Alors qu'on s'attendait à rencontrer des problèmes d'ordre financier ou de stress liés à la fonction d'entraîneur et les résultats souvent contradictoires, tous ceux que nous avons contactés constatent que la principale difficulté vient du vide juridique concernant les entreprises sportives.
Tous les clubs marocains, toutes tendances confondues, sont constitués en associations à but non lucratif au titre du dahir de 1958 régissant les associations et les libertés publiques. Autrement dit, il n'existe pas, à nos jours au Maroc, un statut d'entraîneur. Légalement, ce “métier n'existe pas''. On ne peut donc pas parler de droits et devoirs... Il n'y a que les clauses du contrat qui sont déterminantes. La principale difficulté d'un entraîneur est l'instabilité. Au Maroc où l'amateurisme sévit encore et toujours, on change d'entraîneur comme on change de chemise sans que cela pose un problème parce qu'en général, cela ne coûte rien au club. Parfois, l'entraîneur est viré sans percevoir le moindre centime surtout s'il a mal négocié son contrat ou n'en dispose pas.
Les dirigeants de clubs agiront probablement différemment s'il existe un cadre juridique qui protège les entraîneurs parce qu'ils seront obligés de leur verser l'ensemble de leurs salaires jusqu'à l'expiration du contrat.Depuis le début de la saison 2008-2009, ce sont une dizaine d'entraîneurs qui ont été renvoyés. A voir de plus près la situation, le tableau est loin d'être reluisant. Il reflète, en fait, la réalité de notre football. Il faut aussi dire que le contrat qui lie un entraîneur à un club n'a aucune valeur juridique en cas de litige. «Si un différend éclate entre un club et un entraîneur, ce dernier peut ne rien percevoir comme indemnités.
Ce contrat pose également un problème aux avocats parce qu'ils n'ont pas de textes légaux sur lesquels ils peuvent se baser pour construire leur défense où cas où l'affaire serait traitée par un tribunal. Aujourd'hui, c'est la fédération qui nous protège et joue le rôle d'arbitre. Par le passé, des problèmes ont éclaté entre certains clubs et des entraîneurs et c'est la fédération et l'Amicale des entraîneurs qui se sont intervenues pour les régler à l'amiable.
Dans les pays du Golfe, les entraîneurs ont des contrats avec 2 mois de préavis, des vacances payées, un billet d'avion, des primes, etc.», a-t-on indiqué. Pourtant, un projet de statut d'entraîneur a été déposé au Secrétariat général du gouvernement depuis 1986 mais il n'a jamais vu le jour. «Nous avons élaboré le statut d'entraîneur en 1986 en collaboration avec le ministère de la Jeunesse et des Sports, celui de l'Education nationale et la Fédération royale marocaine de football. Ce statut a été adressé par la suite au ministère de tutelle qui l'avait déposé à son tour au Secrétariat général du gouvernement.
Depuis, aucune suite n'a été donnée à ce texte», a déclaré Abdelhak Rizkallah (alias Mendoça), président de l'Amical des entraîneurs. Devant le vide juridique concernant la fonction d'entraîneur, la Direction technique nationale, la Fédération royale marocaine de football et l'Amicale des entraîneurs se penchent actuellement sur la préparation du statut d'entraîneur fédéral pour pouvoir mettre de l'ordre dans ce secteur. «Le statut d'entraîneur fédéral a été élaboré par une commission mixte composée de l'Amicale, de la DTN et la FRMF. Le projet est donc entre les mains de la fédération qui va, probablement, l'adopter lors de la réunion prochaine du bureau fédéral», nous a affirmé A. Rizkallah. Une fois ce statut adopté, il pourra “assainir'' ce domaine qui est, malheureusement, envahi par plusieurs intrus qui n'ont rien à voir avec la profession, alors que les entraîneurs compétents sont au chômage.
Ensuite, les acteurs de football auront une visibilité quant aux capacités des uns et des autres de façon à pouvoir distinguer entre un entraîneur de 3e degrés, de 2e degrés, un préparateur physique, un accompagnateur, etc. Des cartes de couleurs différentes seront donc octroyées à chaque membre du staff technique de chaque équipe. Le côté amateur du football national pèse lourdement sur les entraîneurs qui, en grande majorité, n'ont pas de retraites tout comme les joueurs. Les entraîneurs étrangers qui exercent au Maroc n'ont pas ce problème parce que dès qu'un conflit éclate, il est vite résolu de crainte qu'il ne soit porté devant la FIFA. Au Maroc, on “préfère toujours laver le linge sale en famille''.
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LE MATIN-SPORTS : Pourquoi le statut d'entraîneur, déposé depuis plusieurs années au Secrétariat général du gouvernement, n'a jamais vu le jour ?
Jawad Milani : Il y avait plusieurs contraintes à cela en raison de la diversité des entraîneurs qui exercent au Maroc. Nous avons ceux qui avaient un diplôme étatique, c'est-à-dire des entraîneurs qui ont suivi un cursus scolaire couronné par un diplôme (généralement, c'est un bac +4 voire +6 avec une spécialisation en football, couronnée par un mémoire de fin d'étude) et qui de surcroît ont passé des stages de formations au Maroc et à l'étranger. Ceux-là sont soit des lauréats de l'Education nationale ou ceux de l'Institut Moulay Rachid.Nous avons aussi d'anciens footballeurs qui se sont reconvertis en entraîneurs sans avoir suivi une formation dans ce sens. C'est le cas de feu Abdelkader Lakhmiri, El Khalfi, Haj Larbi Benmbarek, El Batach, et la liste est longue. Ces gens ont tous donné au football national. Et nous avons, aussi, une troisième catégorie d'entraîneurs qui ont fait leur formation à l'étranger et qui sont revenus avec des diplômes. Face à cette diversité, il était impossible d'adopter le statut qui a été déposé au Secrétariat général du gouvernement. Il faut donc trouver une parade pour pouvoir organiser la profession. Et là, la direction technique nationale et la Fédération royale marocaine de football en partenariat avec l'Amicale des entraîneurs, se penchent actuellement sur un autre projet dit statut d'entraîneur fédéral qui va bientôt voir le jour. Ce nouveau statut devra permettre de classer les entraîneurs en catégories et surtout de mettre de l'ordre dans un secteur où plusieurs intrus sévissent alors que les vrais entraîneurs sont en chômage.
Quelles sont les principales difficultés de l'entraîneur national ?
C'est surtout la pression qui s'exerce sur les dirigeants de la part des supporters ou des adhérents. Et quand il n'y a pas de résultats, c'est toujours la faute à l'entraîneur. Le gros problème aujourd'hui, c'est que les supporters n'acceptent plus que leurs clubs perdent, alors qu'il impossible que les clubs de GNFE-I gagnent tous ensemble. Il faut que l'entourage des clubs comprenne que la défaite fait également partie du jeu et aide à ce que ces clubs retrouvent la stabilité et surtout les bons résultats. Certaines équipes recourent à l'entraîneur étranger pour échapper un peu à la pression du public et des adhérents.
Que peut faire l'Amicale des entraîneurs pour protéger ces derniers ?
Il faut faire une différence entre l'Amicale et un syndicat. On parle de syndicat quand il y a une profession. Ce n'est pas malheureusement le cas dans notre football qui n'est pas encore professionnel. Nous exerçons toujours dans l'amateurisme. Les clubs sont des associations gérées par Dahir 1958 des associations et libertés publiques à but non lucratif. Donc, il est impossible d'avoir un syndicat qui peut effectivement défendre les intérêts des entraîneurs comme si le cas ailleurs. Certes, nous sommes rémunérés sur un effort, mais les entraîneurs et mêmes les joueurs n'ont pas de retraites. L'Amicale des entraîneurs a donc énormément fait pour les entraîneurs. Elle a établi un partenariat avec la Fédération, et c'est déjà un bon point. Elle travaille avec la direction technique de façon amicale. Toutefois, elle n'a pas une force comme c'est le cas des syndicats proprement dits parce qu'il n'y a pas de cadre légal pour la profession. Pas de retraite ni couverture sociale pour les entraîneurs. Seuls ceux qui ont suivi une formation étatique peuvent en bénéficier. Quand on passera au professionnalisme, les choses pourront probablement s'arranger.
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«Les entraîneurs au Maroc ne sont pas protégés. Et les principaux problèmes viennent de l'environnement dans lequel il exerce. On fait un contrat avec lui, il perd trois ou quatre matchs, plus personne ne le soutient et on le limoge. Il faut que les dirigeants soit encore mature parce que l'entraîneur n'a pas une baguette magique pour régler tout d'un coup. Il faut que les clubs respectent non pas uniquement les clauses des contrats, mais l'entraîneur lui-même»
Kamal Zouaghi :
«Le métier d'entraîneur est ce qu'il y a de plus difficile dans le football. Heureusement au Maroc, dès mon arrivée, je n'ai pas trouvé beaucoup de difficultés. Le cadre général est motivant et aide à pratiquer le métier. Quand le staff technique est sur la même longueur d'onde avec les dirigeants, il ne peut y avoir de problèmes. Il ne restera alors pour l'entraîneur que de se concentrer sur le côté technique. Pour ce qui est du contrat, il faut toujours qu'un entraîneur se protège, et ce contrat protège et le coach et le club. C'est vital. Il est vrai que l'entraîneur n'a pas une formation de juriste, mais il faut qu'il connaisse au moins les mots techniques. Il faut toujours bien lire son contrat. Ces derniers temps au Maroc, les contrats sont devenus plus professionnels. A Safi, où je suis, les responsables sont compétents et ne font pas les choses à leur guise. Avant que je signe au club, ils ont demandé à ce que mon contrat avec le KACM soit résilié, pour que les choses soient claires et en bonne et due forme.»
François Bracci :
Comme vous savez, le métier d'entraîneur est très difficile, parce qu'on est à chaque fois dans l'obligation de réussir et puis, quand les résultats ne sont pas là, forcément le premier fusible c'est l'entraîneur. Le contrat que signent les coachs est tout à fait pro. Nous, ressortissants européens, quand nous sommes recrutés, nous avons un modèle de contrat que nous proposons. Bien sûr, dans le cas d'une séparation unilatérale, si le club me fait partir, me licencie, les dirigeants doivent me verser une somme déterminée. Cela existe dans tous les contrats, en plus cela ne me préoccupe pas. Le contrat protège l'entraîneur et le club aussi. Le coach est toujours sous pression que ce soit de la part des dirigeants ou des supporters, ce qu'il faut dans ces cas, c'est donner du temps aux entraîneurs. Regardez par exemple le début du championnat, certains entraineurs de quelques grands clubs avaient mal entamé leur saison, surtout pendant les cinq ou six premiers matches. Malgré cela, on les a maintenus en place, et on leur a fait confiance. Ils ont eu une nouvelle chance et un nouveau souffle ; ils ont commencé à gagner, et du coup, à faire de bons résultats. Il faut aussi prendre en considération les coulisses des matches et les conditions où se déroulent ces rencontres. Pendant l'un de nos déplacements, nous avons joué sur un terrain indigne d'une division d'élite, nous étions reçus dans les vestiaires pire que des animaux. Sur le plan psychologique, c'est très difficile.»
Abdelkader Youmir:
«Tous les contrats qui lient les entraîneurs avec les clubs sont professionnels parce qu'ils contiennent les clauses importantes : conditions de travail, conditions matérielles, salaire, et les indemnités quand l'entraîneur est limogé. Tous ces points sont spécifiés dans ce contrat. Dans les années 80 et 90, nous travaillions sans contrat, il n'y avait que des contrats oraux. Les promesses des dirigeants suffisaient. C'étaient les résultats qui protégeaient. En effet, comme c'est courant, le manque de résultats signifie limogeage. Mais dans le cas d'un limogeage avant terme, le contrat nous protège. Les contrats pros n'ont commencé qu'après la Coupe du monde 1998. L'Amicale des entraîneurs avait fait une pression sur la FRMF pour qu'il y ait des contrats homologués. Maintenant, quand tu signes un contrat, on en fait trois copies. On envoie une à la Fédération, la deuxième reste chez le président du club, et l'entraîneur garde la troisième. Tout ceci ne constitue que des détails, le grand problème au Maroc reste, sans conteste, le statut de l'entraîneur. Il n'y a pas un statut déterminé, c'est comme si le métier n'existe pas. Dans le cas d'un litige avec une équipe, le coach peut ne rien gagner. Il y a des avocats qui trouvent que ce sont des contrats bidon. Cette situation peut représenter un problème pour eux, parce qu'ils n'ont rien sur quoi se baser pour défendre les intérêts du coach. Il n'y a pas une loi qui régit le domaine : c'est une pagaille. Au Maroc, ce sont souvent des journalistes, des managers qui ne touchent pas les 10%, des amis, d'anciens entraîneurs, même des dirigeants ou anciens dirigeants qui peuvent proposer un entraîneur à un club, mais ils ne jouent pas le rôle d'un manager. Dans les pays du Golfe par exemple, c'est le manager qui intervient dans la conclusion des contrats. L'entraîneur n'a qu'à préciser ses conditions. C'est beaucoup plus professionnel. »
Abdelhadi Sektioui :
«Pour moi, qui ai travaillé depuis 14 ans, rien n'a changé vraiment. On acquiert juste de l'expérience. J'ai signé mon premier contrat avec le Hassania d'Agadir. Je faisais partie des rares entraîneurs qui avaient des contrats à l'époque. Le coach doit toujours mettre en exergue son contrat en bonne et due forme et doit l'appliquer à la lettre, professionnellement parlant, avec conception et avec foi tout en respectant le métier. Il y a une déontologie à suivre, mais je suis le genre à cesser son engagement quand des gens ne font pas leur boulot. J'estime que c'est un métier de pros qui doit être fait par des pros. C'est une conception. Ceci ne veut pas dire que tout dépend de l'entraîneur. Ça dépend aussi des clubs, des gérants, des gestionnaires, des comités, on doit, chacun de son côté, respecter ses devoirs. Avant, je ficelais mes contrats sans problèmes ; mais depuis deux ou trois années, c'est mon manager qui veille sur mes engagements. Pour ce qui s'est passé avec Safi, je voulais juste réitérer l'exploit de l'année dernière qui était une époque exceptionnelle pour moi. Je voulais jouer les premières places ; mais au fil des jours, je me suis rendu compte que les conditions n'étaient pas réunies pour atteindre ce stade. Je suis parti, en laissant deux mois de salaires même si cela était stipulé dans mon contrat (60000 DH) à peu près. J'ai laissé 6 ou 7 primes, mais ça ne me pose pas problème. Pour moi, il faut rester digne, et ne pas chercher à poursuivre les clubs devant les tribunaux, l'argent ne fait pas tout. Il y a des choses plus importantes et plus nobles que le pécuniaire.»
Hassan Benabicha :
«L'entraîneur marocain ne reçoit aucune protection, que ça soit de la part de la
Fédération, l'administration ou le public. D'ailleurs, c'est le premier à être influencé par le comportement non civique de certains supporters, en cas de défaite, contrairement à l'étranger. Malheureusement, nous avons également le complexe d'infériorité vis-à-vis des étrangers. Autrement dit, les entraîneurs marocains ne subissent pas le même traitement que celui de ces derniers. Au niveau salaire par exemple, il existe un écart immense entre celui que perçoivent les nationaux et celui des étrangers. En revanche, on note aujourd'hui une augmentation au niveau des salaires des nationaux par rapport à 2004. Il est à signaler que Badou Zaki a participé activement quant à l'amélioration de l'image de l'entraîneur marocain depuis qu'il a pris en main l'équipe nationale. »
M'barek Bihi :
«Les contrats sont toujours respectés et il y a toujours un arrangement entre l'entraîneur et le club en cas de litige. Les entraîneurs marocains sont traités de la même manière que les étrangers. Certes, il y a un écart au niveau des salaires, mais il ne faut pas oublier que ceux des nationaux ont été augmentés dernièrement et qu'on note une grande amélioration. D'ailleurs, Abdelhak Rizkallah a beaucoup lutté pour l'amélioration de la situation des entraîneurs marocains. Aujourd'hui, certains entraîneurs commencent même à avoir leurs agents qui se chargent de bien étudier leurs contrats avant tout engagement avec le club. La situation de l'entraîneur national ne cesse de connaître une amélioration et un progrès remarquable ces derniers temps.»
Abderazzak Khairi :
«La principale difficulté qu'un entraîneur peut rencontrer est celle du non-respect du contrat par le club. On se base uniquement sur les résultats des 2 ou 3 premiers matches pour juger l'entraîneur et c'est totalement injuste. Au moment où le club et le public doivent faire confiance au staff technique. L'autre difficulté concerne le côté matériel, ramener des joueurs de haut niveau nécessite un budget important que certains clubs ne peuvent pas investir. Il est clair que les entraîneurs marocains ne subissent pas le même traitement que celui des étrangers. Du moment où on trouve dans la même division un entraîneur étranger qui touche le double d'un coach marocain. Ce dernier n'a toujours qu'un seul recours pour faire valoir ses droits en cas de litige avec le club : la justice. Il faut que la Fédération protège les entraîneurs marocains. Il faut également revoir les contrats et attendre que la phase des matches aller se termine au cas où le club déciderait de licencier l'entraîneur.»
Sara Faiq et Rachid Nahli
Tous les clubs marocains, toutes tendances confondues, sont constitués en associations à but non lucratif au titre du dahir de 1958 régissant les associations et les libertés publiques. Autrement dit, il n'existe pas, à nos jours au Maroc, un statut d'entraîneur. Légalement, ce “métier n'existe pas''. On ne peut donc pas parler de droits et devoirs... Il n'y a que les clauses du contrat qui sont déterminantes. La principale difficulté d'un entraîneur est l'instabilité. Au Maroc où l'amateurisme sévit encore et toujours, on change d'entraîneur comme on change de chemise sans que cela pose un problème parce qu'en général, cela ne coûte rien au club. Parfois, l'entraîneur est viré sans percevoir le moindre centime surtout s'il a mal négocié son contrat ou n'en dispose pas.
Les dirigeants de clubs agiront probablement différemment s'il existe un cadre juridique qui protège les entraîneurs parce qu'ils seront obligés de leur verser l'ensemble de leurs salaires jusqu'à l'expiration du contrat.Depuis le début de la saison 2008-2009, ce sont une dizaine d'entraîneurs qui ont été renvoyés. A voir de plus près la situation, le tableau est loin d'être reluisant. Il reflète, en fait, la réalité de notre football. Il faut aussi dire que le contrat qui lie un entraîneur à un club n'a aucune valeur juridique en cas de litige. «Si un différend éclate entre un club et un entraîneur, ce dernier peut ne rien percevoir comme indemnités.
Ce contrat pose également un problème aux avocats parce qu'ils n'ont pas de textes légaux sur lesquels ils peuvent se baser pour construire leur défense où cas où l'affaire serait traitée par un tribunal. Aujourd'hui, c'est la fédération qui nous protège et joue le rôle d'arbitre. Par le passé, des problèmes ont éclaté entre certains clubs et des entraîneurs et c'est la fédération et l'Amicale des entraîneurs qui se sont intervenues pour les régler à l'amiable.
Dans les pays du Golfe, les entraîneurs ont des contrats avec 2 mois de préavis, des vacances payées, un billet d'avion, des primes, etc.», a-t-on indiqué. Pourtant, un projet de statut d'entraîneur a été déposé au Secrétariat général du gouvernement depuis 1986 mais il n'a jamais vu le jour. «Nous avons élaboré le statut d'entraîneur en 1986 en collaboration avec le ministère de la Jeunesse et des Sports, celui de l'Education nationale et la Fédération royale marocaine de football. Ce statut a été adressé par la suite au ministère de tutelle qui l'avait déposé à son tour au Secrétariat général du gouvernement.
Depuis, aucune suite n'a été donnée à ce texte», a déclaré Abdelhak Rizkallah (alias Mendoça), président de l'Amical des entraîneurs. Devant le vide juridique concernant la fonction d'entraîneur, la Direction technique nationale, la Fédération royale marocaine de football et l'Amicale des entraîneurs se penchent actuellement sur la préparation du statut d'entraîneur fédéral pour pouvoir mettre de l'ordre dans ce secteur. «Le statut d'entraîneur fédéral a été élaboré par une commission mixte composée de l'Amicale, de la DTN et la FRMF. Le projet est donc entre les mains de la fédération qui va, probablement, l'adopter lors de la réunion prochaine du bureau fédéral», nous a affirmé A. Rizkallah. Une fois ce statut adopté, il pourra “assainir'' ce domaine qui est, malheureusement, envahi par plusieurs intrus qui n'ont rien à voir avec la profession, alors que les entraîneurs compétents sont au chômage.
Ensuite, les acteurs de football auront une visibilité quant aux capacités des uns et des autres de façon à pouvoir distinguer entre un entraîneur de 3e degrés, de 2e degrés, un préparateur physique, un accompagnateur, etc. Des cartes de couleurs différentes seront donc octroyées à chaque membre du staff technique de chaque équipe. Le côté amateur du football national pèse lourdement sur les entraîneurs qui, en grande majorité, n'ont pas de retraites tout comme les joueurs. Les entraîneurs étrangers qui exercent au Maroc n'ont pas ce problème parce que dès qu'un conflit éclate, il est vite résolu de crainte qu'il ne soit porté devant la FIFA. Au Maroc, on “préfère toujours laver le linge sale en famille''.
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Adaptation du cadre juridique
A fin d'adapter la réglementation aux exigences de la pratique moderne du football ainsi qu'aux recommandations de la FIFA, la FRMF a mis en place une commission composée de représentants de l'ensemble des entités qui lui sont affiliées. Cette commission a élaboré un projet de révision des statuts et règlements généraux de la fédération. Par ailleurs, un chantier est en cours pour la révision de la loi relative à l'éducation physique et au sport et ses textes d'application.Joueurs non amateurs
Sur le site de la FRMF et précisément dans la rubrique ‘'Règlements'', il y a une définition pour le joueur non amateur et une autre pour celui amateur. Selon cette définition ‘'est réputé joueur non amateur tout joueur qui perçoit du club avec lequel il est engagé une rémunération en contrepartie de la pratique du football de compétition et que cette pratique est pour lui, l'activité principale ou l'activité d'appoints''. Tout joueur déclaré non amateur doit avoir signé un contrat à durée délimitée avec le club qui l'a engagé. La durée du contrat ne peut être supérieure à 36 mois pour les joueurs qui n'ont pas encore atteint l'âge de 18 ans à la date de signature. Une copie originale du contrat doit être envoyée à la FRMF en même temps que le dépôt de la demande d'obtention de la licence ou du renouvellement de celle-ci. La FRMF tient un registre spécifique des contrats de joueurs non amateurs. Et également, ‘'est réputé amateur le joueur qui, pour toute participation à la pratique du football de compétition ou activité quelconque en relation avec celui-ci, ne perçoit aucune indemnité supérieure au montant des frais effectifs qu'il encourt dans l'exercice de cette activité''.En revanche, rien à signaler pour les entraîneurs comme s'ils ne font pas partie du milieu du football !---------------------------------------
Entretien avec . Jawad Milani, entraîneur national.
«Le statut d'entraîneur fédéral sera bientôt adopté»LE MATIN-SPORTS : Pourquoi le statut d'entraîneur, déposé depuis plusieurs années au Secrétariat général du gouvernement, n'a jamais vu le jour ?
Jawad Milani : Il y avait plusieurs contraintes à cela en raison de la diversité des entraîneurs qui exercent au Maroc. Nous avons ceux qui avaient un diplôme étatique, c'est-à-dire des entraîneurs qui ont suivi un cursus scolaire couronné par un diplôme (généralement, c'est un bac +4 voire +6 avec une spécialisation en football, couronnée par un mémoire de fin d'étude) et qui de surcroît ont passé des stages de formations au Maroc et à l'étranger. Ceux-là sont soit des lauréats de l'Education nationale ou ceux de l'Institut Moulay Rachid.Nous avons aussi d'anciens footballeurs qui se sont reconvertis en entraîneurs sans avoir suivi une formation dans ce sens. C'est le cas de feu Abdelkader Lakhmiri, El Khalfi, Haj Larbi Benmbarek, El Batach, et la liste est longue. Ces gens ont tous donné au football national. Et nous avons, aussi, une troisième catégorie d'entraîneurs qui ont fait leur formation à l'étranger et qui sont revenus avec des diplômes. Face à cette diversité, il était impossible d'adopter le statut qui a été déposé au Secrétariat général du gouvernement. Il faut donc trouver une parade pour pouvoir organiser la profession. Et là, la direction technique nationale et la Fédération royale marocaine de football en partenariat avec l'Amicale des entraîneurs, se penchent actuellement sur un autre projet dit statut d'entraîneur fédéral qui va bientôt voir le jour. Ce nouveau statut devra permettre de classer les entraîneurs en catégories et surtout de mettre de l'ordre dans un secteur où plusieurs intrus sévissent alors que les vrais entraîneurs sont en chômage.
Quelles sont les principales difficultés de l'entraîneur national ?
C'est surtout la pression qui s'exerce sur les dirigeants de la part des supporters ou des adhérents. Et quand il n'y a pas de résultats, c'est toujours la faute à l'entraîneur. Le gros problème aujourd'hui, c'est que les supporters n'acceptent plus que leurs clubs perdent, alors qu'il impossible que les clubs de GNFE-I gagnent tous ensemble. Il faut que l'entourage des clubs comprenne que la défaite fait également partie du jeu et aide à ce que ces clubs retrouvent la stabilité et surtout les bons résultats. Certaines équipes recourent à l'entraîneur étranger pour échapper un peu à la pression du public et des adhérents.
Que peut faire l'Amicale des entraîneurs pour protéger ces derniers ?
Il faut faire une différence entre l'Amicale et un syndicat. On parle de syndicat quand il y a une profession. Ce n'est pas malheureusement le cas dans notre football qui n'est pas encore professionnel. Nous exerçons toujours dans l'amateurisme. Les clubs sont des associations gérées par Dahir 1958 des associations et libertés publiques à but non lucratif. Donc, il est impossible d'avoir un syndicat qui peut effectivement défendre les intérêts des entraîneurs comme si le cas ailleurs. Certes, nous sommes rémunérés sur un effort, mais les entraîneurs et mêmes les joueurs n'ont pas de retraites. L'Amicale des entraîneurs a donc énormément fait pour les entraîneurs. Elle a établi un partenariat avec la Fédération, et c'est déjà un bon point. Elle travaille avec la direction technique de façon amicale. Toutefois, elle n'a pas une force comme c'est le cas des syndicats proprement dits parce qu'il n'y a pas de cadre légal pour la profession. Pas de retraite ni couverture sociale pour les entraîneurs. Seuls ceux qui ont suivi une formation étatique peuvent en bénéficier. Quand on passera au professionnalisme, les choses pourront probablement s'arranger.
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Ils ont dit
Abfelhak Rizkhallah, dit Mendoça :«Les entraîneurs au Maroc ne sont pas protégés. Et les principaux problèmes viennent de l'environnement dans lequel il exerce. On fait un contrat avec lui, il perd trois ou quatre matchs, plus personne ne le soutient et on le limoge. Il faut que les dirigeants soit encore mature parce que l'entraîneur n'a pas une baguette magique pour régler tout d'un coup. Il faut que les clubs respectent non pas uniquement les clauses des contrats, mais l'entraîneur lui-même»
Kamal Zouaghi :
«Le métier d'entraîneur est ce qu'il y a de plus difficile dans le football. Heureusement au Maroc, dès mon arrivée, je n'ai pas trouvé beaucoup de difficultés. Le cadre général est motivant et aide à pratiquer le métier. Quand le staff technique est sur la même longueur d'onde avec les dirigeants, il ne peut y avoir de problèmes. Il ne restera alors pour l'entraîneur que de se concentrer sur le côté technique. Pour ce qui est du contrat, il faut toujours qu'un entraîneur se protège, et ce contrat protège et le coach et le club. C'est vital. Il est vrai que l'entraîneur n'a pas une formation de juriste, mais il faut qu'il connaisse au moins les mots techniques. Il faut toujours bien lire son contrat. Ces derniers temps au Maroc, les contrats sont devenus plus professionnels. A Safi, où je suis, les responsables sont compétents et ne font pas les choses à leur guise. Avant que je signe au club, ils ont demandé à ce que mon contrat avec le KACM soit résilié, pour que les choses soient claires et en bonne et due forme.»
François Bracci :
Comme vous savez, le métier d'entraîneur est très difficile, parce qu'on est à chaque fois dans l'obligation de réussir et puis, quand les résultats ne sont pas là, forcément le premier fusible c'est l'entraîneur. Le contrat que signent les coachs est tout à fait pro. Nous, ressortissants européens, quand nous sommes recrutés, nous avons un modèle de contrat que nous proposons. Bien sûr, dans le cas d'une séparation unilatérale, si le club me fait partir, me licencie, les dirigeants doivent me verser une somme déterminée. Cela existe dans tous les contrats, en plus cela ne me préoccupe pas. Le contrat protège l'entraîneur et le club aussi. Le coach est toujours sous pression que ce soit de la part des dirigeants ou des supporters, ce qu'il faut dans ces cas, c'est donner du temps aux entraîneurs. Regardez par exemple le début du championnat, certains entraineurs de quelques grands clubs avaient mal entamé leur saison, surtout pendant les cinq ou six premiers matches. Malgré cela, on les a maintenus en place, et on leur a fait confiance. Ils ont eu une nouvelle chance et un nouveau souffle ; ils ont commencé à gagner, et du coup, à faire de bons résultats. Il faut aussi prendre en considération les coulisses des matches et les conditions où se déroulent ces rencontres. Pendant l'un de nos déplacements, nous avons joué sur un terrain indigne d'une division d'élite, nous étions reçus dans les vestiaires pire que des animaux. Sur le plan psychologique, c'est très difficile.»
Abdelkader Youmir:
«Tous les contrats qui lient les entraîneurs avec les clubs sont professionnels parce qu'ils contiennent les clauses importantes : conditions de travail, conditions matérielles, salaire, et les indemnités quand l'entraîneur est limogé. Tous ces points sont spécifiés dans ce contrat. Dans les années 80 et 90, nous travaillions sans contrat, il n'y avait que des contrats oraux. Les promesses des dirigeants suffisaient. C'étaient les résultats qui protégeaient. En effet, comme c'est courant, le manque de résultats signifie limogeage. Mais dans le cas d'un limogeage avant terme, le contrat nous protège. Les contrats pros n'ont commencé qu'après la Coupe du monde 1998. L'Amicale des entraîneurs avait fait une pression sur la FRMF pour qu'il y ait des contrats homologués. Maintenant, quand tu signes un contrat, on en fait trois copies. On envoie une à la Fédération, la deuxième reste chez le président du club, et l'entraîneur garde la troisième. Tout ceci ne constitue que des détails, le grand problème au Maroc reste, sans conteste, le statut de l'entraîneur. Il n'y a pas un statut déterminé, c'est comme si le métier n'existe pas. Dans le cas d'un litige avec une équipe, le coach peut ne rien gagner. Il y a des avocats qui trouvent que ce sont des contrats bidon. Cette situation peut représenter un problème pour eux, parce qu'ils n'ont rien sur quoi se baser pour défendre les intérêts du coach. Il n'y a pas une loi qui régit le domaine : c'est une pagaille. Au Maroc, ce sont souvent des journalistes, des managers qui ne touchent pas les 10%, des amis, d'anciens entraîneurs, même des dirigeants ou anciens dirigeants qui peuvent proposer un entraîneur à un club, mais ils ne jouent pas le rôle d'un manager. Dans les pays du Golfe par exemple, c'est le manager qui intervient dans la conclusion des contrats. L'entraîneur n'a qu'à préciser ses conditions. C'est beaucoup plus professionnel. »
Abdelhadi Sektioui :
«Pour moi, qui ai travaillé depuis 14 ans, rien n'a changé vraiment. On acquiert juste de l'expérience. J'ai signé mon premier contrat avec le Hassania d'Agadir. Je faisais partie des rares entraîneurs qui avaient des contrats à l'époque. Le coach doit toujours mettre en exergue son contrat en bonne et due forme et doit l'appliquer à la lettre, professionnellement parlant, avec conception et avec foi tout en respectant le métier. Il y a une déontologie à suivre, mais je suis le genre à cesser son engagement quand des gens ne font pas leur boulot. J'estime que c'est un métier de pros qui doit être fait par des pros. C'est une conception. Ceci ne veut pas dire que tout dépend de l'entraîneur. Ça dépend aussi des clubs, des gérants, des gestionnaires, des comités, on doit, chacun de son côté, respecter ses devoirs. Avant, je ficelais mes contrats sans problèmes ; mais depuis deux ou trois années, c'est mon manager qui veille sur mes engagements. Pour ce qui s'est passé avec Safi, je voulais juste réitérer l'exploit de l'année dernière qui était une époque exceptionnelle pour moi. Je voulais jouer les premières places ; mais au fil des jours, je me suis rendu compte que les conditions n'étaient pas réunies pour atteindre ce stade. Je suis parti, en laissant deux mois de salaires même si cela était stipulé dans mon contrat (60000 DH) à peu près. J'ai laissé 6 ou 7 primes, mais ça ne me pose pas problème. Pour moi, il faut rester digne, et ne pas chercher à poursuivre les clubs devant les tribunaux, l'argent ne fait pas tout. Il y a des choses plus importantes et plus nobles que le pécuniaire.»
Hassan Benabicha :
«L'entraîneur marocain ne reçoit aucune protection, que ça soit de la part de la
Fédération, l'administration ou le public. D'ailleurs, c'est le premier à être influencé par le comportement non civique de certains supporters, en cas de défaite, contrairement à l'étranger. Malheureusement, nous avons également le complexe d'infériorité vis-à-vis des étrangers. Autrement dit, les entraîneurs marocains ne subissent pas le même traitement que celui de ces derniers. Au niveau salaire par exemple, il existe un écart immense entre celui que perçoivent les nationaux et celui des étrangers. En revanche, on note aujourd'hui une augmentation au niveau des salaires des nationaux par rapport à 2004. Il est à signaler que Badou Zaki a participé activement quant à l'amélioration de l'image de l'entraîneur marocain depuis qu'il a pris en main l'équipe nationale. »
M'barek Bihi :
«Les contrats sont toujours respectés et il y a toujours un arrangement entre l'entraîneur et le club en cas de litige. Les entraîneurs marocains sont traités de la même manière que les étrangers. Certes, il y a un écart au niveau des salaires, mais il ne faut pas oublier que ceux des nationaux ont été augmentés dernièrement et qu'on note une grande amélioration. D'ailleurs, Abdelhak Rizkallah a beaucoup lutté pour l'amélioration de la situation des entraîneurs marocains. Aujourd'hui, certains entraîneurs commencent même à avoir leurs agents qui se chargent de bien étudier leurs contrats avant tout engagement avec le club. La situation de l'entraîneur national ne cesse de connaître une amélioration et un progrès remarquable ces derniers temps.»
Abderazzak Khairi :
«La principale difficulté qu'un entraîneur peut rencontrer est celle du non-respect du contrat par le club. On se base uniquement sur les résultats des 2 ou 3 premiers matches pour juger l'entraîneur et c'est totalement injuste. Au moment où le club et le public doivent faire confiance au staff technique. L'autre difficulté concerne le côté matériel, ramener des joueurs de haut niveau nécessite un budget important que certains clubs ne peuvent pas investir. Il est clair que les entraîneurs marocains ne subissent pas le même traitement que celui des étrangers. Du moment où on trouve dans la même division un entraîneur étranger qui touche le double d'un coach marocain. Ce dernier n'a toujours qu'un seul recours pour faire valoir ses droits en cas de litige avec le club : la justice. Il faut que la Fédération protège les entraîneurs marocains. Il faut également revoir les contrats et attendre que la phase des matches aller se termine au cas où le club déciderait de licencier l'entraîneur.»
Sara Faiq et Rachid Nahli
