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Mardi 03 Mars 2026
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Ramadan et santé visuelle : quand les soirées prolongées fatiguent les yeux

Durant le Ramadan, la modification des rythmes de vie, entre bouleversement du sommeil et réduction des apports hydriques, combinée à l’hyperconnexion nocturne, a un impact sur notre santé visuelle. Vision floue, maux de tête frontaux, sécheresse oculaire ou difficultés à voir de loin après un usage prolongé des écrans figurent parmi les plaintes les plus fréquentes. Des troubles souvent transitoires, mais révélateurs d’une fatigue visuelle accrue durant ce mois où les nuits se raccourcissent et les soirées s’allongent.

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À mesure que les soirées de Ramadan s’étirent, les écrans s’illuminent dans les salons, les chambres et même autour des tables de Ftour. Téléphones, séries, réseaux sociaux, travail nocturne... la nuit devient connectée. Mais derrière cette hyper-connexion festive et spirituelle, un autre phénomène s’installe, plus discret : la fatigue visuelle.

Selon Wiam El Jai, orthoptiste, le constat est clair : «Pendant le Ramadan, nous observons davantage de patients, adolescents, étudiants et jeunes actifs surtout, qui consultent pour une vision floue intermittente, des difficultés à voir de loin après avoir utilisé longtemps un écran, ou encore des maux de tête en fin de soirée ».

Le schéma est récurrent : après le Ftour, l’exposition prolongée aux écrans prend le dessus, souvent jusqu’à des heures tardives. Cette sollicitation intense de la vision de près, combinée à la fatigue liée au jeûne et au manque de sommeil, favorise l’apparition de spasmes accommodatifs.

Quand l’œil reste «bloqué» en vision de près

L’accommodation est le mécanisme qui permet à l’œil d’effectuer la mise au point de près, grâce au muscle ciliaire. Un spasme accommodatif correspond à une contraction excessive et prolongée de ce muscle. Concrètement, l’œil peine à relâcher l’effort et reste comme «figé» en mode vision rapprochée.

Les symptômes sont caractéristiques : vision floue de loin, sensation de tension oculaire, maux de tête frontaux et difficulté à relâcher la mise au point.

L’usage nocturne des écrans renforce ce phénomène pour plusieurs raisons : travail prolongé sans pauses, luminosité artificielle intense, fatigue générale qui réduit la capacité de relâchement musculaire et heures tardives où le système nerveux est déjà épuisé. «Le muscle ciliaire, comme n’importe quel muscle, peut entrer en état de contraction persistante lorsqu’il est sollicité sans récupération suffisante», précise l’orthoptiste.

Sommeil fragmenté et yeux plus vulnérables

Le manque de sommeil joue également un rôle déterminant. Pendant le Ramadan, le rythme veille-sommeil est souvent bouleversé : coucher tardif, réveil précoce pour le S'hour, sommeil fragmenté. Or le sommeil est essentiel pour la récupération neurosensorielle, la stabilité du film lacrymal, la coordination oculomotrice, mais aussi pour la qualité de la concentration visuelle.

Son altération peut entraîner une baisse de vigilance visuelle, un ralentissement de la mise au point et une sensation de flou persistante. Il existe aussi un lien direct entre troubles du sommeil et sécheresse oculaire. Le manque de repos perturbe la sécrétion lacrymale et la qualité lipidique du film lacrymal, provoquant brûlures, picotements et rougeurs.

Maux de tête : fatigue visuelle ou effet du jeûne ?

Les céphalées frontales en fin de journée sont fréquentes durant le Ramadan. «Dans de nombreux cas, elles sont liées à la fatigue visuelle», explique Wiam El Jai.

Une céphalée d’origine visuelle se caractérise généralement par une localisation frontale ou péri-orbitaire, une aggravation après lecture ou écran, une amélioration après repos visuel et une association avec une vision floue intermittente.

En revanche, un mal de tête lié au jeûne (hypoglycémie ou déshydratation) s’accompagne davantage d’une fatigue générale marquée, de faiblesse, d’étourdissements, d’une soif intense, voire de nausées. Toutefois, les deux mécanismes peuvent coexister : une personne déshydratée, fatiguée et longuement exposée aux écrans cumule les facteurs déclenchants.

Une sécheresse oculaire plus fréquente

Pendant le Ramadan, l’orthoptiste observe également une augmentation des cas de sécheresse oculaire, notamment chez les porteurs de lentilles, les personnes travaillant sur écran et celles déjà prédisposées. La diminution des apports hydriques en journée peut fragiliser la composante aqueuse du film lacrymal. À cela s’ajoutent l’air climatisé, la baisse du clignement devant les écrans et la fatigue générale. «Il ne s’agit pas forcément d’une pathologie grave, mais d’un déséquilibre fonctionnel transitoire qui peut devenir inconfortable», souligne-t-elle.

Ainsi, si le Ramadan est un mois de spiritualité et de partage, il rappelle aussi l’importance d’une hygiène visuelle adaptée : pauses régulières, limitation des écrans en soirée et préservation du sommeil restent des alliés précieux pour garder les yeux... ouverts, sans les épuiser.

Questions à l'orthoptiste

Wiam El Jaï : «L’hydratation entre le F’tour et le S’hour joue aussi un rôle clé pour lutter contre la sécheresse oculaire»

Ramadan et santé visuelle : quand les soirées prolongées fatiguent les yeux



Les troubles visuels observés pendant le Ramadan sont-ils inquiétants et comment peut-on les prévenir ?

Le Ramadan est un mois spirituel qui modifie profondément nos rythmes biologiques. Les troubles visuels observés durant cette période sont, dans la majorité des cas, fonctionnels et réversibles, à condition d’adopter de bonnes habitudes. La prévention repose avant tout sur une meilleure gestion du temps d’écran, une hydratation suffisante et fractionnée durant la nuit, une attention particulière portée à la qualité du sommeil ainsi que des pauses visuelles régulières. De simples ajustements comportementaux peuvent ainsi éviter de nombreux inconforts et préserver la santé visuelle tout au long du mois sacré.

Quels sont les signes d’alerte qui doivent pousser à consulter ?

Une consultation est recommandée en cas de vision floue persistante malgré le repos, de difficulté à voir de loin après un usage prolongé des écrans, de maux de tête récurrents, de douleurs oculaires, de rougeurs qui ne disparaissent pas, de diplopie (vision double) ou encore de baisse réelle de l’acuité visuelle. Un spasme accommodatif non pris en charge peut, en effet, masquer une véritable myopie ou révéler un déséquilibre binoculaire. Un bilan orthoptique ou ophtalmologique permet alors de poser un diagnostic précis et d’adapter la prise en charge.

Existe-t-il des exercices ou des règles simples pendant le Ramadan ?

Il existe, en effet, des mesures simples et efficaces pour limiter la fatigue visuelle pendant le Ramadan. La règle du 20-20-20 reste une référence : toutes les 20 minutes, il est conseillé de regarder au loin, à environ six mètres, pendant au moins 20 secondes afin de relâcher le muscle ciliaire sollicité en vision de près. Il est également utile d’alterner volontairement la vision de près et la vision de loin : après une période de lecture ou d’usage du téléphone, fixer un point éloigné durant une à deux minutes permet de détendre le système accommodatif.

Devant les écrans, le clignement diminue jusqu’à 50%, ce qui favorise la sécheresse oculaire. Augmenter consciemment la fréquence des clignements aide à mieux répartir le film lacrymal et à préserver le confort visuel. L’hydratation joue aussi un rôle clé : entre le F’tour et le S’hour, il est préférable de boire de manière fractionnée, d’éviter les excès de caféine et de privilégier une alimentation riche en oméga-3, bénéfiques pour la qualité du film lacrymal.

En cas de sécheresse oculaire, l’usage de larmes artificielles sans conservateurs peut soulager efficacement, notamment chez les personnes déjà symptomatiques. Enfin, limiter l’exposition prolongée aux écrans en soirée reste essentiel : éviter les écrans au moins une heure avant le coucher, réduire la luminosité et utiliser un filtre de lumière bleue contribuent à préserver à la fois la qualité du sommeil et la santé visuelle.

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