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"Nous devons renforcer le maintien de la paix des Nations unies en tant qu’instrument multilatéral essentiel pour la paix" (Tribune)

Par Shirley Ayorkor Botchwey, ministre des Affaires étrangères et de l’intégration régionale du Ghana

Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix des Nations unies

En cette période troublée et marquée par les divisions géopolitiques, l’occasion se présente pour la communauté internationale de réaffirmer son soutien politique et son engagement collectif en faveur des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Une réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense du monde entier va se tenir à Accra ces 5 et 6 décembre. Organisé pour la première fois en Afrique, cet événement de haut niveau doit permettre aux États membres d’annoncer des contributions concrètes, notamment en matière de capacités, de formation et d’équipement, dans le but de renforcer l’efficacité du maintien de la paix.



Un quart de l’humanité vit dans des zones touchées par des conflits et il existe environ 108 millions de personnes déplacées de force, soit plus du double d’il y a dix ans. Dans ce contexte, le maintien de la paix a un besoin urgent du soutien complet et unifié de la communauté internationale afin qu’il puisse servir au mieux des populations qui sont parmi les plus vulnérables au monde. Pour cela, il est essentiel d’obtenir un large soutien politique et de mobiliser tous les acteurs, y compris les populations locales, dans le but d’atteindre notre objectif principal, à savoir garantir une paix durable grâce à des solutions politiques. Pour rendre le maintien de la paix plus agile et plus efficace, et lui permettre de mieux s’adapter aux défis actuels, il faut également créer et approfondir les partenariats. Cet enjeu sera l’une des priorités des ministres qui participeront à cette Conférence ministérielle à Accra.

Lors de cet événement, les États membres sont invités à concrétiser leur engagement en faveur du maintien de la paix en annonçant de nouvelles contributions pour répondre aux besoins actuels et futurs de nos opérations, ainsi que de nouveaux partenariats, ou partenariats élargis, en matière de renforcement des capacités, de formation et d’équipement.

Pour atteindre l’objectif principal du maintien de la paix des Nations unies, il est essentiel que les États membres fournissent un soutien politique plus fort et uni à nos efforts qui visent à soutenir les parties aux conflits à trouver des solutions politiques. Cet objectif est conforme au Nouvel Agenda pour la paix du Secrétaire général António Guterres, qui fournit une évaluation lucide des défis auxquels est confronté le système de sécurité collective, et propose aux États membres des orientations et des actions en prévision du Sommet pour l’avenir qui se tiendra l’année prochaine. Ces défis complexes en matière de paix et de sécurité exigent de l’ONU qu’elle soit en mesure de mettre en place des réponses opérationnelles adaptées aux besoins et de soutenir d’autres acteurs, tels que l’Union africaine, dans cette démarche.

La Conférence ministérielle de cette année à Accra vise à renforcer l’instrument des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Plus spécifiquement, elle se concentrera sur le renforcement de la protection des civils, une tâche prioritaire dans la plupart des missions de maintien de la paix. Nous devons également continuer à améliorer la sûreté et la sécurité des Casques bleus, qui sont de plus en plus la cible de menaces et de violences. Il est également nécessaire de s’assurer que la santé mentale, et la fourniture de soins adéquats dans ce domaine, soit dûment prise en compte. En partenariat avec les États membres, il faut également en faire davantage pour lutter contre les cas d’inconduites, tels que l’exploitation et les agressions sexuelles, et pour venir en aide aux victimes.

Une paix durable n’est possible que si tous les membres de la communauté font partie de la solution, notamment en veillant à ce que davantage de femmes soient impliquées dans les processus politiques et déployées dans nos missions. Le Ghana en est un bon exemple, car il déploie un nombre important de femmes au sein des opérations de maintien de la paix, à tous les niveaux et dans tous les rôles. Parmi elles se trouve la capitaine ghanéenne Cecilia Erzuah, qui a remporté cette année le prix militaire de l’ONU pour Défense de l’égalité des genres pour son travail au sein de la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei en faveur du renforcement des efforts de protection des civils.

La capitaine Erzuah fait partie des plus de deux millions de Casques bleus militaires, policiers et civils qui, au cours des 75 dernières années, ont sauvé d’innombrables vies, empêché des conflits et soutenu des processus politiques. Nous faisons tout notre possible et nous efforçons toujours de faire mieux, notamment pour perpétuer l’héritage des 4.200 Casques bleus qui ont perdu la vie au service de la paix.

Au fil des décennies, nous avons appris que, pour que la paix soit durable, elle doit reposer sur des solutions menées au niveau local. On en trouve des preuves dans des pays comme la Namibie, le Cambodge, la Sierra Leone, le Timor-Leste et le Liberia, où les Casques bleus ont travaillé aux côtés d’acteurs politiques, de la société civile, de femmes et de jeunes pour parcourir le chemin difficile qui mène de la guerre à la paix.

Malgré l’impact démontrable du maintien de la paix, cela ne pourra jamais répondre à tous les besoins ni à toutes les attentes. Les conflits de longue date, alimentés par des facteurs géopolitiques et transnationaux complexes, en révèlent les limites. C’est particulièrement le cas lorsque le Conseil de sécurité donne aux missions de maintien de la paix des mandats trop ambitieux sans les ressources ni le soutien politique adéquats.

L’impact terrible des conflits actuels sur les civils est un rappel brutal de l’urgente nécessité des solutions politiques. Même si de nombreuses opérations de maintien de la paix opèrent depuis des décennies, elles sont loin d’être des reliques du passé. La Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban), par exemple, soutient les efforts visant à apaiser les tensions le long de la Ligne bleue entre Israël et le Liban, notamment en assurant la liaison entre les deux parties. Ces opérations jouent un rôle essentiel dans la protection des civils et le maintien des cessez-le-feu pendant que la recherche d’une solution politique de long terme se poursuit. Leur longévité est en fait le signe de l’équation complexe de la paix. Une équation qui nécessite le consentement de toutes les parties concernées, mais aussi un engagement collectif et inébranlable des États membres en faveur du multilatéralisme. Cela demeure nécessaire pour que les opérations de maintien de la paix des Nations unies continuent d’être un instrument essentiel pour la paix. Nous espérons que cet engagement se traduira au Ghana par des annonces de contributions concrètes de la part des États membres. Les communautés que nous servons ne méritent rien de moins.