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Semaine de la science : comment les transitions plurielles façonneront l’avenir

C’est une semaine sous le signe des transitions qui s’est ouverte ce lundi 12 février à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Jusqu’au 16 février, c’est cette thématique qui va rythmer les travaux de la «Semaine de la science» dans sa 4e édition. Le sujet des transitions fera l’objet d'une analyse pluridisciplinaire et sera abordé sous ses différents aspects, avec la participation d’une palette de personnalités scientifiques de tout bords. Le ton en a été donné au cours de cette première journée.

Les plus brillants esprits scientifiques du monde réunis en un seul lieu ! A l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), l’édition 2024 de la semaine de la science s’annonce déjà comme un succès avec une liste impressionnante de personnalités éminentes et une thématique devenue aujourd’hui centrale, celle des «transitions».

Après avoir exploré les origines arabes de la science, le transhumanisme et la complexité lors de ses trois précédentes éditions, ce 4e rendez-vous s’intéresse aujourd’hui aux transitions dans leur pluralité et leur diversité, qu’elles soient écologiques, économiques, énergétiques, sociales ou technologiques. Même les transitions rythmiques et mélodiques sont de la partie !



Ce sujet, qui est on ne peut plus d’actualité, est aussi une thématique cruciale pour l’UM6P, les transitions étant profondément ancrées dans l’ADN de l’établissement, comme l’a souligné son président, Hicham El Habti.

«Les transitions sont l'ADN de l'UM6P, sa raison d'être. Notre université est fondée sur la recherche, comme nous le savons tous, mais sur la recherche d'une nouvelle façon d'aborder le monde, de gérer notre relation avec l'environnement, de relever les défis du climat, de l'eau, de l'alimentation, des questions sociales... Il nous fallait donc, à un moment donné, évoquer haut et fort ce thème des transitions. C’est désormais chose faite avec cette Semaine de la Science», explique-t-il dans son allocution d’ouverture annonçant une semaine «exceptionnelle».

Elle l’est d’autant plus qu’elle marque une transition vers une nouvelle façon de faire pour ce rendez-vous. «Nous sommes allés plus loin cette année puisque ce sont les étudiants eux-mêmes, avec une priorité donnée aux doctorants, jeunes chercheurs et post-doctorants, qui présideront les séances et joueront le rôle de ‘’rapporteurs’’ de toutes les conférences et ateliers», annonce Hicham El Habti.

Autre nouveauté de cette édition, l'expérimentation de ce que l'on appelle la «pédagogie inversée». «L'intervention initiale des intervenants sera très brève pour qu’une discussion approfondie avec l’assistance puisse avoir lieu, et ce sous l'impulsion des doctorants qui se familiarisent depuis plusieurs semaines avec le travail des intervenants», détaille le président de l’UM6P. Les échanges se poursuivront même au-delà de l’enceinte du Centre des conférences de l’Université dan une sorte d’agora où se confrontent les différentes opinions dans un débat ouvert et surtout pluriel.

Et ce n’est pas tout. Il y aura aussi un couronnement de cette semaine qui se présente comme un véritable laboratoire scientifique. «Il ne s'agira pas d'un événement éphémère, mais d'un travail qui aboutira à la production du Livre Blanc des Transitions», assure Hicham El Habti.

Pour lui, la «Science Week» sera tout, sauf une conférence universitaire en vase clos, destinée uniquement aux chercheurs, ou une méga-conférence autour de la «science populaire». «Cette semaine sera plutôt un phare pour nous maintenir sur la bonne voie, pour éclairer le chemin de nos chercheurs, de nos étudiants, de nos enseignants, mais aussi du grand public», soutient-il.

Et c’est cette perspective qui a guidé le choix des intervenants. «Les invités de cette année ne sont pas seulement de grands scientifiques de renommée internationale, qui publient dans les plus prestigieuses revues mondiales, des scientifiques primés. Ce sont aussi des femmes et des hommes personnellement engagés et désireux de participer à la grande aventure des transitions, laquelle est la grande aventure humaine du 21e siècle», relève le président de l’UM6P.

Pas de transitions sans la transition du «Mindset»



La Science Week a démarré ce lundi en force avec une intervention remarquable de Daniel Dennett, le philosophe de la cognition le plus connu au monde, axée sur la «transition de l’esprit».

Le choix d’aborder ce type de transition en premier n’est pas fortuit, comme l’explique Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, directeur scientifique de l'Institut d'études avancées (Institute for Advanced studies) et titulaire de la Chaire des Transitions à l'UM6P.

«Nous avons commencé par cette question de «transition of Mind» parce qu’il faut avoir l’esprit ouvert pour pouvoir échanger et débattre de tous ces sujets au programme cette semaine», souligne-t-il dans une déclaration au «Matin».

Cette ouverture d’esprit implique aussi d’accepter l’idée qu’il y a une multitude de possibilités et de de manières d’appréhender les transitions, si transition il y a. «Le problème aujourd’hui, c’est qu’on nous demande d’être plus petit, de décroitre, ... et c’est impossible. Car, Ce qui compte chez les humains, c’est le désir : non seulement le désir de survivre et de vivre, mais aussi et surtout le désir d’être plus grand. Partant de là, la seule manière de réussir une transition est de trouver une alternative à ce désir de grandeur, d’être plus grand autrement. Aujourd’hui, nous avons l’exemple de la transition écologique et du développement durable, qui est dépourvue du côté ‘’désir’’», nous explique le professeur, auteur de nombreux ouvrages à succès.

Changer l’état d’esprit, c’est aussi changer de perspective et se dire que les transitions dont nous avons besoin peuvent partir de l’Afrique. «Aujourd’hui, nous avons besoin d’une transition dans nos propres points de vue concernant le continent», note-t-il. «Il faut arrêter de voir le continent comme une somme de problèmes qui semblent insolubles. Non seulement il faut se dire c’est à partir de l’Afrique que les problèmes peuvent être résolus, mais que l’Afrique est la solution», affirme-t-il.

Une ouverture d’esprit permet aussi de sortir de sentiers battus. Avec un Mindset malléable, voire sceptique, on peut même remettre en question l’existence d’une transition.

«Est-ce que nous sommes vraiment dans une phase de transition ? Est-ce que quelque chose va se casser et qu’une autre va se créer ?», s’interroge le professeur avant de répondre «Ce n’est pas sûr !». et d’ajouter : «Ce n’est pas politiquement correct de le dire, mais peut-être qu’on n’est pas dans une période de transition. Peut-être qu’on n’est pas à la fin d’un cycle. Peut-être qu’il reste des centaines de milliers d’années et qu’il est tout à fait possible de résister de façon graduelle. Peut-être que, à l’échelle de l’histoire de l’univers, voire du vivant, il va y avoir quelque millions ou milliards d’humains qui vont disparaitre, mais que cela ne changera pas grand-chose», avance-t-il, précisant que toutes ces questions feront l’objet de débats tout au long de la Science Week.

Pour ce faire, l’UM6P a convié des spécialistes qui partageant sa vision sur la manière de décrypter les défis actuels afin de proposer des solutions innovantes. Outre Daniel Dennett, la liste comprend notamment Avi Loeb, titulaire de la chaire «Frank B. Baird» et professeur de physique à l'Université d'Harvard, Louise Fresco, ancienne directrice du département Agriculture de la FAO, Ken E. Giller, expert en systèmes de production végétale, Peyton Young, professeur émérite d'économie à l'Université d'Oxford, Jeffrey Barrett, philosophe des sciences et de la physique en particulier, et la cheffe cuisinière marocaine diplômée d'anthropologie, Fatema Hal.

A noter que les transitions est l'un des thèmes fédérateurs de l’Institut d'études avancées de l’UM6P. Cette structure unique dans le monde arabe héberge en effet la Chaire des Transitions. Elle se présente comme une plateforme d’accueil pour les scientifiques du monde entier qui souhaitent interagir avec l’écosystème de l’UM6P et ses étudiants dans la perspective de mener des projets à valeur ajoutée pour la communauté.
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