Depuis plus de quinze ans, le lissage capillaire s’est imposé comme un incontournable dans les salons de coiffure marocains. Présentés comme des solutions durables pour discipliner les cheveux, les lissages «brésiliens» ou «sans formol» ont séduit un large public, au point de devenir une routine esthétique pour de nombreuses femmes.
Si le formol a longtemps été au cœur des controverses sanitaires, une nouvelle substance attire aujourd’hui l’attention des autorités : l’acide glyoxylique. Utilisé dans plusieurs formules dites de substitution, il est désormais associé à un risque rénal potentiel, après des cas signalés au Maroc et à l’international.
Il y a quelques semaines, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) publiait un communiqué alertant sur ce risque, après la survenue de cas préoccupants. Contactée par le journal «Le Matin» pour approfondir ces éléments, l’Agence apporte des précisions sur les signaux qui ont déclenché cette alerte.
Autrement dit, des signalements nationaux sont venus corroborer des données déjà observées à l’étranger. «Ces éléments ont motivé la diffusion de cette information à titre préventif, afin de sensibiliser les utilisateurs et les professionnels de santé», précise-t-elle.
L’Agence précise, par ailleurs, que cette démarche relève d’un principe de précaution. Lorsqu’un signal, même limité en nombre, mais présentant des éléments concordants – en l’occurrence des atteintes rénales aiguës apparues après un lissage –, est identifié, l’enjeu n’est pas d’attendre une accumulation de cas confirmés, mais d’alerter en amont afin de prévenir un risque potentiel pour la population.
La question centrale reste celle du passage systémique. Comment une application capillaire peut-elle aboutir à une atteinte rénale ?
Selon l’AMMPS, «le lien de causalité entre l’application cutanée de produits contenant de l’acide glyoxylique et l’apparition de néphropathies a été suspecté sur la base d’observations histopathologiques. Des biopsies rénales ont révélé la présence de dépôts d’oxalate de calcium, suggérant une implication possible d’un passage systémique de l’acide glyoxylique dans la survenue des lésions rénales».
Ces dépôts d’oxalate de calcium sont connus pour pouvoir altérer la fonction rénale lorsqu’ils s’accumulent. Même si le mécanisme exact reste à confirmer, l’hypothèse d’une absorption transcutanée suivie d’une transformation métabolique est considérée comme plausible.
L’Agence rappelle, par ailleurs, que «plusieurs facteurs, tels que l’intégrité de la peau, la température, l’hydratation, le pH du produit et d’autres conditions environnementales, peuvent influencer la pénétration cutanée des substances chimiques». Une peau irritée, des applications répétées ou l’utilisation de plaques chauffantes à haute température pourraient ainsi, théoriquement, favoriser la pénétration.
Les cas rapportés présentent un point commun : la rapidité d’apparition des signes cliniques. «Les symptômes signalés se manifestent généralement pendant ou peu de temps après l’application et incluent principalement des douleurs au bas du dos, des nausées et des épisodes de vomissements», indique l’AMMPS.
Ces douleurs lombaires aiguës, associées à des troubles digestifs, doivent alerter, en particulier lorsqu’elles surviennent dans les heures suivant un lissage. Une consultation médicale rapide permet d’évaluer la fonction rénale et d’éviter des complications.
«À ce jour, les données disponibles ne permettent pas d’identifier de manière fiable des populations présentant un risque accru d’insuffisance rénale à la suite de l’utilisation de produits de lissage contenant de l’acide glyoxylique», souligne l’Agence.
Elle ajoute, toutefois, que «concernant les professionnels de la coiffure, exposés de façon répétée et prolongée, la possibilité d’une absorption systémique ne peut être exclue».
Par ailleurs, «la relation entre la dose, la durée d’exposition et le risque rénal n’a pas été établie de manière concluante», précise l’AMMPS, ce qui signifie que le niveau de risque exact reste encore à déterminer scientifiquement.
Dans l’attente de données scientifiques définitives, la position de l’Agence se veut prudente. «En ce qui concerne la commercialisation des produits de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique, l’AMMPS recommande, par mesure de précaution et dans l’attente des résultats définitifs des études scientifiques, de ne plus utiliser les produits contenant cette substance», déclare-t-elle.
Enfin, les consommateurs sont appelés à contribuer au système de surveillance. «Les consommateurs sont invités à notifier tout effet indésirable lié à l’utilisation des produits cosmétiques en remplissant la fiche de notification relative aux produits cosmétiques et à la transmettre à l’adresse électronique suivante : [email protected].» Et l’Agence d’insister : «Ces notifications sont essentielles pour mieux comprendre les risques et protéger les consommateurs».
Après l’ère du formol, le débat autour de l’acide glyoxylique rappelle que, dans l’univers des cosmétiques, l’innovation ne dispense jamais de vigilance. Derrière la quête du cheveu parfaitement lisse, la sécurité sanitaire demeure un impératif.
Si le formol a longtemps été au cœur des controverses sanitaires, une nouvelle substance attire aujourd’hui l’attention des autorités : l’acide glyoxylique. Utilisé dans plusieurs formules dites de substitution, il est désormais associé à un risque rénal potentiel, après des cas signalés au Maroc et à l’international.
Il y a quelques semaines, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) publiait un communiqué alertant sur ce risque, après la survenue de cas préoccupants. Contactée par le journal «Le Matin» pour approfondir ces éléments, l’Agence apporte des précisions sur les signaux qui ont déclenché cette alerte.
Des cas signalés au Maroc, appuyés par des données internationales
L’alerte ne repose pas sur une simple hypothèse théorique. «L’AMMPS a publié ce communiqué à la suite de quelques cas rapportés au Maroc, ainsi que des données de cosmétovigilance internationales évoquant des atteintes rénales aiguës en lien avec l’utilisation de produits de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique», déclare l’Agence.Autrement dit, des signalements nationaux sont venus corroborer des données déjà observées à l’étranger. «Ces éléments ont motivé la diffusion de cette information à titre préventif, afin de sensibiliser les utilisateurs et les professionnels de santé», précise-t-elle.
L’Agence précise, par ailleurs, que cette démarche relève d’un principe de précaution. Lorsqu’un signal, même limité en nombre, mais présentant des éléments concordants – en l’occurrence des atteintes rénales aiguës apparues après un lissage –, est identifié, l’enjeu n’est pas d’attendre une accumulation de cas confirmés, mais d’alerter en amont afin de prévenir un risque potentiel pour la population.
La question centrale reste celle du passage systémique. Comment une application capillaire peut-elle aboutir à une atteinte rénale ?
Selon l’AMMPS, «le lien de causalité entre l’application cutanée de produits contenant de l’acide glyoxylique et l’apparition de néphropathies a été suspecté sur la base d’observations histopathologiques. Des biopsies rénales ont révélé la présence de dépôts d’oxalate de calcium, suggérant une implication possible d’un passage systémique de l’acide glyoxylique dans la survenue des lésions rénales».
Ces dépôts d’oxalate de calcium sont connus pour pouvoir altérer la fonction rénale lorsqu’ils s’accumulent. Même si le mécanisme exact reste à confirmer, l’hypothèse d’une absorption transcutanée suivie d’une transformation métabolique est considérée comme plausible.
L’Agence rappelle, par ailleurs, que «plusieurs facteurs, tels que l’intégrité de la peau, la température, l’hydratation, le pH du produit et d’autres conditions environnementales, peuvent influencer la pénétration cutanée des substances chimiques». Une peau irritée, des applications répétées ou l’utilisation de plaques chauffantes à haute température pourraient ainsi, théoriquement, favoriser la pénétration.
Les cas rapportés présentent un point commun : la rapidité d’apparition des signes cliniques. «Les symptômes signalés se manifestent généralement pendant ou peu de temps après l’application et incluent principalement des douleurs au bas du dos, des nausées et des épisodes de vomissements», indique l’AMMPS.
Ces douleurs lombaires aiguës, associées à des troubles digestifs, doivent alerter, en particulier lorsqu’elles surviennent dans les heures suivant un lissage. Une consultation médicale rapide permet d’évaluer la fonction rénale et d’éviter des complications.
Quid des coiffeurs et de l’exposition répétée ?
Si aucune catégorie de population n’est officiellement identifiée comme plus vulnérable, la question des professionnels de la coiffure se pose avec acuité.«À ce jour, les données disponibles ne permettent pas d’identifier de manière fiable des populations présentant un risque accru d’insuffisance rénale à la suite de l’utilisation de produits de lissage contenant de l’acide glyoxylique», souligne l’Agence.
Elle ajoute, toutefois, que «concernant les professionnels de la coiffure, exposés de façon répétée et prolongée, la possibilité d’une absorption systémique ne peut être exclue».
Par ailleurs, «la relation entre la dose, la durée d’exposition et le risque rénal n’a pas été établie de manière concluante», précise l’AMMPS, ce qui signifie que le niveau de risque exact reste encore à déterminer scientifiquement.
Dans l’attente de données scientifiques définitives, la position de l’Agence se veut prudente. «En ce qui concerne la commercialisation des produits de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique, l’AMMPS recommande, par mesure de précaution et dans l’attente des résultats définitifs des études scientifiques, de ne plus utiliser les produits contenant cette substance», déclare-t-elle.
Enfin, les consommateurs sont appelés à contribuer au système de surveillance. «Les consommateurs sont invités à notifier tout effet indésirable lié à l’utilisation des produits cosmétiques en remplissant la fiche de notification relative aux produits cosmétiques et à la transmettre à l’adresse électronique suivante : [email protected].» Et l’Agence d’insister : «Ces notifications sont essentielles pour mieux comprendre les risques et protéger les consommateurs».
Après l’ère du formol, le débat autour de l’acide glyoxylique rappelle que, dans l’univers des cosmétiques, l’innovation ne dispense jamais de vigilance. Derrière la quête du cheveu parfaitement lisse, la sécurité sanitaire demeure un impératif.
