Le Matin : L’association «Reins» a célébré, le jeudi 12 mars, la Journée mondiale du rein en collaboration avec la Société marocaine Santé, Innovation et Environnement (SMSIE). Comment s’est déroulée cette journée ?
Pʳᵉ Amal Bourquia : L’édition 2026 de la Journée mondiale du rein a été marquée par une forte mobilisation autour de la prévention et de la sensibilisation aux maladies rénales. Notre association a souhaité, comme chaque année, faire de cette journée un moment de rencontre entre les professionnels de santé et les citoyens afin de rapprocher l’information médicale du grand public. Plusieurs activités ont été organisées, notamment des actions de sensibilisation, des séances d’information sur les réseaux sociaux et des initiatives de dépistage destinées à encourager la prévention.
Une attention particulière a été portée aux populations les plus vulnérables, notamment les enfants et les jeunes en situation de fragilité sociale. Cette journée a également constitué un moment important de dialogue entre médecins, acteurs associatifs, institutions et citoyens. Elle a permis de rappeler que la santé rénale est un enjeu majeur de santé publique et que la prévention reste l’outil le plus efficace pour réduire le poids des maladies rénales dans notre société. Il s’agit aussi d’une responsabilité partagée qui nécessite l’implication de tous : professionnels de santé, décideurs publics, société civile et patients.
Quelles ont été les principales activités ou actions menées pour sensibiliser le public à la santé rénale ?
À l’occasion de cette journée, plusieurs actions ont été mises en place afin de sensibiliser le public à l’importance de la prévention des maladies rénales. Parmi les activités principales figuraient des séances d’information sur les facteurs de risque des maladies rénales, ainsi que des campagnes de dépistage comprenant la mesure de la tension artérielle, la recherche de protéines dans les urines et l’évaluation du risque rénal chez les personnes à risque.
Ces activités avaient pour objectif de rappeler que des gestes simples peuvent contribuer à protéger la santé des reins : une alimentation équilibrée, une consommation modérée de sel, une bonne hydratation et un suivi régulier des maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension.
Des rencontres éducatives ont également été organisées afin d’expliquer au public les gestes permettant de préserver la santé rénale : hydratation adéquate, alimentation équilibrée avec une consommation modérée de sel, prévention du diabète et de l’hypertension, ainsi qu’un usage raisonné des médicaments.
La participation a été particulièrement encourageante. Les professionnels de santé – médecins, infirmiers, biologistes et volontaires – ont été fortement mobilisés, ce qui a permis de renforcer l’impact scientifique et éducatif de cette initiative.
Quels messages essentiels souhaitiez-vous transmettre à travers cette célébration ?
Le premier message concerne le caractère souvent silencieux des maladies rénales pendant de nombreuses années, ce qui rend le dépistage précoce essentiel. Une simple analyse d’urine ou une prise de sang peut permettre de détecter une atteinte rénale à un stade où la maladie peut encore être stabilisée.
Le deuxième message porte sur l’importance de la prévention. De nombreux facteurs de risque – tels que le diabète, l’hypertension artérielle, l’obésité ou encore la consommation excessive de sel, de médicaments ou de certaines plantes – peuvent être contrôlés grâce à des habitudes de vie plus saines.
La santé des reins est indissociable de la santé globale : protéger les reins, c’est également prévenir les maladies cardiovasculaires et améliorer la qualité de vie des patients.
Au Maroc, la maladie rénale chronique constitue aujourd’hui un défi croissant de santé publique. Comme dans de nombreux pays, l’augmentation du diabète, de l’hypertension artérielle ainsi que le vieillissement de la population contribuent à la progression du nombre de personnes atteintes de pathologies rénales.
On estime actuellement que près de trois millions de Marocains pourraient être concernés par différents stades de la maladie rénale chronique, même si une proportion importante d’entre eux n’est pas encore diagnostiquée. Cette réalité s’explique en grande partie par le caractère souvent silencieux de la maladie à ses débuts.
Aujourd’hui, le Maroc compte près de 40.000 patients en hémodialyse, répartis dans les différents centres à travers le Royaume. Chaque année, environ 3.500 nouveaux patients atteignent le stade d’insuffisance rénale terminale, nécessitant un traitement de suppléance, principalement la dialyse chronique ou, lorsque cela est possible, la transplantation rénale.
Ces chiffres illustrent l’ampleur du défi et soulignent la nécessité de renforcer les stratégies de prévention, de dépistage précoce et de prise en charge des facteurs de risque afin de ralentir la progression de la maladie et de réduire le nombre de patients arrivant au stade terminal.
Selon vous, pourquoi cette maladie reste-t-elle encore souvent diagnostiquée tardivement au niveau national ?
La principale difficulté réside dans le fait que la maladie rénale chronique évolue longtemps sans symptômes. Les patients ne ressentent souvent aucun signe particulier jusqu’à un stade avancé de la maladie, ce qui retarde le diagnostic et la prise en charge.
À cela s’ajoute un manque de sensibilisation du grand public aux facteurs de risque. Beaucoup de personnes ignorent encore que des maladies fréquentes comme le diabète et l’hypertension artérielle peuvent, au fil du temps, altérer progressivement la fonction rénale.
Par ailleurs, le dépistage n’est pas encore suffisamment systématique chez les populations à risque. Le suivi des maladies chroniques reste également insuffisant. Dans de nombreux cas, le diabète et l’hypertension ne sont pas correctement contrôlés, et l’éducation thérapeutique des patients demeure encore trop limitée. Ces situations contribuent à accélérer l’évolution de la maladie rénale.
Un autre élément préoccupant est que l’on observe au Maroc des patients atteignant le stade de la dialyse à un âge relativement jeune par rapport à ce qui est observé dans plusieurs autres pays. Cette réalité souligne l’importance de renforcer les actions de sensibilisation, d’améliorer le dépistage précoce et de mieux accompagner les patients dans la prise en charge de leurs maladies chroniques.
Le thème de cette année évoque le lien entre santé rénale et protection de la planète. Pourquoi ce lien est-il aujourd’hui devenu incontournable ?
Aujourd’hui, la santé humaine et la santé de la planète sont étroitement liées. La question de la santé rénale ne peut plus être dissociée des enjeux environnementaux et climatiques qui influencent directement les conditions de vie et de santé des populations.
La pollution de l’air, de l’eau et des sols, l’exposition à certaines substances toxiques ainsi que les effets du changement climatique peuvent avoir des conséquences directes sur la santé rénale. Les reins sont, en effet, des organes particulièrement sensibles aux toxines environnementales et aux perturbations de l’écosystème, qui peuvent accroître le risque de maladie rénale chronique et accélérer sa progression chez les personnes déjà fragilisées.
L’hémodialyse consomme une importante quantité d’eau, d’énergie et de matériel médical à usage unique, ce qui génère une empreinte environnementale non négligeable. Dans ce contexte, la relation entre maladies rénales et changement climatique apparaît de plus en plus comme un cercle d’interactions où chacun de ces phénomènes peut influencer l’autre.
Enfin, l’accès à une eau potable de qualité et à un environnement sain demeure un élément essentiel de la prévention de nombreuses maladies, y compris les pathologies rénales. Ainsi, parler aujourd’hui de santé rénale revient également à promouvoir la protection de l’environnement, la préservation des ressources naturelles et le développement de systèmes de soins plus durables.
Comment les systèmes de soins, notamment la dialyse, peuvent-ils évoluer vers des pratiques plus durables et respectueuses de l’environnement ?
La dialyse est un traitement vital pour les patients atteints d’insuffisance rénale terminale, mais elle nécessite une consommation importante d’eau, d’énergie et de matériel médical. Aujourd’hui, plusieurs initiatives visent à rendre ces traitements plus durables, notamment en optimisant l’utilisation de l’eau dans les centres de dialyse, en réduisant les déchets médicaux et en développant des technologies plus efficientes.
Par ailleurs, la promotion de la transplantation rénale et le renforcement des stratégies de prévention restent des axes essentiels. En réduisant le nombre de patients arrivant au stade terminal de la maladie, il est possible d’améliorer la qualité de vie des patients tout en réduisant l’impact environnemental du système de soins.
