Iguider remet l’athlétisme national sur le devant de la scène sportive internationale. Peu s’attendaient à cette performance tant notre athlète travaillait dans la pénombre, tout comme la fédération qui a continué son soutien pour les gros calibres tout en menant parallèlement une politique pour la préparation de la relève, dans les deux sexes.
Nombreux voyaient en Iguider un athlète fini, un athlète de circonstance plutôt qu’un pur sang. Et pour conforter ce préjugé, il s’est vite évaporé après son titre de champion du monde juniors en 2004 Grosseto (Italie), affranchie d’un record de la distance (3 :35 :66). Son absence sur les tablettes aux JO de Pékin 2008 a levé l’équivoque. Mais ce qu’on ignorait est que Abdelaati était contraint à l’exode en Allemagne pour échapper à la pression de responsables malintentionnés. Mais au fond de lui-même, il mourrait d’envie de revenir sur les pistes et démentir ses détracteurs. Iguider s’est attelé au travail surtout qu’il a reçu assez d’égards et d’encouragement de la part de la Fédération et de son président. Le moral rétabli, Abdelaati a commencé à se préparer pour revenir sur le perchoir, dans la catégorie des seniors cette fois-ci. Le départ à la retraite de Hicham El Gerrouj met automatiquement la responsabilité de reprise du témoin pour le maintien du Maroc au poste de leader en demi-fond, plus exactement le 1500. Lourde responsabilité sur l’épaule de cet athlète assez frêle, timide et discret. Il n’a pas l’envergure apparente des icônes et cela se comprend. Il n’a pas beaucoup gagné dans sa carrière et n’est pas rodé par conséquent aux discours à la presse. Un défaut à priori mais un grand avantage en même temps. Cela a permis à Iguider d’affuter ses armes loin des regards.
Ascension irréversible
Il s’est entrainé suffisamment dans les salles couvertes en Allemagne avant d’aller à Istanbul pour les championnats du monde. Il partait avec la nette conviction que son heure a sonné et qu’il n’avait pas droit à l’erreur au risque de rompre une ascension irréversible. Il est parti à Istanbul auréolé du meilleur chrono de l’année In door réalisé en France. Abdelaati était ainsi devant une épreuve, la plus dure depuis qu’il était encore junior. Mais les spécialistes l’ont cité parmi les favoris au sacre. Iguider a en effet atteint une certaine maturité qui lui permet de négocier les courses avec le métier requis. C’est ainsi qu’il a couru différemment la finale du 1500 m par comparaison aux demi-finales. Il a préféré patienter au lieu de mener la course. « Il y avait un vent léger opposé qui pouvait me fatiguer si jamais je prenais l’initiative ». Il est resté en embuscade derrière le Turc et l’Ethiopien qui ont fini par perdre patience à l’entame des 110 derniers mètres. Iguider ne demandait pas mieux, il leur colla à la semelle. A 400m de l’arrivée, Iguider était sûr de gagner, car il était supérieur dans le finish. Et c’est ce qui advint au bonheur de millions de Marocains.
L’athlétisme marocain a renoué en ce vendredi 11 mars avec le succès en salle après dix ans de disette. En cette année 2001, Hicham El Guerrouj avait obtenu l’or In door à Lisbonne.
Iguider, nouvelle étoile de l’athlétisme national, est parti pour devenir le meilleur successeur d’une lignée d’icônes qui s’appellent Saïd Aouita, Rachid Labsir, Hicham El Guerrouj, Adil El Kaouch et Rachid Ramzi. Iguider devra confirmer aux prochains JO de Londres. Pour cela, il compte entamer la préparation dès la semaine prochaine, sous la houlette d’Abdelkader Kada, l’homme qui coaché les meilleurs étalons nationaux depuis plus d’une décennie.
