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Vendredi 15 Mai 2026
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Psychologues : une proposition de loi veut renforcer l’encadrement de la profession

Portée par le groupe du Parti du progrès et du socialisme, une proposition de loi visant à donner à la profession de psychologue un cadre juridique et instituer une Instance nationale chargée d’en organiser l’exercice a été déposée à la Chambre des représentant. À travers ce texte, le PPS part d’un constat social devenu difficile à ignorer : l’extension des fragilités psychologiques dans une société traversée par les mutations numériques, familiales et éducatives. La réponse proposée tient en trois exigences : qualifier l’acte, encadrer la pratique, garantir la protection des bénéficiaires.

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Adressée au président de la Chambre des représentants par une lettre datée du 21 avril 2026, la proposition du groupe du PPS entend inscrire l’exercice de la profession de psychologue dans un cadre légal. L’enjeu dépasse la seule organisation d’une profession : il touche à une relation sensible, celle qui unit le psychologue à une personne en demande d’écoute, d’orientation ou d’accompagnement. En encadrant cette relation, fondée sur la confiance et souvent nouée dans des situations de vulnérabilité, le texte cherche à limiter les pratiques peu professionnelles dans un champ où l’ambiguïté peut mettre en danger la santé des publics fragiles. Son exigence centrale tient ainsi en une ligne claire : faire reposer l’accompagnement psychologique sur des compétences identifiées, des règles opposables et une responsabilité clarifiée.

Des fragilités sociales au besoin d’encadrement

La proposition de loi part d’une lecture objective des mutations contemporaines. Elle décrit une société travaillée par l’accélération numérique, les pressions psychologiques et les effets des révolutions scientifique, industrielle et technologique sur les modes de vie, les relations humaines et les formes de socialisation. Famille, école, médias et réseaux sociaux ne relèvent plus de sphères distinctes. Ils se croisent, se superposent et influencent ensemble la construction des comportements individuels, désormais exposés à des facteurs psychologiques, sociaux et culturels plus imbriqués que jamais.

C’est dans cette réalité que le texte situe le rôle du psychologue. Pour le PPS, ce rôle ne peut produire ses effets sans cadre légal et réglementaire clair. Il s’agit de définir les responsabilités, les normes professionnelles, la qualité des services rendus et la protection des bénéficiaires. L’absence d’un tel cadre, selon la proposition, peut ouvrir la voie à des pratiques non encadrées, fragiliser la profession et exposer les personnes accompagnées, notamment les enfants, les adolescents et les jeunes, à des risques psychologiques et éducatifs graves. La logique du texte s’appuie sur deux axes : reconnaître les psychologues comme professionnels qualifiés et protéger ceux qui sollicitent leurs services. En définissant le bénéficiaire comme toute personne physique recevant un service psychologique, la proposition place cette relation sous un régime de responsabilité.

Protéger le titre de «psychologue», encadrer l’accès à la profession

Portée par Rachid Hamouni, président du groupe du Parti du progrès et du socialisme à la Chambre des représentants, la proposition définit le psychologue comme une personne physique titulaire d’un diplôme universitaire spécialisé en psychologie, intervenant de manière habituelle, avec ou sans rémunération, dans l’évaluation, le diagnostic, l’accompagnement, la thérapie psychologique non médicamenteuse, l’intervention ou l’orientation, selon des normes scientifiques reconnues. Cette qualité suppose l’inscription au registre national de la profession. Le dispositif repose ainsi sur trois critères: une formation spécialisée, une pratique clairement identifiée et une reconnaissance institutionnelle. L’usage du titre de «psychologue», ou de toute appellation pouvant créer une confusion auprès du public, serait réservé aux personnes remplissant les conditions légales, inscrites au registre national et titulaires d’une autorisation valide.

L’accès à la profession serait conditionné à l’inscription au registre national de l’Instance, à une autorisation délivrée par son président et à la prestation d’un serment professionnel. Le demandeur devra notamment être Marocain, sauf autorisation accordée aux étrangers selon des modalités fixées par voie réglementaire, être âgé d’au moins 23 ans, jouir de ses droits civils, détenir un master en psychologie ou un diplôme équivalent reconnu, et ne pas avoir fait l’objet d’une condamnation définitive pour crime ou délit, à l’exception des délits non intentionnels ou en cas de réhabilitation.

Les diplômes acceptés, les stages de terrain et les équivalences étrangères seront précisés par voie réglementaire. Le dispositif prévoit également l’inscription de certains profils issus de disciplines liées à la psychologie, notamment la physiologie humaine ou les sciences de la santé, sous réserve d’un master en psychologie ou en neurosciences, d’une formation théorique et pratique, d’un stage supervisé et d’une évaluation des parcours interdisciplinaires.

Un champ d’intervention large, mais borné par la frontière médicale

Le texte proposé énumère plusieurs champs d’exercice : psychologie clinique et pathologique, psychologie sociale, neuropsychologie, psychologie du travail, psychologie cognitive, psychologie de la santé, psychologie criminologique, psychologie scolaire et éducative. Il inclut également les spécialités issues de la psychologie liées au bien-être psychique et à la qualité de vie, dans leurs dimensions psychologique, sociale, économique ou éducative. Cette reconnaissance large s’accompagne toutefois d’une limite nette. Les actes médicaux, la prescription de médicaments et les compétences réservées à d’autres professions réglementées sont explicitement exclus. Le psychologue se voit ainsi reconnaître un périmètre propre, sans être placé dans celui de l’acte médical.

Dans le même esprit, les missions d’évaluation, de diagnostic, de tests psychologiques, de thérapie et d’intervention psychologique seraient réservées aux professionnels inscrits au registre national, tout en respectant les prérogatives des autres professions de santé. L’équilibre recherché est là : donner une assise claire à l’intervention du psychologue, tout en préservant la complémentarité avec les psychiatres, les psychothérapeutes et les autres intervenants de la santé mentale.

Une relation professionnelle sous garantie déontologique

Au-delà des conditions d’accès, la proposition de loi encadre les garanties entourant l’exercice. Toute décision de refus d’inscription ou d’autorisation devra être motivée et notifiée à l’intéressé dans un délai déterminé par voie réglementaire. Chaque psychologue devra également disposer d’une assurance couvrant sa responsabilité civile professionnelle. Un volet spécifique concerne les enseignants-chercheurs spécialisés en psychologie dans les établissements d’enseignement supérieur. Ils pourraient exercer partiellement dans le secteur privé, dans la limite de deux demi-journées par semaine, à condition d’être inscrits au registre, de disposer d’une autorisation valide, de respecter leurs obligations universitaires et d’éviter tout conflit d’intérêts.

La proposition de loi énonce par ailleurs des obligations aux professionnels : interdiction de toute discrimination, protection des droits et intérêts matériels et moraux du bénéficiaire, respect du secret professionnel, confidentialité des informations et documents pendant et après la prestation, protection de la sécurité physique et psychologique, autorisation écrite préalable du tuteur légal lorsque le bénéficiaire est mineur ou en situation de handicap mental, responsabilité, probité, neutralité, interdiction de toute exploitation matérielle ou morale de la relation professionnelle, respect des normes scientifiques reconnues et orientation vers d’autres spécialistes lorsque la situation l’exige.

Le texte encadre ainsi moins une simple prestation qu’une relation de confiance. Dans cette relation, l’asymétrie peut être forte entre le professionnel et la personne accompagnée. La déontologie devient donc un garde-fou, appelé à protéger le bénéficiaire autant qu’à fixer les limites de l’intervention du psychologue.

Nadia Touhami, députée, membre du groupe du PPS : «Notre ambition est de faire de cette proposition une étape dans une réflexion plus large sur la santé psychologique au Maroc»

Psychologues : une proposition de loi veut renforcer l’encadrement de la profession



Au-delà du constat général sur le besoin d’encadrement, qu’est-ce qui a rendu nécessaire, selon vous, le dépôt de cette proposition de loi aujourd’hui ?


Dans le cadre de notre engagement, au sein du groupe du progrès et du socialisme, à assumer pleinement nos rôles législatifs, nous avons tenu à présenter une initiative législative qualitative. Cette initiative intervient malgré un agenda politique chargé, notamment à l’approche de la fin de la législature actuelle, dans un moment marqué par les débats d’évaluation du bilan du gouvernement et par les préparatifs des prochaines élections. Mais nous considérons que les transformations profondes que connaît notre société marocaine, à l’instar du reste du monde, rendent cette démarche nécessaire. Ces mutations sont à la fois liées aux valeurs, au numérique, à la démographie et à d’autres évolutions qui pèsent directement sur la santé psychologique des personnes, y compris des enfants, des adolescents et des jeunes.

Sur le fond, notre conviction est claire: il devient nécessaire d’encadrer une profession vitale, qui connaît une forte demande. La profession de psychologue se trouve aujourd’hui au centre des enjeux liés à l’équilibre psychologique et social des citoyennes et des citoyens, notamment face à l’augmentation des pressions psychologiques, à la complexification des modes de vie et à la multiplication des sources d’influence. Nous avons également constaté le développement de pratiques exercées, malheureusement, au nom de cette profession, mais en l’absence des garde-fous et des normes nécessaires. Cela peut causer des préjudices à un certain nombre de citoyennes et de citoyens. C’est précisément pour répondre à cette situation que nous avons déposé cette proposition de loi relative à l’organisation de la profession de psychologue et à la création d’une Instance nationale des psychologues.

Avant d’arrêter les contours du texte, quels acteurs avez-vous associés à la réflexion : psychologues, psychiatres, universitaires, associations de familles, professionnels de l’enfance ou autres intervenants du champ psychosocial ?

Avant de déposer cette proposition de loi, nous avons procédé à une écoute approfondie d’un certain nombre d’acteurs directement concernés, principalement les psychologues. Il fallait commencer par faire une lecture de la situation sur le terrain, des besoins exprimés par les professionnels et des fragilités constatées dans l’exercice de cette profession. Cette écoute nous a confortés dans l’idée qu’un cadre juridique clair était devenu indispensable. Nous espérons que cette initiative ouvre un débat public et institutionnel sérieux. Ce débat doit associer l’ensemble des acteurs et des experts afin d’enrichir le texte, de l’améliorer et de garantir son efficacité au moment de son adoption.

Le texte protège le titre de psychologue. Mais une partie du terrain se joue aussi ailleurs : coaching, accompagnement personnel, thérapies alternatives. Comment traiter ces pratiques lorsqu’elles interviennent, de fait, sur des fragilités psychologiques ?

Notre préoccupation porte sur toutes les pratiques exercées au nom de l’accompagnement psychologique, mais en dehors des règles, des normes et des limites de responsabilité nécessaires. Nous constatons que certaines pratiques se développent malheureusement sans cadre clair, alors même qu’elles peuvent concerner des personnes vulnérables ou fragilisées. Ce type de situation peut exposer des citoyennes et des citoyens à des préjudices. C’est pourquoi nous voulons fixer les conditions d’accès à la profession, préciser ses champs d’exercice, consacrer le respect des normes scientifiques et éthiques, et confier à une Instance nationale indépendante la mission d’encadrer les praticiens et de veiller au respect des règles de la profession.

Plus largement, comment faire en sorte que cette proposition ne soit pas seulement une loi d’organisation professionnelle, mais une étape vers un meilleur accès à l’accompagnement psychologique au Maroc ?

Pour nous, cette proposition ne vise pas seulement à organiser un secteur professionnel. Elle s’inscrit dans une vision plus large, qui vise à promouvoir la santé psychologique en tant que pilier fondamental de la sécurité sanitaire de notre pays. L’encadrement de la profession doit permettre de garantir la qualité des services psychologiques, de protéger les bénéficiaires et de renforcer la confiance de la société dans cette profession. Notre ambition est donc de faire de cette proposition une étape dans une réflexion plus large sur la santé psychologique au Maroc, sur la qualité de l’accompagnement proposé aux citoyennes et aux citoyens, et sur les garanties nécessaires pour que cet accompagnement soit exercé dans un cadre clair, crédible et protecteur.

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