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Échanges sur les convergences des religions et des cultures (Tribune)

Créée en 2017, par des Marocains et des Français animés d’une intention humaniste et altruiste, la Fondation France-Maroc, paix et développement durable développe des rencontres et des échanges réguliers sur les sujets de la paix et du développement durable, tant en France, en particulier à Bordeaux et sa région, qu’au Maroc et notamment à Laâyoune, Smara et Dakhla, dans les provinces du Sud.

Par Hubert Seillan, avocat au Barreau de Paris, président de la Fondation France-Maroc, paix et développement durable

Fondée sur la conscience que les deux pays ont de nombreuses racines communes, la Fondation France-Maroc, paix et développement durable se donne pour mission de faire partager ce patrimoine historique et de le vivifier. C’est ainsi que deux journées d’échanges ont eu lieu les 27 et 28 novembre derniers à Smara sur les convergences des religions et des cultures. Cette intention est née du constat que si ce sont aujourd’hui des facteurs de guerre, ils peuvent et doivent être vus comme des facteurs de paix.

Voyons le contexte

La planète rétrécit. La mondialisation accélérée par les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle tend à unifier les modes de vie. Des enjeux globaux, comme ceux qui prennent leur source dans le réchauffement climatique, interpellent toutes les sociétés humaines. Les terroirs perdent de leur signification. Les États sont conduits à appliquer et à fixer des normes étrangères sinon hostiles aux traditions culturelles locales.

Les religions n’ont plus le même ascendant sur les peuples. Des idéologies matérialistes et athées, socialistes et capitalistes, mais structurées sur des dogmes, ont tous les caractères du fait religieux. Cependant, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam affirment une incontestable autorité morale, sociale et politique dans la gouvernance mondiale. Ces trois religions dites du Livre, fondées sur l’espérance, la foi, l’amour, la charité et le respect, expriment des valeurs convergentes, unificatrices et pacifiques.

Si ce socle commun existe indiscutablement, il n’est pas suffisamment partagé parce qu’il est essentiellement vu par les différences de ses pratiques. Les religions se développent sur des territoires nouveaux, qui leur sont culturellement étrangers. Ces nouvelles proximités conduisent à placer la focale sur les points les plus visibles, évidemment placés à la périphérie de la question. Cela n’aide pas à la recherche des données partagées. Les conflits dits religieux se multiplient, en s’appuyant assez souvent sur des considérations ethniques.

Les religions et les cultures sont un enjeu de société désormais mondial. La Fondation pense que leurs valeurs socles sont des facteurs de paix et de développement, tant pour la France que pour le Maroc, dans leurs environnements européen et africain. Ce qui explique qu’elle a organisé les Premières Rencontres de Smara.

Pourquoi Smara ?

Parce que la ville et sa province ont un ascendant spirituel reconnu par les trois religions du Livre. Les mausolées, marabouts, de trois zaouias en témoignent, Sidi Ahmed Rguibi, Sidi Ahmed Laaroussi et Maelainin. Elle a été fondée en 1898 par le cheik Maelainin avec l’aide et sur ordre du Sultan Moulay Abdelaziz sur un territoire désertique où ne vivaient que des nomades éleveurs de chameaux. Les rapports des trois religions avec le désert sont bien connus. Ils sont essentiels. Ce choix est en lui-même l’expression d’un élément de patrimoine commun. L’Ancien, le Nouveau Testament et le Coran lui reconnaissent des forces spirituelles supérieures et il est devenu un mythe conducteur pour de nombreux écrivains.

Parmi les Français, nous citerons Joseph Kessel, dans «Vent de sable» (1929), Le Clézio avec «Désert» (1980) et «Gens des nuages» (1997). Moins célèbre, Michel Vieuchange est cependant connu par tous les habitants de la province. Du 10 septembre au 16 novembre 1930, il a effectué à pied le voyage de Tiznit à Smara, soit 1.400 km. Ses «Carnets de route» (1932) expriment toute la sensibilité spirituelle de Smara. Le choix de la ville s’est imposé à tous. Durant trois jours, des musulmans, des chrétiens et des juifs ont ainsi fait part de leurs visions sur les tenants et les aboutissants de chacune des trois religions.

Une intention en trois mots : Rencontre, Échange, Convergence

Les deux premiers relèvent des moyens, le troisième est l’objectif. Le gouverneur de la province, Hamid Naïmi, et le président de la commune, Moulay Brahim Chrif, parce qu’ils ont animé personnellement l’ensemble des discussions, ont permis à ces Premières Rencontres de démontrer que l’intention retenue était partagée par les élus et les notables réunis autour de la table des discussions. Encore fallait-il qu’elle soit poursuivie par des échanges suffisamment concrets, car il ne pouvait s’agir de débattre de théologie, de droit et de politique.

Abdelkrim Bennani, au nom de Ribat al Fath et de la Fondation, avait fermement indiqué en ouverture notre volonté de faire œuvre sociale plutôt que théologale, en recherchant nos valeurs communes, en les mettant en évidence afin d’en faire les porte-drapeaux de la paix. La présence durant trois jours du cardinal Cristobal Lopez Romero, archevêque de Rabat, a donné une dimension que l’on peut qualifier d’exceptionnelle à l’événement. Issu de l’Ordre des Salésiens, créé par Don Bosco, en référence à saint François de Sales, appelé l’apôtre de la douceur, il a montré qu’il était pleinement investi de cette qualité humaine, à la fois bienveillante et calme, progressive, sans heurt ni bruit. Il suffit au cardinal de quelques mots pour convaincre l’ensemble des participants, présents physiquement et en visio-conférence, de l’utilité de notre proposition. «Nous croyons tous en un même Dieu, nous avons la même foi dans le Royaume de Dieu, nous sommes Frères en Dieu». Propos fondateur repris par tous.

Parmi les intervenants, nous citerons Mohamed Faouzi Skali Alami, professeur des universités, président de Sufi Héritage, spécialiste des religions au Moyen-Orient, Othman Sqalli Houssaïni, enseignant chercheur spécialiste des relations internationales, Evraham Elarar, président de la Fédération sépharade du Canada, Bruno Clément-Bollée, général exerçant aujourd’hui des missions stratégiques pour la paix en Afrique, Henri Seillan, vice-président de l’Église protestante unie de Bordeaux, Pedro Diez de la Vega, président de l’Alliance d’amitié Mexique-Maroc.

De nos échanges, un dialogue très convergent s’est installé dans le calme, mais très vif et passionné, donc porteur de la très ferme volonté de le pérenniser. Ce fut dit à plusieurs reprises, notamment par les élus et notables de la province, avant d’être confirmé par des applaudissements nourris.

Maintenant, la conclusion partagée par tous :

• Les courants sont nombreux dans les religions.

• S’ils convergent naîtra un fleuve de paix.