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Le «Must Have» des budgets 2024 (Tribune)

À l’aune des rebondissements et disruptions de ces quatre dernières années, l’appréhension de l’imprévisible et le doute sur la reprise planent sur l’exercice budgétaire 2024. D’aucuns diront que le monde est entré dans le cycle des années des sept vaches maigres. Les épisodes inflationnistes successifs affectent sérieusement le pouvoir d’achat des ménages et les entreprises en souffrent doublement que ce soit en termes de volume de chiffre d’affaires ou de marge d’exploitation.

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Par Kamal El Alami, directeur général adjoint de Groupe Le Matin

Heureusement, certains acteurs s’en sortent, malgré la succession des crises mondiales, souvent en misant sur un leadership fort, une agilité à toute épreuve et un lean management qui élimine tous les gaspillages et améliore la satisfaction client. En effet, le leadership au sein de l’entreprise permet de fédérer le capital humain autour d’une vision partagée, d’encourager l’innovation et de stimuler une culture positive orientée performance. L’agilité permet d’adopter une approche incrémentale qui favorise la flexibilité et l’adaptabilité par rapport aux changements du marché. L’approche japonaise du Lean management améliore l’efficacité opérationnelle pour plus de valeur ajoutée aux différentes parties prenantes.



Les organisations qui intègrent ces trois approches sont censées être mieux équipées pour faire face aux défis d’un marché de plus en plus concurrentiel et instable. Cependant, de nouvelles disruptions risquent de changer la donne et il est nécessaire de les anticiper lors de l’exercice budgétaire pour cette nouvelle année. La ruée vers le digital accélérée par la pandémie a généré une recrudescence des cyberattaques et il est devenu difficile de se protéger avec les outils standards. La mobilité des utilisateurs, l’essor des équipements intelligents, le recours à l’hébergement des serveurs en cloud et le développement du SaaS (Software as a service) sont autant de facteurs qui augmentent la productivité tout en accroissant l’exposition aux risques de sécurité. Mais la vraie menace vient de la nécessaire transition des algorithmes de cryptage normaux vers ceux du quantique, plus adaptés aux ordinateurs de même nature. La nouvelle technologie quantique est capable de décoder les chiffrements les plus complexes, notamment au niveau des protocoles de communication. Le volet cybersécurité doit donc être intégré de manière conséquente dans les budgets 2024, à la fois au niveau de la formation des équipes, des outils de monitoring, de l’architecture complexe difficile à infiltrer et de solutions de sécurité intelligentes et évolutives. Sur un autre registre et ayant fait couler beaucoup d’encre concernant son éthique, sa pertinence et ses menaces, l’intelligence artificielle devient aujourd’hui une réalité et une véritable révolution de l’année 2024. Le temps n’est plus à la réflexion, c’est un «must have» pour toute organisation qui souhaite être compétitive et performante. Les solutions fusent et foisonnent sur le net avec des prix très accessibles et des performances créatives de plus en plus stupéfiantes.

L’avènement d’une intelligence artificielle générative capable d’apprendre différents sujets grâce au «Large Language Model (LLM)» ouvre des possibilités incroyables à la synergie homme-machine. Le fait qu’elle soit capable de produire des reportings et des conceptions complexes en mode autonome annonce une rupture avec le mode de fonctionnement de la société telle qu’on la connaît. L’année 2023 peut être considérée comme la phase de tâtonnement et de recherche de soi pour l’IA générative, mais 2024 sera l’année de maturité et de généralisation. Le quotient intellectuel verbal de

ChatGPT-4 a été évalué par un psychologue finlandais à 155, soit une progression de 59 points par rapport à sa précédente version. Ceci correspond à un niveau extrêmement élevé et assez rare chez l’être humain, puisque Einstein est censé avoir eu un QI de 160. Le QI le plus élevé actuellement s’élève à 225 et est détenu par deux prodiges installés aux États-Unis. Il s’agit de Terence Tao, un mathématicien de renom, et Christopher Hirata, un astrophysicien. Au vu des évolutions du LLM et des ordinateurs quantiques, les êtres humains les plus incroyables seront rapidement dépassés.

Ainsi, la technologie du 21e siècle intègre de manière directe et forcée le dernier bastion des ressources humaines, la matière grise. Les collaborateurs d’une entreprise dotés d’outils IA adéquats peuvent être considérés comme des personnes «augmentées», capables de performances inédites et inégalables. Sans ces nouveaux outils, le manager et le collaborateur sont démunis et leur entreprise ne saura faire face à une concurrence armée d’un booster technologique inédit. Dans notre nouvelle réalité, l’IA apporte de la magie à la formule du triptyque du leadership, de l’agilité et du lean management afin de propulser la créativité et la performance. Pour toute entreprise, une telle démarche peut refaçonner la transformation digitale, redéfinir les besoins en ressources humaines et rehausser les objectifs de croissance et de rentabilité.

La mise en œuvre de cette nouvelle disruption n’est pas une tâche aisée. Elle nécessite une nouvelle vision claire et une bonne collaboration entre le top management et les différents départements de la DSI. Il s’agit, notamment, de bien identifier des solutions évolutives et adaptées à l’ADN de l’entreprise, d’avoir une infrastructure informatique mature capable de les intégrer et surtout des collaborateurs prédisposés à devenir des individus augmentés.

Sur un autre volet, l’essor de l’IA touche aussi des domaines névralgiques et stratégiques pour les nations, dont la santé, l’enseignement et la défense. Autant de secteurs où la souveraineté nationale est une priorité indiscutable. Mais là, c’est un autre sujet qui mérite une profonde réflexion. En attendant, il faut aussi se poser plusieurs questions connexes dans le genre : quelle législation pour cadrer l’utilisation de l’IA ? Ou quelles compétences et infrastructures préparer pour maintenir et exploiter des ordinateurs quantiques ? En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les défis de demain se gagnent aujourd’hui.
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