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Jeudi 23 Avril 2026
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IA, médecine moléculaire... : la médecine de précision s’impose au cœur du diagnostic

Intelligence artificielle, biologie moléculaire, pathologie numérique… Le Congrès national de pathologie 2026, prévu les 24 et 25 avril à Rabat, met en lumière les mutations profondes d’une discipline en pleine transformation. Au cœur des échanges : des innovations qui redéfinissent le rôle du pathologiste, désormais pleinement impliqué dans la décision thérapeutique et la prise en charge personnalisée des cancers.

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Longtemps centrée sur l’observation et la description des maladies, la médecine opère aujourd’hui un virage décisif vers une approche individualisée. Portée par la montée en puissance de la médecine de précision, cette évolution repose sur une compréhension fine des mécanismes moléculaires et des profils biologiques des patients.

C’est dans ce contexte que Rabat accueille le Congrès national de pathologie 2026, réunissant experts de l’anatomie pathologique, de la biologie médicale et de l’oncologie autour d’une ambition commune : faire évoluer le rôle du diagnostic dans la prise en charge des patients.

Pour la présidente du congrès, Pr Basma El Khanoussi, cette édition s’inscrit dans une dynamique de transformation profonde. «Fédérer les acteurs, actualiser les pratiques et intégrer pleinement la médecine de précision : c’est un tournant structurant», souligne-t-elle. Elle insiste sur la nécessité de «créer un langage commun entre pathologistes, pathologistes moléculaires et cliniciens», condition essentielle à une lecture plus fine et personnalisée de la maladie.

Cette évolution marque une rupture nette avec les approches traditionnelles. «Nous assistons à une transition d’une pathologie descriptive vers une pathologie décisionnelle », explique-t-elle, précisant que le pathologiste est désormais «directement impliqué dans le choix thérapeutique et le suivi des patients».

Au cœur de cette transformation, la pathologie moléculaire joue un rôle central. «Elle permet d’identifier des altérations ciblables ou à visée pronostique. Le diagnostic devient ainsi un véritable passeport thérapeutique», affirme Pr El Khanoussi, insistant sur la redéfinition de la valeur pronostique et prédictive des analyses.

Dans ce nouvel écosystème, le rôle du spécialiste évolue en profondeur. «Le pathologiste devient un expert intégratif, capable de croiser données morphologiques, moléculaires et outils d’aide à la décision», poursuit-elle. Une montée en compétence rendue indispensable par la complexité croissante des données médicales.

L’intelligence artificielle accompagne cette mutation sans s’y substituer. «Elle améliore la reproductibilité, affine la détection des anomalies subtiles et facilite la gestion des flux», précise-t-elle, tout en rappelant qu’elle «ne remplace pas l’expertise humaine mais la renforce».

Autre chantier majeur : la pathologie numérique. «Une révolution est en cours, mais encore inégalement déployée», observe la présidente du Congrès. Si la numérisation des lames ouvre des perspectives inédites – télédiagnostic, partage d’expertise, enseignement à distance –, des contraintes techniques, réglementaires et financières freinent encore sa généralisation. «Nous sommes dans une phase hybride où coexistent méthodes traditionnelles et numériques», résume-t-elle.

Le programme scientifique du congrès reflète ces mutations. Un premier temps fort sera consacré aux cancers du sein HER2-low, avec un focus sur l’évolution du rôle du pathologiste dans la décision thérapeutique, la qualité du parcours de l’échantillon et l’apport de l’intelligence artificielle.

Les avancées dans le cancer colorectal seront également abordées, notamment à travers la nouvelle classification de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), les biomarqueurs émergents et les perspectives offertes par l’analyse de la méthylation.

La journée du samedi mettra en lumière les cancers du poumon, illustrant la révolution moléculaire en cours. Les experts discuteront des limites du séquençage tumoral, du rôle croissant de la biopsie liquide et des nouvelles approches diagnostiques.

Les enjeux de qualité et d’accréditation des laboratoires de biopathologie constitueront un autre axe central, avec des échanges autour de la norme ISO 15189, de la standardisation des comptes rendus et de l’habilitation des tests moléculaires. Enfin, une session dédiée aux jeunes pathologistes viendra clore le Congrès, offrant un espace d’expression à la nouvelle génération.

À travers cette édition, le Congrès national de pathologie 2026 confirme une tendance de fond : la pathologie s’affirme comme un pilier stratégique de la médecine de précision, à l’interface du diagnostic, de l’innovation et de la décision thérapeutique.
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