Menu
Search
Jeudi 09 Juillet 2026
S'abonner
close

Les Lions de l'Atlas font rêver les enfants : comment accompagner leurs ambitions ?

Les performances des Lions de l’Atlas nourrissent les ambitions de milliers d’enfants qui aspirent à devenir footballeurs professionnels. Mais derrière les trophées et la notoriété se cachent des années d’efforts, d’échecs et de sacrifices souvent invisibles. Dans cet entretien, Houda Hjiej, pédopsychiatre, livre des conseils aux parents pour accompagner la passion de leurs enfants sans négliger leur équilibre et leur avenir.

No Image
Le Matin : Les performances de l’équipe nationale ont suscité un véritable engouement chez les enfants. Pourquoi, selon vous, les succès de sportifs de haut niveau exercent-ils une influence aussi forte sur les aspirations des enfants ?

Les Lions de l'Atlas font rêver les enfants : comment accompagner leurs ambitions ?



Houda Hjiej :
L’enfant se construit à travers des modèles. Il a besoin de figures auxquelles s’identifier pour imaginer ce qu’il pourrait devenir. Lorsque des sportifs accomplissent des performances exceptionnelles, ils incarnent des valeurs universelles : le courage, le dépassement de soi, la persévérance, le travail d’équipe et la réussite.

Aujourd’hui, beaucoup d’enfants associent le métier de footballeur à la richesse, à la célébrité et au prestige et ont l’impression que les stars du football ont «réussi facilement».

Quels effets cette perception peut-elle avoir sur leur développement ? Et comment leur faire prendre conscience de l’envers du décor ?

Les réseaux sociaux montrent surtout le résultat final : les trophées, les voitures, les contrats et les célébrations. Ils montrent rarement les années d’entraînement, les blessures, les échecs, les sacrifices familiaux, la discipline quotidienne ou les carrières qui s’arrêtent brutalement.

Chez certains enfants, cette vision idéalisée peut conduire à croire que le succès est rapide et presque automatique. Ils risquent alors de sous-estimer l’importance de l’effort, de la patience et des études.

Il est important de leur raconter l’histoire complète des grands sportifs : les milliers d’heures d’entraînement, les moments de doute, les sélections ratées, les blessures. Plus un enfant comprend que la réussite est le fruit d’un travail de longue haleine, plus il développe une vision réaliste de ses propres ambitions.

Comment expliquer à un enfant que seule une infime minorité parvient à devenir footballeur professionnel ? Et comment les parents peuvent-ils encourager la passion de leur enfant tout en gardant un discours réaliste sur les chances de réussite ?

Il ne faut jamais casser un rêve, mais il faut lui donner un cadre. On peut dire à l’enfant : «Fais du football comme si tu pouvais devenir professionnel, mais prépare aussi ton avenir comme si tu ne le devenais pas.» Les parents doivent encourager la passion, accompagner les entraînements, valoriser les efforts, tout en rappelant que les études ne sont pas un obstacle au football, mais une sécurité et une richesse supplémentaire. Beaucoup de sportifs de haut niveau eux-mêmes insistent aujourd’hui sur l’importance d’avoir une formation.

Quels sont les risques psychologiques lorsqu’un enfant construit toute son identité autour du football et de l’idée de devenir professionnel ?

Lorsque toute l’identité repose sur un seul projet, l’enfant devient extrêmement vulnérable. Une blessure, une non-sélection ou une baisse de performance peuvent alors être vécues non pas comme un simple échec sportif, mais comme un effondrement personnel. L’enfant peut avoir le sentiment qu’il ne vaut plus rien puisqu’il ne se définit qu’à travers le football. Il est important d’aider l’enfant à trouver un équilibre entre sa passion, sa vie sociale, scolaire et familiale.

Que conseillez-vous aux parents dont l’enfant affirme ne vouloir faire «que du football» et ne plus voir l’intérêt des études ?

Je leur conseillerais d’abord d’éviter le conflit frontal. Plus on oppose brutalement les études au football, plus l’enfant risque de se crisper. Il est préférable de reconnaître sa passion : «Je vois que le football est très important pour toi». Puis de l’aider à comprendre que les études ne sont pas l’ennemi de son rêve et que les deux peuvent être complémentaires, vu que le football professionnel exige aujourd’hui de nombreuses compétences : comprendre des contrats, gérer son image, parler plusieurs langues, communiquer avec des entraîneurs. Enfin, il est essentiel de rappeler qu’une carrière sportive est souvent courte et qu’il faut toujours préparer l’après.

Finalement, quel message souhaiteriez-vous adresser aux enfants qui rêvent aujourd’hui de suivre les pas des Lions de l’Atlas ?

Je leur dirais de continuer à rêver, parce que les rêves donnent une direction à notre vie. Mais un rêve ne devient réalité que lorsqu’il s’accompagne de travail, de discipline, de persévérance et d’humilité. Les Lions de l’Atlas ne sont pas arrivés au sommet par hasard. Ils y sont arrivés parce qu’ils ont travaillé pendant des années, accepté les difficultés et continué à avancer malgré les échecs. Que leur réussite est un projet d’État qui a été étudié et mis en place comme tout projet, avec stratégie, travail et analyse des gains et des risques.

Alors entraînez-vous avec passion, donnez le meilleur de vous-mêmes, mais continuez aussi à apprendre, à lire, à étudier et à grandir. Les plus grands champions ne développent pas seulement leur corps : ils développent également leur intelligence, leur caractère et leur capacité à rebondir.

Lisez nos e-Papers