Le Matin : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage, et comment définissez-vous la «Culture de l’excellence» par rapport à la simple performance scolaire ?
Younes El Araki : Ce livre est né avant tout de mon expérience du terrain. J’ai été enseignant avant de devenir directeur du lycée, puis directeur général. Avec les années, j’ai compris qu’une école ne se résume ni à ses programmes, ni à ses méthodes, ni même à ses résultats aux examens.
Bien sûr, la performance scolaire est importante. Mais elle n’est qu’une partie de notre mission. On peut obtenir de très bons résultats académiques sans avoir développé une véritable culture éducative. La culture de l’excellence, telle que je la conçois, est beaucoup plus large. C’est une manière de vivre ensemble, de travailler, de respecter l’autre, d’assumer ses responsabilités, de prendre des initiatives et de contribuer au collectif. Elle repose surtout sur la cohérence entre les valeurs que l’école affirme et les comportements qu’elle accepte au quotidien. L’excellence n’est donc pas, pour moi, la recherche permanente de la première place. C’est la volonté de progresser continuellement et de devenir une meilleure version de soi-même. C’est ce que résume notre devise : «Aujourd’hui mieux qu’hier. Demain mieux qu’aujourd’hui».
Parmi vos sept principes, lequel vous semble aujourd’hui le plus exigeant à mettre en œuvre dans les classes ?
Je dirais probablement le refus de la médiocrité, parce qu’il est très facile à énoncer, mais extrêmement exigeant à vivre dans la durée. La médiocrité dont je parle n’est pas une question de niveau scolaire. C’est le moment où nous commençons à accepter ce que nous savons ne pas devoir accepter : un travail approximatif, un engagement non tenu, un espace que l’on laisse se dégrader, une règle que l’on cesse d’appliquer par fatigue, un comportement que l’on finit par banaliser. Le véritable danger vient de l’accumulation de ces petits renoncements.
Pour un enseignant, refuser la médiocrité ne signifie donc pas exiger la perfection de ses élèves. Cela signifie maintenir une exigence constante tout en leur donnant les moyens de progresser. C’est pouvoir dire à un élève : «Je sais que tu peux faire mieux, et je vais t’aider à y parvenir».
Cette constance est difficile, parce qu’elle demande beaucoup aux élèves, mais beaucoup plus aux éducateurs.
Quel rôle jouent les enseignants au quotidien dans cette transmission, et comment les parents peuvent-ils prolonger cette philosophie à la maison ?
Les enseignants ont un rôle absolument central parce que les valeurs ne se transmettent pas principalement par des discours. Elles se transmettent par l’exemple. Un enseignant qui demande le respect doit lui-même respecter ses élèves. Celui qui exige la ponctualité doit être ponctuel. Celui qui veut développer la responsabilité doit tenir ses propres engagements. Celui qui souhaite faire émerger l’initiative doit accepter que l’élève propose, essaie et parfois, même souvent, se trompe.
Les élèves observent en permanence les adultes. Il existe donc toujours un curriculum invisible. Au-delà de ce que nous enseignons, nous transmettons ce que nous sommes et ce que nous faisons.
Les parents peuvent prolonger cette philosophie de façon très simple à la maison, en valorisant l’effort autant que le résultat, en donnant de vraies responsabilités à leurs enfants, en leur permettant de prendre des initiatives et en maintenant une cohérence entre ce que l’école demande et ce que la famille encourage. L’enfant ne devrait pas recevoir deux messages contradictoires. L’école et la famille n’ont pas besoin d’être identiques, mais elles doivent pouvoir se rejoindre sur les principes essentiels tels que le respect, la responsabilité, l’effort, l’autonomie et la solidarité.
Auriez-vous un exemple concret vécu au sein d’Elaraki International School qui illustre parfaitement l’un de ces principes ?
Il y a une expérience que je raconte dans le livre et qui m’a profondément marqué. Un ancien élève est revenu me voir plusieurs années après avoir quitté l’établissement. Il m’a raconté qu’un enseignant lui avait un jour adressé une remarque devant toute la classe. Pour l’adulte, cette phrase était probablement anodine, peut-être même humoristique. Mais pour cet adolescent, elle avait été profondément humiliante. Des années plus tard, il s’en souvenait encore. Cet échange m’a rappelé quelque chose d’essentiel : dans une école, rien de ce que fait un adulte n’est complètement anodin. Une parole, un regard, un ton peuvent laisser une blessure durable, mais ils peuvent aussi donner confiance à un jeune et constituer une fondation sur laquelle il s’appuiera longtemps. C’est une illustration très concrète du premier principe du livre. Le respect mutuel ne consiste pas simplement à demander aux élèves de respecter l’autorité. Il repose fondamentalement sur la reconnaissance absolue de la dignité de chaque jeune. Considérer un enfant ou un adolescent comme un sujet à part entière implique de reconnaître que sa parole, sa sensibilité et ses émotions ont une valeur égale à celles d’un adulte. En agissant ainsi, l’éducateur établit une relation de confiance prémunie de toute forme de condescendance ou d’humiliation, garantissant ainsi un cadre propice à l’épanouissement personnel et à l’apprentissage.
Si un établissement ou un enseignant devait commencer par un seul principe clé aujourd’hui pour transformer son approche pédagogique, lequel préconiseriez-vous ?
Je commencerais par le respect mutuel. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il constitue le premier chapitre du livre. Le respect est la condition qui permet aux autres principes de prendre vie. Mais il faut sortir d’une conception ancienne du respect, parfois confondu avec l’obéissance ou la peur. Un élève silencieux parce qu’il craint la sanction n’est pas nécessairement un élève qui respecte son enseignant. Le respect que je défends est réciproque. Il crée un environnement où l’élève peut poser une question, faire une erreur, exprimer un désaccord et apprendre sans craindre d’être humilié. À partir de là, on peut construire la responsabilité, la démocratie, l’initiative, le leadership et la solidarité. Sans cette sécurité relationnelle, les autres principes restent beaucoup plus fragiles. Si je devais donc conseiller un enseignant dès demain matin, je lui proposerais une question très simple : «Est-ce que chacun de mes élèves se sent suffisamment respecté dans ma classe pour oser apprendre ?»
Si vous deviez résumer la philosophie de ce livre en une seule phrase accessible à un élève, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais : «L’excellence, ce n’est pas être meilleur que les autres ; c’est essayer, chaque jour, de devenir meilleur qu’hier tout en aidant les autres à grandir avec toi».
Younes El Araki : Ce livre est né avant tout de mon expérience du terrain. J’ai été enseignant avant de devenir directeur du lycée, puis directeur général. Avec les années, j’ai compris qu’une école ne se résume ni à ses programmes, ni à ses méthodes, ni même à ses résultats aux examens.
Bien sûr, la performance scolaire est importante. Mais elle n’est qu’une partie de notre mission. On peut obtenir de très bons résultats académiques sans avoir développé une véritable culture éducative. La culture de l’excellence, telle que je la conçois, est beaucoup plus large. C’est une manière de vivre ensemble, de travailler, de respecter l’autre, d’assumer ses responsabilités, de prendre des initiatives et de contribuer au collectif. Elle repose surtout sur la cohérence entre les valeurs que l’école affirme et les comportements qu’elle accepte au quotidien. L’excellence n’est donc pas, pour moi, la recherche permanente de la première place. C’est la volonté de progresser continuellement et de devenir une meilleure version de soi-même. C’est ce que résume notre devise : «Aujourd’hui mieux qu’hier. Demain mieux qu’aujourd’hui».
Parmi vos sept principes, lequel vous semble aujourd’hui le plus exigeant à mettre en œuvre dans les classes ?
Je dirais probablement le refus de la médiocrité, parce qu’il est très facile à énoncer, mais extrêmement exigeant à vivre dans la durée. La médiocrité dont je parle n’est pas une question de niveau scolaire. C’est le moment où nous commençons à accepter ce que nous savons ne pas devoir accepter : un travail approximatif, un engagement non tenu, un espace que l’on laisse se dégrader, une règle que l’on cesse d’appliquer par fatigue, un comportement que l’on finit par banaliser. Le véritable danger vient de l’accumulation de ces petits renoncements.
Pour un enseignant, refuser la médiocrité ne signifie donc pas exiger la perfection de ses élèves. Cela signifie maintenir une exigence constante tout en leur donnant les moyens de progresser. C’est pouvoir dire à un élève : «Je sais que tu peux faire mieux, et je vais t’aider à y parvenir».
Cette constance est difficile, parce qu’elle demande beaucoup aux élèves, mais beaucoup plus aux éducateurs.
Quel rôle jouent les enseignants au quotidien dans cette transmission, et comment les parents peuvent-ils prolonger cette philosophie à la maison ?
Les enseignants ont un rôle absolument central parce que les valeurs ne se transmettent pas principalement par des discours. Elles se transmettent par l’exemple. Un enseignant qui demande le respect doit lui-même respecter ses élèves. Celui qui exige la ponctualité doit être ponctuel. Celui qui veut développer la responsabilité doit tenir ses propres engagements. Celui qui souhaite faire émerger l’initiative doit accepter que l’élève propose, essaie et parfois, même souvent, se trompe.
Les élèves observent en permanence les adultes. Il existe donc toujours un curriculum invisible. Au-delà de ce que nous enseignons, nous transmettons ce que nous sommes et ce que nous faisons.
Les parents peuvent prolonger cette philosophie de façon très simple à la maison, en valorisant l’effort autant que le résultat, en donnant de vraies responsabilités à leurs enfants, en leur permettant de prendre des initiatives et en maintenant une cohérence entre ce que l’école demande et ce que la famille encourage. L’enfant ne devrait pas recevoir deux messages contradictoires. L’école et la famille n’ont pas besoin d’être identiques, mais elles doivent pouvoir se rejoindre sur les principes essentiels tels que le respect, la responsabilité, l’effort, l’autonomie et la solidarité.
Auriez-vous un exemple concret vécu au sein d’Elaraki International School qui illustre parfaitement l’un de ces principes ?
Il y a une expérience que je raconte dans le livre et qui m’a profondément marqué. Un ancien élève est revenu me voir plusieurs années après avoir quitté l’établissement. Il m’a raconté qu’un enseignant lui avait un jour adressé une remarque devant toute la classe. Pour l’adulte, cette phrase était probablement anodine, peut-être même humoristique. Mais pour cet adolescent, elle avait été profondément humiliante. Des années plus tard, il s’en souvenait encore. Cet échange m’a rappelé quelque chose d’essentiel : dans une école, rien de ce que fait un adulte n’est complètement anodin. Une parole, un regard, un ton peuvent laisser une blessure durable, mais ils peuvent aussi donner confiance à un jeune et constituer une fondation sur laquelle il s’appuiera longtemps. C’est une illustration très concrète du premier principe du livre. Le respect mutuel ne consiste pas simplement à demander aux élèves de respecter l’autorité. Il repose fondamentalement sur la reconnaissance absolue de la dignité de chaque jeune. Considérer un enfant ou un adolescent comme un sujet à part entière implique de reconnaître que sa parole, sa sensibilité et ses émotions ont une valeur égale à celles d’un adulte. En agissant ainsi, l’éducateur établit une relation de confiance prémunie de toute forme de condescendance ou d’humiliation, garantissant ainsi un cadre propice à l’épanouissement personnel et à l’apprentissage.
Si un établissement ou un enseignant devait commencer par un seul principe clé aujourd’hui pour transformer son approche pédagogique, lequel préconiseriez-vous ?
Je commencerais par le respect mutuel. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il constitue le premier chapitre du livre. Le respect est la condition qui permet aux autres principes de prendre vie. Mais il faut sortir d’une conception ancienne du respect, parfois confondu avec l’obéissance ou la peur. Un élève silencieux parce qu’il craint la sanction n’est pas nécessairement un élève qui respecte son enseignant. Le respect que je défends est réciproque. Il crée un environnement où l’élève peut poser une question, faire une erreur, exprimer un désaccord et apprendre sans craindre d’être humilié. À partir de là, on peut construire la responsabilité, la démocratie, l’initiative, le leadership et la solidarité. Sans cette sécurité relationnelle, les autres principes restent beaucoup plus fragiles. Si je devais donc conseiller un enseignant dès demain matin, je lui proposerais une question très simple : «Est-ce que chacun de mes élèves se sent suffisamment respecté dans ma classe pour oser apprendre ?»
Si vous deviez résumer la philosophie de ce livre en une seule phrase accessible à un élève, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais : «L’excellence, ce n’est pas être meilleur que les autres ; c’est essayer, chaque jour, de devenir meilleur qu’hier tout en aidant les autres à grandir avec toi».
