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Samedi 04 Avril 2026
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Une sous-représentation injustifiée

Cette année, la Journée internationale des femmes, célébrée chaque 8 mars, fête son centenaire. Symbole des combats féministes, cette journée reste aujourd'hui d'une brûlante actualité : les violences faites aux femmes, les inégalités salariales et professionnelles et au niveau sportif la sous-représentation des femmes dans les sphères de décision sportives sont des réalités tenaces. Le Matin Sports a enquêté sur les raisons de cette sous-représentation sachant que les femmes ont beaucoup donné au sport marocain. Les détails.

Une sous-représentation injustifiée
L'analyse de la situation de la femme sur l'échiquier sportif national et surtout au niveau des instances de prises de décisions fait apparaître de nombreuses inégalités, voire des discriminations inacceptables, à l'égard des femmes. La politique de l'égalité entre les femmes et les hommes mise en avant par les pouvoirs publics doit, en toute logique, faciliter l'accès des femmes aux postes de décisions dans le domaine du sport. Or, c'est le contraire qui se passe faisant fi des orientations de la politique générale du pays qui appellent à la promotion de la femme et de celles du CIO qui avaient recommandé au minimum 20% de femmes dans les comités olympiques des pays membres. Selon une enquête réalisée par la commission Femme et Sport du Comité national olympique marocain présidée par Mme Nawal El Moutawakil, seules trois femmes sont présidentes de fédérations sur les 45 existantes. Un chiffre insignifiant compte tenu du rôle qu'à toujours joué la femme marocaine dans le développement du sport national.

Même constat au niveau des clubs où pratiquement aucune femme n'est présidente de club. En outre, leur présence dans l'arbitrage ou dans la médecine de sport est trop faible. Bref, la femme est sous-représentée dans la hiérarchie du sport national. Selon Mme Touria Aarab, vice-présidente de la commission Femme et Sport au sein du CNOM, cette sous-représentativité n'est pas due à des facteurs rationnels et objectifs, mais en grande partie à des préjugés. Le premier facteur avancé est le fait que la femme est peu disponible pour occuper ce genre de poste de décision parce qu'elle s'occupe plus de ses enfants et de son mari et elle n'a pas assez de temps à consacrer au sport. Le second facteur est le manque de compétence et le troisième est qu'elle n'est pas prédisposée à s'intégrer dans le domaine sportif. Tous ces arguments qui ressortent d'une enquête effectuée auprès d'un échantillon représentatif de 1000 personnes et réalisée par la commission Femme et Sport au sein du CNOM sont soit des préjugés ou des thèses sexistes et n'ont pas des raisons objectives basées sur une quelconque étude scientifique. Les hommes, ou plutôt une catégorie d'hommes, veulent réduire le rôle de la femme à celui de la garde des enfants et de la cuisine afin de l'éloigner du domaine où elle peut apporter un plus, c'est-à-dire le sport.
Même son de cloche, chez Amina Rami, présidente de la Fédération du sport scolaire. Cette dernière a précisé que la femme est victime des préjugés qui la cantonnent au seul rôle de la mère.

Et d'ajouter que seule une volonté politique et sociale peut changer la donne et par conséquent aider la femme à accéder au poste de décision dans le domaine du sport. Et de conclure qu'il faut aussi de la formation pour les hommes et les femmes parce que, dit-elle, au niveau de la gestion sportive, il ne suffit pas d'être un ancien joueur d'une discipline quelconque pour prétendre assumer une fonction. Il faut surtout avoir des compétences et une qualification requise. De son côté, Siham El Bouch, membre du bureau exécutif de l'AMPS et présidente de la Commission des femmes journalistes sportives, assure que la vision machiste très répandue au Maroc freine l'ascension des femmes. Elle reconnaît, par ailleurs, que plusieurs femmes occupent ou ont occupé des postes importants dans la gestion de la chose sportive nationale telles que Naoual El Moutawakil, ex-ministre de la Jeunesse et des Sports. Mme El Bouch reste, toutefois, optimiste, en assurant qu'avec le temps, les mentalités vont changer.

La femme, dit-elle, est capable de gérer bien comme il faut. Ce n'est la compétence qui lui fait défaut mais plutôt on ne lui fait pas assez de confiance afin qu'elle s'exprime. Une chose est sûre, la gestion des femmes ne peut pas être aussi catastrophique que celle de certains hommes qui ont fait descendre le sport national plus bas que jamais.

Bel hommage à Chrifa Meskaoui

A l'occasion de la Journée mondiale de la femme, l'Association des Doukkala a rendu hommage, samedi dernier, à la championne Chrifa Meskaoui au cours d'une cérémonie qui a regroupé plusieurs figures sportives d'El Jadida et d'ailleurs.
Cette journée commémorative a débuté à 10 heures du matin à la province d'El Jadida où plusieurs intervenants, dont le représentant du ministère de la Jeunesse et des Sports, le délégué provincial de ce même département à El Jadida, le journaliste Belaïd Bouimid et Touria Aarab membre de l'Association marocaine Femme et Sport, se sont succédé pour louer les mérites de cette championne qui a tant donné au sport national sans jamais rien en recevoir si ce n'est la reconnaissance et l'amour du public.

Le récipiendaire a également pris la parole et remercié l'Association des Doukkala et à sa tête Abdelkrim Bencherki pour cette louable initiative qui lui va droit au cœur et la réconforte sur l'avenir de la femme marocaine dans le domaine sportif.
Rappelons brièvement que Chrifa Meskaoui a remporté deux médailles d'or en 1985 en Egypte au championnat d'Afrique (Heptathlon et 4 x 100 m). Elle a également été plusieurs fois médaillée d'or, d'argent ou de bronze aux Jeux Méditerranéens, arabes et maghrébins, (1983 au Maroc, 1982 à Tunis et Egypte, 1981 en Egypte et Tunis, 1979 à Casablanca et Dakar, 1975 à Settat et au Sénégal, 1973 au Nigeria et à Agadir, 1971 à Izmir et 1968 à Alger).
Par la même occasion, Latifa Ressam (lutte), Zahra Lachgar (athlétisme), Maroua Ettoumi (judo), Fatiha Meskaoui (athlétisme), Bouchra Tibari (voile), Nezha Lawaizi (football), Touria Zaki (saut en hauteur), Amina Merchoud, Blila et Darami (volley), Maslaoui Daouia, Mina Maazini et Halima Saïr (basket), Habiba Daâmoun, Laaziza Merjani, Chafiqa Bencherki et Saïda Ibrahimi ont également été honorées.
Dans l'après-midi une salle d'athlétisme au complexe sportif d'El Jadida a été inaugurée et dimanche une course sur piste organisée par l'Association Sanaâ s'est déroulée à travers la ville d'El Jadida.

Plusieurs personnalités du monde du sport ont assisté à cette cérémonie, dont Abdelkrim Bencherki, Hassan Sefrioui, Abdellah Settati, Dr Morjani, Dr Hentati, Driss Chakiri, Mustapha Moundib, les ex-internationaux Chergui Krimou, Chicha et Spagna, entre autres.
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Interview: Fatima Aouam, présidente de l'association marocaine
Femme, sport, culture et exhampionne d'athlétisme

« La femme est écartée dans le domaine de la gestion sportive »

Le Matin Sports : Quel regard portez-vous sur la représentativité des femmes dans les instances sportives nationales ?

Fatima Aouam :
Quasiment absente, faible au niveau des postes de décisions. Il existe à peine trois femmes présidentes de fédérations sur 45. Pour dire vrai, la femme est écartée dans le domaine de la gestion sportive que se soit au niveau des clubs, des ligues ou des fédérations. Les postes clés dans la gestion des affaires sportives sont réservés aux hommes comme si la femme n'a pas de compétence dans ce domaine. Or, ce n'est pas réellement le cas puisque nous disposons de femmes bourrées de talents. Qui plus est peuvent être de bonnes gestionnaires. Seulement voilà, ce domaine est pour le moment une chasse gardée des hommes. Or, cela ne veut pas dire que je ne suis pour l'instauration des quotas comme c'est le cas dans le domaine politique, mais juste pour l'égalité des chances entre l'homme et la femme.

Comment expliquez-vous alors l'absence de la femme dans les sphères décisionnelles du sport national ?

Malheureusement, il y a beaucoup de préjugés sur la femme qui estiment qu'elle n'est pas formée pour accéder aux poste de responsabilité dans le domaine sportif, ce qui est absolument faux. Nous avons des compétences de haut niveau qui ne demandent qu'avoir leur chance pour montrer ce qu'elle sait fait dans le domaine de la gestion sportive. Et de démontrer par la même occasion de quel bois elles s'échauffent. A mon sens, il devient impératif de mettre en place une stratégie au niveau des instances nationales qui répondent aux recommandations des instances sportives internationales et aux recommandations de S.M le Roi Mohammed VI qui a incité à impliquer et les hommes et les femmes dans le développement du sport national.

Pourquoi vous êtes contre l'instauration de quotas pour favoriser l'accès des femmes aux postes de décision sportives ?

Les femmes ont commencés à faire du sport dès les années 50. Elles ont pratiqué même des disciplines réservées à l'époque aux hommes. Donc la femme n'a pas pris de retard dans ce domaine par rapport à l'homme, ce n'est pas comme en politique. Il faut juste une démarche qui peut ouvrir la voie aux femmes qui n'ont rien à envier aux hommes dans ce domaine. Pourquoi les sphères décisionnelles sportives sont exclusivement réservées aux hommes sachant que la femme a toujours pratiquées le sport. J'ai envie de transmettre aux décideurs le message suivant : la femme marocaine est capable de gérer le sport.

Quel est l'objectif de cette Journée ?

L'objectif est de donner l'opportunité à la femme journaliste marocaine de se promouvoir est de persévérer et de s'investir davantage dans la presse sportive. C'est une journée où on rend également hommage à Kaima Belouchi, la pionnière dans le domaine de la presse sportive. Nous, en tant qu'association marocaine femme sport et culture, on recommande de promouvoir la femme dans toutes les disciplines parce que les médias ont un rôle fondamental à jouer sur ce front en mettant en avant les exploits de la femme marocaine dans le sport.

Est-ce que le traitement que les médias font pour les champions est le même que celui réservé aux championnes ?

Je ne le pense pas. On accorde plus d'intérêt aux champions hommes qu'aux femmes championnes. Il faut donc un traitement équitable pour nous divers champions. Pour le bien de la pratique sportive dans son ensemble.
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