Menu
Search
Mercredi 21 Octobre 2026
S'abonner
close

Un sport dans le… coma

Le football marocain en salle est dans le coma et ce, depuis l'année 2004. Si son camarade de salle, le football féminin, a été transféré récemment à la salle de réanimation, lui, le futsal, demeure inerte.

Un sport dans le… coma
Paradoxe, le futsal a perdu connaissance sous l'effet de la Commission fédérale qui en a la charge. Et pourtant, les choses allaient à merveille quand cette commission a été créée en 1997, sous la présidence de Alaoui Mdaghri. Le Futsal est sorti de l'anonymat après le lancement de la première édition du championnat national en cette même année, abritée par Tanger. Les participants ont quitté la ville du Détroit très satisfaits et surtout très optimistes. C'était l'aboutissement de dix ans de militantisme de la part de certains bénévoles, à leur tête Mohammed Jamai, le président de la fameuse équipe de l'Ajax de Kénitra. Cet homme est considéré comme le père du futsal marocain, celui qui a relevé le défi d'organiser la Coupe d'Europe des Nations de Futsal sur terre marocaine.

Il a tout sacrifié pour cette gageure, jusqu'à vendre ses propres biens, afin de pouvoir ramasser les 4o millions de cts que nécessitait l'organisation de cette messe continentale. Que les « Européens » acceptent d'en découdre dans un no man's land, n'est pas chose évidente. Et c'est grâce au respect dont jouissait M. Jamai auprès des instances internationales, grâce à son dynamise et aussi à la virtuosité de son équipe, devenue de notoriété mondiale après avoir brillé dans de nombreux manifestations en Europe et en Amérique latine. Cela lui a valu d'être élu vice-président de la FIFUSA. L'équipe a été invitée pour la première fois en Allemagne à l'occasion du tournoi international de Bonn en 1991. Après trois éditions de ce tournoi, l'Ajax en a remporté deux (1991 et 1993). Les Marocains participeront par la suite aux championnats du monde en Argentine. Une première pour un pays dans le monde arabo-africain.

Le Maroc a été toujours représenté par l'Ajax de Kénitra, renforcée par certains joueurs d'autres clubs, avant que ne soit constituée la première sélection nationale en 1998. C'était à la veille du Championnat arabe au Caire. Le Maroc partait favori, vu son palmarès éloquent sur le plan mondial. Mais grosse surprise, il va s'incliner en finale face à l'Egypte, pays organisateur (8-4). Une défaite qui a fait mal, mais qui a mis en évidence les tares occultes de la gestion de la Commission fédérale. L'arrivée de M. Radif à la présidence de cette commission en 1999 sera vertueuse dans la mesure où elle va se doter des outils et de l'approche nécessaires pour sortir ce sport de la torpeur. Le championnat national des ligues, gelé depuis 1997, sera ressuscité en l'an 2000. La ligue du Gharb a été sacrée vainqueur final, à Tanger. L'équipe de Khouribga remportera les éditions 2001 et 2003.

Tout baignait dans l'huile et on nourrissait de réelles ambitions. Ainsi, le Maroc s'est engagé dans les éliminatoires de la Coupe du monde, zone Afrique. Grosse déception, les Lions seront écartés par l'éternelle bête noire : l'Egypte. On se rendit à l'évidence qu'à défaut d'un championnat national des clubs, il serait illusoire d'espérer une place dans la scène internationale. La Fédération a compati, mais n'a rien fait pour concrétiser le vœu des clubs. Pire, elle a maintenu le système archaïque qui veut que le champion national soit désigné parmi les champions des Ligues réunies pendant deux à trois jours dans une ville désignée à l'avance. Le titre de champion n'a pas de signification sauf pour la Fédération qui l'utilise pour bénéficier de la dotation de la FIFA, allouée aux pays qui encouragent le développement du futsal. La cagnotte se chiffre à 3 millions de dirhams à répartir entre le futsal et le football féminin.

Au lieu de progresser, le football en salle a reçu un sacré coup après le départ de Radif. Son successeur, Mousadaq, qui est président de l'équipe de Dchaira, n'a pas fait grand-chose. Cela n'a pas étonné outre mesure car l'homme est néophyte en la matière. Durant son mandat, il n'y a eu qu'une seule édition du championnat national abrité par Rabat en 2005. A l'issue de ces joutes, la Fédération promit aux 10 équipes participantes le lancement prochainement d'un championnat en bonne et due forme. Le projet de ce championnat a été élaboré du temps de Radif. Il restera enfermé dans les tiroirs et n'en sortira jamais. La situation s'est empirée après la prise du relais par Qadari en 2006.

Autant dire que la réactivité n'est pas le fort de notre respectable fédération. Le futsal qui connaît un engouement populaire sans précédent dans la sphère développée, continue de se morfondre chez nous dans la précarité. Si jadis l'Egypte est parvenue à nous détrôner, il est sûr qu'aujourd'hui, d'autres nations africaines nous auront dépassés. D'ailleurs, au moment où les africains préparent activement les prochains événements olympiques de Pékin et Coupe du monde, nos fédéraux se contentent d'une parodie de championnat qui permet de bénéficier de la cagnotte précitée. Ce manque d'intérêt a suscité la réaction de certaines ONG. A leur tête, l'association Sport et Insertion Jeunes, présidée par Khalid El Qandili, qui a réussi à passer un contrat de partenariat avec la chaîne marocaine Arryadia pour la retransmission du tournoi annuel de futsal organisé par cette association.

Ce tournoi regroupe les meilleurs joueurs marocains parmi les RME, réunis dans ce qu'il appelle le « Club Maroc », qui viennent découdre dans un championnat auxquels participent des équipes locales à travers le territoire national. Le but recherché nous confia-t-on est la valorisation du futsal dans notre pays. Pour Khalid El Qandili, l'objectif suprême est de constituer un réservoir pour l'équipe nationale. Au fait, cette association ne serait-elle pas en train de piétiner les prérogatives de la fédération, pour ne pas dire qu'elle rechercherait à se substituer à celle-ci? El Qandili est catégorique, il nie une telle intention du moment que la loi ne l'autorise pas. En organisant cette tournée et en parvenant à obtenir l'appui de la télévision nationale, l'association Sport et Insertion Jeunes a tout simplement mis à nu l'incapacité des gardiens du temple à pouvoir se doter de moyens en dehors de la charité de la FIFA. C'est bien dommage.
-------------------------------------------------------

Historique de la discipline

Le football en salle se pratique depuis 1930 dans certains pays d'Amérique latine (Brésil, Uruguay). Il a fallu attendre l'année 1971 avant que la Fédération internationale de football en salle se soit créée au Brésil, à Sao Polo plus exactement. Le fameux président de la FIFA, Joe Havelange, a été le fondateur de la FIFUSA. Celle-ci organise un championnat du monde tous les 3 ans. Les Européens se dotèrent d'une fédération commune dont le siège a été installé à Madrid. L'Union regroupe la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal qui se rencontrent dans un tournoi appelé la Coupe latine.

Au Maroc, le Futsal s'est développé à Kénitra qui abritait une fédération de clubs (UAK) et qui organisait un championnat auquel participaient quelque 12 équipes locales. L'Ajax a pris le relais pour organiser des tournois internationaux. L'Ajax a contribué énormément à la médiatisation de ce sport. Mais la fédération censée prendre le relais continue de tergiverser. A nos jours, on attend encore le lancement d'un championnat national en bonne et due forme.
Lisez nos e-Papers