagné plusieurs programmes de prévention du décrochage au Maroc. Qu’est-ce qui fonctionne réellement sur le terrain ? Et si certaines solutions ont fait leurs preuves, pourquoi restent-elles difficiles à généraliser ?
Les expériences de terrain montrent que les approches les plus efficaces sont généralement celles qui combinent plusieurs dimensions. Les approches les plus efficaces combinent détection précoce, accompagnement pédagogique, implication des familles et soutien psychosocial. Les enseignants jouent un rôle décisif lorsqu'ils disposent des outils et de l'accompagnement nécessaires. Le principal défi réside ensuite dans le passage de projets ou d’expériences localisées à des dispositifs généralisés à grande échelle. Cela suppose des ressources, des capacités de coordination, des outils de suivi robustes et une appropriation durable par l’ensemble des acteurs concernés.
À quelques semaines des élections législatives, l’Unicef a appelé les partis à placer les droits de l’enfant au cœur de leurs programmes. Si vous aviez trois mesures à demander au prochain gouvernement pour changer durablement la trajectoire scolaire des enfants marocains, quelles seraient-elles ?
L’Appel de l’Unicef s’adresse à tous les décideurs et à toutes les parties prenantes sans distinction. Pour la dimension Éducation de cet appel, une feuille de route claire est suggérée pour protéger le droit à l’éducation de chaque enfant.
• À court terme, nous proposons de déployer un système national d’alerte précoce via Massar appuyé par l’usage de l’intelligence artificielle, former les acteurs éducatifs, mettre en place des mécanismes de suivi des élèves à risque et élaborer un mécanisme de gouvernance des écoles de la deuxième chance, E2C, au niveau national pour clarifier les rôles et les responsabilités entre le ministère, les associations et les autres parties prenantes.
• À moyen terme, nous suggérons de généraliser les dispositifs de prévention, intégrer les indicateurs de décrochage dans le pilotage du système éducatif, diversifier les parcours au collège et structurer les E2C avec une certification et des passerelles tout en accordant une importance au déploiement des normes nationales Eau, Hygiène et Assainissement en milieu scolaire.
• À long terme, l’Appel de l’Unicef invite à intégrer durablement la prévention du décrochage, l’inclusion et les parcours de seconde chance dans la gouvernance éducative afin de réduire durablement les sorties sans qualification.
À travers ces trois niveaux d’action, nous sommes guidés par le principe de l’équité et de l’efficience pour permettre à chaque enfant, où qu’il vive et quelles que soient ses circonstances, de poursuivre son parcours scolaire dans les meilleures conditions possibles.
• À moyen terme, nous suggérons de généraliser les dispositifs de prévention, intégrer les indicateurs de décrochage dans le pilotage du système éducatif, diversifier les parcours au collège et structurer les E2C avec une certification et des passerelles tout en accordant une importance au déploiement des normes nationales Eau, Hygiène et Assainissement en milieu scolaire.
• À long terme, l’Appel de l’Unicef invite à intégrer durablement la prévention du décrochage, l’inclusion et les parcours de seconde chance dans la gouvernance éducative afin de réduire durablement les sorties sans qualification.
À travers ces trois niveaux d’action, nous sommes guidés par le principe de l’équité et de l’efficience pour permettre à chaque enfant, où qu’il vive et quelles que soient ses circonstances, de poursuivre son parcours scolaire dans les meilleures conditions possibles.
