Le Cosmos, le ciel et les astres ont toujours fasciné l’Homme qui a essayé depuis des siècles de percer leurs secrets et de cerner leurs mystères. Cette fascination a été accentuée par le pouvoir sibyllin qu’on attribuait, à tort ou à raison, aux éléments de l’espace et à leur impact sur la vie des gens sur terre. Certes, le développement de la science et la mise au point de moyens d’observation de plus en plus sophistiqués ont permis une meilleure compréhension de l’Univers. Mais pour autant, l’Homme est loin de pouvoir répondre à toutes les questions. Et le cosmos n’en finit pas de subjuguer les gens partout dans le monde. Le Maroc ne déroge pas à cette règle. La preuve en est la multitude de clubs et d’associations s’intéressant à l’astronomie et proposant des cours et des séances d’initiation et de découverte.
C’est dans ce cadre que se tient, du 10 au 14 octobre, la treizième édition du Festival d’astronomie de Marrakech. Cet événement dédié aux amateurs des sciences de l’Univers connaîtra la participation d’éminents spécialistes marocains et français.
Initiée par l’Université Cadi Ayyad, l’Association d’astronomie amateur de Marrakech et des instituts de recherche français, cette manifestation s’inscrit dans le sillage des efforts déployés pour la vulgarisation des sciences de l’univers. Les organisateurs ont concocté pour cette treizième édition un programme riche et diversifié, avec au menu notamment une exposition intitulée «Explorer l’univers», des conférences grand public et des «Nuits d’observation», en plus de la «Nuit des étoiles» à l’Oukaïmeden au profit des étudiants, des lycéens et du grand public. Les mordus du télescope seront donc bien servis.
Notre dossier cette semaine vous propose un tour d’horizon de l’astronomie au Maroc, l’engouement croissant qu’elle suscite ainsi que quelques-unes des découvertes faites par des associations agissant dans ce domaine.
Le Maroc intéresse les astronomes
Le Forum autrichien de l’Espace – en partenariat avec le Centre Ibn Battuta de Marrakech – mènera une simulation de mission martienne dans le Sud marocain, près d’Erfoud du 1er au 28 février 2013. Cette mission s’inscrit dans le cadre du programme de recherche PolAres. Une équipe de chercheurs effectuera des expériences préparant les futures missions martiennes habitées. La mission couvrira un large spectre de domaines tels que l’ingénierie, les activités planétaires de surface, l’astrobiologie, la géologie/géophysique, les sciences de la vie. Accomplir de la recherche sur le terrain dans un environnement représentatif est un excellent moyen pour acquérir de l’expérience opérationnelle et pour comprendre les avantages et les contraintes des opérations scientifiques dirigées à distance, sur d’autres planètes. La zone à proximité d’Erfoud offrirait d’importantes similarités avec différents types de caractéristiques géologiques martiennes ainsi qu’une grande diversité de signatures microbiologiques provenant de l’ère paléolithique. Rappelons également que le Maroc avait attiré l’attention des scientifiques ces dernières années en raison des météorites retrouvées sur son sol.
En effet, le 18 juillet dernier, une météorite d’origine martienne de sept kilos était tombée dans la région sud. L’information a été confirmée par la Meteoritical Society, l’association scientifique internationale de référence. Un groupe de huit experts de cette organisation a analysé, pendant plus d’un mois, des fragments de la météorite et conclu qu’elle provenait bien de la planète rouge, a précisé Carl Agee, directeur de l’Institute of Meteoritics à l’Université du Nouveau-Mexique. «Cette découverte est d’une énorme importance en raison de la qualité de la météorite», qui n’a pas été contaminée par un long séjour sur notre planète avant d’être découverte, a-t-il expliqué. La rareté de cette météorite martienne, baptisée «Tissint», réside dans le fait qu’elle est la cinquième dans les annales dont la chute a été observée par des témoins, a souligné Carl Agee, dont l’institut vient d’en acquérir un morceau de 108 grammes. Les morceaux de la météorite, dont le poids varie de 1 à 987 g, ont été retrouvés fin 2011 par des nomades qui les ont vendus à des courtiers. Ces derniers les ont revendus à des collectionneurs privés et des musées du monde entier à des prix variant entre 500 et 1 000 dollars le gramme, selon Carl Agee. La valeur de cette météorite est ainsi de 10 à 20 fois supérieure à celle de l’or, dont le gramme s’échange à environ 56 dollars.
Formation universitaire balbutiante
La treizième édition du Festival d’astronomie de Marrakech reflète un engouement grandissant du public, mais aussi de la communauté des chercheurs pour l’astronomie. Certes, au Maroc, cette discipline en est à ses balbutiements sur le plan scientifique, mais il y a un intérêt réel pour tout ce qui se rapporte au ciel et à l’univers. Ce n’est que récemment qu’on a institué la première formation universitaire en astrophysique, à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech.
«Depuis l’an 2000, une formation de troisième cycle (niveau Master et Doctorat) est dispensée à l’Université Cadi Ayyad. Le Laboratoire de physique des hautes énergies et astrophysique de la Faculté des sciences Semlalia encadre une formation de master intitulée “Physique des hautes énergies, astrophysique et physique computationnelle”», explique Tarik Khalla, journaliste scientifique et vice-président de l’Association des astronomes amateurs de Marrakech (3AM), avant d’ajouter que grâce à ces cursus six promotions ont été formées avec une quinzaine de docteurs dont une dizaine en astrophysique.
Et pour encourager les chercheurs et les étudiants à s’intéresser davantage à l’astronomie, un centre d’observation spatiale, baptisé Ibn Battouta, a été créé en 2006 au sein de l’Université Cadi Ayyad par l’International Research School of Planetary Sciences (Pescara, Italie) en collaboration avec des chercheurs et astronomes marocains. Dédié principalement à l’exploration de Mars et d’autres planètes, ce centre permet aussi bien aux scientifiques qu’au grand public d’explorer la terre et le système solaire. Il organise également plusieurs activités au profit des étudiants et professionnels. Des cours sur le terrain, des écoles d’été, des excursions et expéditions, autant d’activités essentiellement liées à la recherche sur les analogues terrestres de Mars et à la géologie.
Engouement du monde associatif
Mais si l’astronomie en tant que discipline scientifique peine à s’imposer dans les cursus universitaires au Maroc (à l’exception de Marrakech), cela n’empêche pas les gens de s’intéresser à cette science et de lui consacrer beaucoup de leurs temps et de leurs moyens. «L’engouement des Marocains va grandissant avec l’amélioration du niveau d’instruction et des conditions économiques de la population en général, car il faut savoir que cette passion est souvent freinée par le coût encore relativement élevé des instruments d’observation du ciel», indique Tarik Khalla, journaliste scientifique et vice président de l’Association 3AM. Le Maroc compte, en effet, une vingtaine de clubs et d’associations dédiés à l’astronomie. D’ailleurs, l’Association d’astronomie amateur de Marrakech est parmi les plus dynamiques et les plus actives dans ce domaine. «Notre association a été crée en 1999 à l’initiative d’un groupe de mordus des sciences de l’univers et composé d’enseignants-chercheurs, de cadres administratifs et d’étudiants. Notre principal objectif est de contribuer et de diffuser l’information scientifique dans ce domaine et de renforcer l’intérêt des étudiants pour l’astronomie», explique le vice-président de l’association 3AM, rendue célèbre grâce notamment au Festival d’astronomie de Marrakech qui en est à sa treizième édition. Mais, visiblement, cette manifestation commence à faire des émules. L’Université Al Akhawayn, en partenariat avec la province d’Ifrane, le Réseau des astronomes amateurs du Maroc (RAAM), le Club estudiantin d’astronomie d’Al Akhawayn et l’Association CITI pour la promotion des technologies innovantes dans l’enseignement des sciences, a organisé en juillet dernier son premier Festival d’astronomie d’Ifrane. Au menu de ce festival, qui se voulait une manifestation annuelle populaire de nature scientifique autour du ciel et des astres, il a été prévu des conférences, des ateliers, des expositions, des compétitions, des débats, des rencontres et des échanges entre le public et les astronomes. Rappelons qu’en 2006 déjà, le Réseau des astronomes amateurs du Maroc a vu le jour. Objectif : d’une part, former et renforcer les compétences des acteurs (enseignants, animateurs, ONG, etc.) dans le domaine de l’astronomie et des sciences et techniques de l’espace et d’autre part, encadrer et animer des clubs et des ateliers scientifiques et techniques liés au domaine de l’espace, aussi bien en milieu scolaire que dans des structures de jeunes et centres de cultures.
DÉCOUVERTES MAROCAINES
La treizième édition du Festival d’astronomie de Marrakech fêtera, cette année, les récentes découvertes de l’Observatoire universitaire Cadi Ayyad inauguré en 2007. Il s’agit de deux comètes et de deux astéroïdes géo-croiseurs par le télescope MOSS (Morrocan Oukaïmeden Sky Survey). Mais il n’y a pas que ces deux découvertes. Des exploits non moins importants ont été l’œuvre des étudiants de l’Université Al Akhawayn. En 2008, ils ont reçu des Prix de recherche pour avoir mesuré des astéroïdes potentiellement dangereux pour le compte de la NASA et du projet «Killer Asteroid». En étudiant les astéroïdes dangereux, les étudiants Zineb Chaoui Aziz, Ijlal Loutfi et Hassan Bourhrous, supervisés par leur professeur de Physique et d’astronomie, Hassan Darhmaoui, ont fait la découverte de trois nouveaux astéroïdes : «K07U14Q», «K07T38O» et «K07T15X». L’Université Al Akhawayn avait aussi reçu une plaque commémorative de la NASA avec les noms du professeur Darhmaoui et de son équipe. Une distinction symbolique certes, mais qui en dit long sur l’intérêt et le savoir-faire développés par les universités marocaines dans cette discipline scientifique. Il convient de signaler à ce propos que l’Université Cadi Ayyad participe activement au projet Atlas, qui est une expérience de physique des particules auprès du Grand collisionneur de Protons (LHC) de l’European Organization for Nuclear Research. C’est le laboratoire de Physique des hautes énergies et astrophysique (LPHEA) qui la représente dans ladite expérience. La thématique «Physique du Higgs», développée au sein de ce laboratoire depuis sa création en 1999, a produit une vingtaine d’articles publiés dans les journaux spécialisés les plus réputés et plusieurs thèses de doctorat sur la phénoménologie du secteur Higgs du Modèle standard et au delà, ainsi que sur le calorimètre électromagnétique de l’expérience Atlas. «En 2009, le LPHEA a été classé deuxième meilleure entité de recherche à l’Université Cadi Ayyad elle-même classée meilleure structure de l’université marocaine. Certains chercheurs de ce laboratoire totalisent plus de 100 publications et communications internationales», souligne M. Khalla.
