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Le meurtre d’un élève dans l’enceinte d'un collège à El Jadida relance l’urgence d’une stratégie contre la violence scolaire

La semaine dernière, un élève de 16 ans a perdu la vie dans un collège de la province d’El Jadida, après une agression commise par un camarade. Derrière ce drame, c’est la question de la violence en milieu scolaire qui ressurgit avec force. Il met en lumière les limites des mécanismes de prévention et interroge la capacité du système éducatif à encadrer et protéger les élèves, alerte l’Association Marocaine de la Promotion de la Santé (AMPS), qui appelle à agir en amont pour éviter de nouveaux basculements.

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Le mardi 21 avril 2026, un élève de 16 ans a perdu la vie au collège Abdelmalek Essâadi, dans la commune rurale de Khmiss Metouh, relevant de la province d’El Jadida, après avoir été poignardé au cœur par un camarade. L’altercation, née d’un accrochage dans les escaliers de l’établissement, a dégénéré en dispute verbale avant de virer à une agression à l’arme blanche. Le mis en cause a pris la fuite avant d’être interpellé par la gendarmerie royale dans un douar voisin.

Survenu au sein même de l'établissement scolaire, ce drame ne relève plus du simple fait divers : il interroge frontalement la capacité de l’école à empêcher de telles dérives. Car entre un accrochage et un passage à l’acte fatal, il existe des étapes où une intervention, un encadrement ou une médiation auraient pu jouer un rôle.

C’est précisément sur ce point que se situe la prise de position de l’Association Marocaine de la Promotion de la Santé (AMPS), dans un communiqué diffusé ce jeudi. Elle appelle à ne pas s’en tenir à une réponse uniquement judiciaire, mais à comprendre ce qui a rendu possible un tel enchaînement. Pour elle, ce type de violence ne surgit pas sans contexte. Il révèle des failles dans l’accompagnement des élèves marocains, dans la gestion des conflits et dans la prise en compte de leur état émotionnel.

« Nous ne cherchons pas seulement des responsables, mais surtout à comprendre les facteurs qui permettent à la violence de pénétrer dans nos classes. En parallèle à l’enquête judiciaire, nous appelons à la réalisation d’une étude psycho-sociale approfondie pour identifier les causes et éviter la répétition de tels drames », explique Zouheir Maazi, président de l’association. Il rappelle également qu’un drame survenu l’an dernier, lié au suicide d’un élève, avait déjà mis en évidence l’urgence d’agir sur ces questions.

Dans cette lecture, l’élève impliqué ne doit pas être vu uniquement comme l’auteur d’un acte, mais aussi comme un mineur évoluant dans un contexte qui peut révéler des fragilités. L’objectif, selon l’association, est d’éviter de traiter uniquement les conséquences sans s’attaquer aux causes.

Cette lecture s’appuie sur un travail déjà mené sur le terrain, notamment à El Jadida, en collaboration avec les acteurs éducatifs. Selon l’association, les résultats sont concrets. Lorsque des espaces d’écoute sont en place au sein des écoles, que la médiation entre élèves est encouragée et que les compétences de vie sont développées, les tensions sont mieux gérées et les conflits trouvent des issues avant d’atteindre un point critique. À l’inverse, en l’absence de ces dispositifs, les situations évoluent sans encadrement et peuvent rapidement devenir incontrôlables, souligne-t-elle.

Combien de vies faudra-t-il encore avant d’agir ?

Forte de ces constats, l’AMPS a proposé une stratégie nationale de lutte contre la violence meurtrière en milieu scolaire, fondée sur le modèle international IASC MHPSS, qui organise les interventions en santé mentale et en soutien psychosocial selon plusieurs niveaux, du cadre général de protection jusqu’à la prise en charge spécialisée. L’idée centrale est de ne plus attendre la crise pour agir, mais de construire une chaîne de prévention capable d’intervenir avant, pendant et après les situations à risque.

Le premier niveau concerne l’environnement scolaire lui-même. L’association appelle à humaniser les espaces scolaires, à les rendre plus apaisants et mieux adaptés aux besoins des élèves. Cette dimension peut paraître secondaire, mais elle touche directement au climat scolaire, à la qualité des relations, au sentiment de sécurité et à la manière dont les tensions circulent dans l’établissement. Elle insiste également sur la nécessité de simplifier les procédures administratives et de renforcer les partenariats avec la société civile, afin que l’école ne reste pas seule face à des situations qui dépassent parfois ses moyens internes.

Le deuxième niveau repose sur la prévention primaire et le soutien communautaire. L’AMPS recommande de généraliser le modèle des élèves médiateurs, formés aux premiers secours psychologiques. L’objectif est de créer, au sein même des établissements, des relais capables d’identifier les tensions, d’écouter les élèves en difficulté et de contribuer à désamorcer certains conflits. Dans le même esprit, l’association appelle à dynamiser les clubs de santé et à renforcer les compétences psychosociales, c’est-à-dire l’ensemble des capacités permettant aux élèves de gérer leurs émotions, de communiquer, de coopérer, de résister à la pression du groupe et de résoudre les différends autrement que par la violence.

Le troisième niveau porte sur le soutien non spécialisé, à travers l’éducation et la médiation. L’association plaide pour l’intégration de l’éducation socio-émotionnelle dans les programmes scolaires. Autrement dit, apprendre à lire, à compter et à réussir ses examens ne suffit plus si l’école ne donne pas aussi aux élèves les moyens de comprendre leurs émotions, de nommer leurs tensions et de construire des réponses non violentes. L’AMPS met également en avant la justice restaurative scolaire, une approche qui ne se limite pas à sanctionner, mais qui vise à réparer les liens, responsabiliser les élèves et rétablir un cadre collectif après un conflit.

Le quatrième niveau concerne les situations les plus graves, celles qui exigent l’intervention de services spécialisés. L’association appelle à assurer une évaluation psycho-judiciaire du mineur concerné, à offrir un soutien psychologique d’urgence aux élèves affectés par le drame et à mettre en place un système d’orientation clair vers les services de santé mentale. Ce point est déterminant, car un établissement touché par une violence mortelle ne revient pas à la normale par la simple reprise des cours. Les camarades, les enseignants, les familles et l’ensemble de la communauté éducative portent durablement les effets du choc.

Au-delà des mesures proposées, l’association alerte sur la nécessité d’un engagement collectif. Elle appelle à ouvrir un dialogue national impliquant l’ensemble des acteurs, avec l’objectif de construire une approche cohérente et durable de la santé mentale en milieu scolaire. Pour elle, investir dans ce domaine ne relève plus d’un choix, mais d’une urgence, au regard des signaux qui se multiplient.

Ce qui s’est produit à Khmiss Metouh ne peut être réduit à un épisode isolé. Il agit comme un révélateur des limites d’un système encore insuffisamment outillé pour faire face à certaines formes de violence. Et il pose, en filigrane, une responsabilité claire, celle d’agir avant que d’autres drames ne viennent rappeler, une fois de plus, ce qui aurait pu être évité.
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