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Mercredi 18 Mars 2026
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CAN 2025 : le TAS restera-t-il fidèle à sa jurisprudence sur la finale Maroc-Sénégal ?

Déchu de son titre de champion d’Afrique 2025 par le Jury d’appel de la CAF, le Sénégal refuse de baisser pavillon. La Fédération sénégalaise de football a décidé de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour tenter de faire annuler une décision jugée «inique, sans précédent et inacceptable», selon un communiqué de la FSF. Mais la route s’annonce semée d’embûches. Le recours sénégalais pourrait non seulement échouer, mais aussi les exposer à des sanctions encore plus lourdes. L’histoire récente du football en témoigne.

La finale de la CAN 2025 a été marquée par le chaos provoqué par la décision des joueurs sénégalais de quitter le terrain afin de protester contre un penalty accordé au Maroc.
La finale de la CAN 2025 a été marquée par le chaos provoqué par la décision des joueurs sénégalais de quitter le terrain afin de protester contre un penalty accordé au Maroc.
La décision du Jury d’appel de la Confédération africaine de football, qui a déclaré le Sénégal perdant sur tapis vert lors de la finale de la CAN 2025 pour attribuer le titre au Maroc, a provoqué un véritable séisme à Dakar. Acculée, l’instance dirigeante du football sénégalais joue désormais sa dernière carte sur le terrain juridique. En saisissant officiellement le TAS, la FSF lance un pari risqué : renverser un verdict qui, le 17 mars, a brutalement changé le destin de la compétition. Ce recours dépasse la simple contestation d’un match perdu. Il pose une question centrale : qui a le dernier mot, le terrain ou le règlement ? Les juristes sénégalais s’appuient sur une lecture dynamique de la «Field of Play Doctrine». Selon eux, l’incident du 18 janvier – marqué par un retrait temporaire des joueurs – a été réglé par l’arbitre lui-même. En ordonnant la reprise du jeu et en menant la rencontre à son terme, l’officiel aurait clos définitivement le débat sportif. Toute sanction ultérieure serait donc, à leurs yeux, juridiquement infondée.

Le Sénégal avance également une interprétation stricte de l’article 84 : un arrêt de seize minutes ne saurait être assimilé à un abandon définitif, dès lors que les joueurs ont repris la partie. Mais cette ligne de défense se heurte à une jurisprudence solide du TAS. À Lausanne, le principe est clair : une équipe ne peut se substituer aux officiels en quittant le terrain, même temporairement. Le danger est réel pour la FSF. Car le TAS statuera «de novo». Autrement dit, il peut non seulement confirmer le sacre du Maroc, mais aussi alourdir la sanction. L’article 80 du règlement de la CAF prévoit en effet des suspensions pour les éditions futures en cas d’abandon lors d’une finale. Le pari juridique pourrait donc se transformer en double peine.

Une affaire qui en rappelle d’autres
Le football international a déjà connu ces moments où le droit prend le relais du jeu. Et les précédents ne plaident pas toujours pour la clémence. En 2014, lors d’un match de qualification pour l’Euro entre la Serbie et l’Albanie, un drone avait plongé la rencontre dans le chaos. Le TAS avait donné raison à l’Albanie, non pas pour légitimer le retrait, mais parce que la sécurité des joueurs n’était plus assurée – une nuance capitale que le Sénégal devra prouver. Autre référence marquante : la finale de la Ligue des champions africaine 2019 entre l’Espérance de Tunis et le Wydad de Casablanca. Après une panne du VAR, les Rouges avaient refusé de reprendre le jeu. Verdict final : le TAS avait validé la victoire tunisienne, rappelant qu’un refus de jouer, quelle qu’en soit la raison, constituait une faute grave. La constante est implacable : le tribunal de Lausanne protège avant tout la continuité du jeu et sanctionne toute rupture jugée injustifiée. Dans ce contexte, la FSF devra convaincre que le retour de ses joueurs sur la pelouse atténue suffisamment la faute pour justifier l’annulation de la sanction. Une mission délicate face à une juridiction connue pour sa rigueur. Le Sénégal joue désormais bien plus qu’un titre. Il joue sa crédibilité, son avenir... et peut-être son rapport à la loi du jeu.
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