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Mardi 12 Mai 2026
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La périménopause, cette transition hormonale encore mal comprise au Maroc

Fatigue, troubles du sommeil, sautes d’humeur ou difficultés de concentration… Derrière ces symptômes souvent banalisés se cache parfois la périménopause, une transition hormonale encore largement méconnue au Maroc. À travers leur initiative «Nouvelles Elles», Vanesa Mestre et Tamara Tufani veulent ouvrir le dialogue et mieux informer les femmes sur cette étape clé de leur vie.

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Longtemps reléguée au second plan dans les discussions autour de la santé féminine, la périménopause commence progressivement à émerger comme un véritable enjeu de santé publique à l’international. Au Maroc, le sujet demeure toutefois encore discret, malgré le nombre important de femmes concernées.

Cette phase de transition hormonale, qui peut débuter dès la quarantaine et s’étendre sur plusieurs années avant la ménopause, s’accompagne de nombreux bouleversements physiques et psychologiques. Selon plusieurs études internationales, près de 80% des femmes présentent des symptômes liés à cette période, parfois sans parvenir à les identifier clairement.

Fatigue persistante, troubles du sommeil, variations de l’humeur, difficultés de concentration, anxiété ou encore changements métaboliques figurent parmi la trentaine de symptômes aujourd’hui reconnus par la recherche médicale. Des manifestations qui peuvent avoir un impact direct sur la qualité de vie personnelle, familiale et professionnelle des femmes.

Au Maroc, près de 6 millions de femmes seraient actuellement concernées par cette transition hormonale, un chiffre qui devrait dépasser les 7,5 millions d’ici 2050. Pourtant, l’information autour de la périménopause reste encore limitée.

C’est précisément ce constat qui a conduit Tamara Tufani et Vanesa Mestre à lancer l’initiative «Nouvelles Elles», dédiée à la sensibilisation à la santé hormonale des femmes de plus de 40 ans.



Pour Tamara Tufani, cette démarche trouve d’abord son origine dans une expérience personnelle marquante vécue en 2023, alors qu’elle avait 42 ans.

«Face à des symptômes très invalidants, je me suis retrouvée livrée à moi-même, sans réponses, sans soutien : un véritable vide de la part de la communauté médicale au Maroc», confie-t-elle. «On m’a même dit : “Ah, mais vous êtes dans la norme !” J’ai donc dû mener mes propres recherches pour comprendre ce qui m’arrivait».

Ses recherches l’ont notamment amenée à découvrir les travaux de la neuroscientifique Lisa Mosconi, dont l’approche consacrée à la santé globale des femmes a profondément influencé leur réflexion.

Avec Vanesa Mestre, l’idée de créer un espace d’information et de partage s’est alors imposée naturellement. «Nous voulions éviter à d’autres femmes cette solitude et cette souffrance», expliquent les deux cofondatrices.

Au fil de leurs rencontres et des échanges menés lors de leurs programmes immersifs «The Women’s Retreat», les mêmes interrogations revenaient régulièrement chez les participantes : «Pourquoi personne ne nous a expliqué cela plus tôt ?»

Selon les fondatrices, ces expériences ont également mis en lumière l’ampleur du tabou entourant encore la ménopause et la périménopause dans la société marocaine. «Beaucoup de femmes ont intériorisé une vision très exigeante envers elles-mêmes. Elles finissent parfois par ne plus s’autoriser à être simplement des femmes», observent-elles, estimant qu’il devient urgent de faire évoluer les regards sur cette étape de vie.

Pour rendre l’information plus accessible, «Nouvelles Elles» a progressivement développé plusieurs formats : conférences, contenus pédagogiques digitaux, programmes immersifs et accompagnement sur plusieurs phases.

Après avoir constaté que les retraites de plusieurs jours restaient difficiles d’accès pour certaines femmes en raison des contraintes familiales ou professionnelles, l’initiative a choisi d’élargir son approche à travers des conférences organisées notamment avec des associations, des réseaux professionnels féminins et des entreprises.

Aujourd’hui, leur programme s’articule autour de trois étapes : une journée de sensibilisation, quatre jours d’immersion intensive pour les femmes souhaitant approfondir leur démarche, puis un suivi régulier destiné à ancrer durablement les changements dans le quotidien.

Pour les fondatrices, ces espaces d’échange jouent un rôle essentiel dans la levée des tabous.

«Les femmes deviennent elles-mêmes actrices du changement, en poursuivant le dialogue dans leur entourage et leur famille», soulignent-elles.

Au-delà de la sensibilisation, Vanesa Mestre et Tamara Tufani souhaitent surtout transmettre un autre regard sur cette période de vie souvent perçue de manière négative. «La ménopause n’est pas une fin, mais le début d’un nouveau chapitre : celui de la transmission, de la production et du leadership», concluent-elles.
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