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Mercredi 13 Mai 2026
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«C'est difficile de quantifier la confiance»

Entretien. Avec Karim Hajji, directeur général de la Bourse de Casablanca.

«C'est difficile de quantifier la confiance»
Cinq semaines après sa nomination, le nouveau patron exécutif de la société gestionnaire du marché boursier se montre raisonnablement optimiste pour les perspectives de l'année en cours. Selon lui, les résultats semestriels des entreprises cotées pourraient fournir des indications sur la valorisation de la place. La crise de confiance ne semble pourtant pas l'avoir découragé,
K. Hajji table sur au moins une nouvelle introduction d'ici la fin de l'année.

LE MATIN ÉCO : Comment se déroule le début de mission du nouveau directeur général de la Bourse de Casablanca ?

Karim Hajji :
Depuis ma nomination, le 2 avril 2009, j'ai d'abord rencontré l'ensemble des collaborateurs de la Bourse. A cet égard, j'ai eu le plaisir de découvrir des gens d'une grande compétence et d'un engagement sans faille pour le développement de la Bourse. J'ai ensuite rencontré les autorités de marché ainsi que l'autorité de régulation, à savoir le wali de Bank Al-Maghrib, le directeur du Trésor et le directeur général du CDVM. Ils sont tous intéressés au fonctionnement de la bourse et souhaiteraient que la société gestionnaire soit un exemple en termes de gouvernance tout en continuant d'attirer les investisseurs aussi bien marocains qu'étrangers. En même temps, dès la deuxième semaine de mon arrivée, nous avons organisé la 32ème assemblée annuelle de l'Union des bourses arabes. D'ailleurs, c'est le Maroc qui préside l'Union cette année. J'ai eu donc l'occasion de rencontrer mes collègues dirigeants de l'ensemble des bourses arabes. Celui de l'Algérie n'avait pas pu venir malheureusement.

Vous devriez le retrouver à Alger en marge du Forum de l'Union maghrébine des entrepreneurs…

On m'a dit qu'il sera présent au Forum. J'ai cherché à le voir, je ne l'ai pas trouvé. (NDLR : il s'agit de Mustapha Ferfara, directeur général de la Bourse d'Alger).

Quelle appréciation faites-vous du marché qui, d'après les professionnels, plonge depuis septembre 2008 presque dans l'incertitude ?

La conjoncture a été mauvaise en 2008, l'année au cours de laquelle la Bourse de Casablanca a reflété l'état du marché à l'international, quoique la correction n'ait pas dépassé 13,5% alors qu'elle a atteint 60% sur les places arabes et plus de 50% sur plusieurs places financières internationales.

Qu'en est-il de 2009 ?

Depuis le début de l'année, la Bourse est pratiquement à 0%. Nous ne sommes ni en hausse ni en baisse. On a même gagné plus de 5% depuis le début du mois d'avril. On espère que la confiance reviendra.

Au-delà des variations à la hausse ou à la baisse des indices, c'est plutôt la volumétrie qui interpelle…

Le volume est effectivement très faible depuis le début de l'année. Le volume quotidien est passé de 800 millions de DH en 2008 à seulement 200 millions de DH aujourd'hui. Le volume a été sérieusement affecté, ce qui traduit différentes choses. Il y a peut-être une crise de confiance. L'appréciation des investisseurs fait que le marché se situe à un niveau de valorisation élevée comparativement à d'autres places. Il y a aussi les investissements alternatifs à la Bourse, notamment l'immobilier qui mobilise une partie de l'épargne marocaine. Les étrangers, eux aussi, se repositionnent sur les marchés qui réalisent de belles performances en ce moment.

Pour remédie à ce problème de valorisation excessive, il va falloir s'attendre à l'accentuation du cycle de baisse…

Cela dépendra des prochains résultats semestriels des entreprises cotées. Sachant que les résultats annuels 2008 ne sont pas tous mauvais. Les réalisations étaient globalement encourageantes. Maintenant, il reste à savoir si ces résultats se confirmeront au premier semestre 2009. Cela pourrait donner une indication sur la valorisation de la Bourse.

Comment peut-on aborder la problématique de crise de confiance ?

C'est toujours difficile de quantifier et de regagner la confiance, quoiqu'elle a été déjà entamée. Nous avons un certain nombre d'actions concrètes qui visent à redonner confiance aux investisseurs. Il y a d'abord l'autorité de régulation du marché qui est aujourd'hui totalement indépendante et qui entend jouer son rôle. Le marché est doté d'une nouvelle forme de gouvernance. Pour stimuler le marché, nous espérons aussi convaincre les émetteurs de s'introduire en bourse avant la fin de l'année…

D'aucuns prédisent qu'il n'y aura pas d'introductions en 2009. Qu'en dites-vous ?

Il y a certains projets d'introduction. Je reste pour ma part assez optimiste quant à la possibilité d'introduire au moins une ou deux valeurs d'ici la fin de l'année.

Le projet des marchés à terme est très attendu par les professionnels et les investisseurs. Où en êtes-vous ?

La loi sur le marché à terme se trouve actuellement au niveau du gouvernement. Le secrétaire général du gouvernement l'a déjà revue probablement. Elle sera proposée au vote du Parlement cette année. Nous espérons qu'elle sera votée en 2009. Cela dit, comme vous le savez, le marché à terme est un long processus qui suppose d'abord que le sous-jacent (c'est-à-dire la valeur mobilière) soit extrêmement liquide. Il y a beaucoup de préalables à la mise en place d'un marché à terme. Il y a du travail à faire en termes de liquidité mais aussi en terme de formation des intervenants à travers un module de trading de négociation sur les marchés à terme. Il y a la problématique de la chambre de compensation qui exige des règles assez claires. Il y a aussi une plateforme de négociation différente. Donc, on ne pourra pas dire que les premières négociations sur ce marché pourront intervenir avant la fin de l'année.

Vous venez de participer aux travaux du premier Forum maghrébin des entrepreneurs. Pensez-vous qu'il est possible de réussir l'intégration maghrébine, vue sous l'angle des marchés financiers et plus particulièrement boursiers ?

Je suis optimiste. Pour ma part, je le souhaiterais et j'en serais très heureux. Maintenant, il y a bien évidemment des obstacles. Ce ne sera pas quelque chose de facile à mettre en place. En tout cas, à Casablanca, nous faisons tout pour que la place soit en ligne avec les standards internationaux. Il y a des opportunités à explorer. Nous pourrions envisager de commencer par des doubles cotations d'entreprises maghrébines sur leur marché local et à la Bourse de Casablanca, ce qui permettrait d'avoir une bourse représentative de l'ensemble des secteurs des économies maghrébines. Je pense que nous aurons l'appui des autorités politique, économique et monétaire du Maroc pour pouvoir faire cette double cotation.

La double cotation exige-t-elle des changements d'ordre législatif ?

La loi ne prévoit pas la cotation d'entreprises étrangères sur la Bourse de Casablanca. Il faut déjà obtenir une modification de la loi relative à l'introduction en bourse. Quant au contrôle de change, ce n'est pas vraiment un problème puisque nous avons déjà un système assez ouvert aux investisseurs étrangers.
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