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«Bejaad, terroir du mysticisme» : un patrimoine pluriséculaire

«Bejaâd, terroir du mysticisme» est un livre essentiel dirigé par Lahcen Haddad et Saâd Hossini. Paru aux éditions Axions communication, cet ouvrage donne à lire vingt auteurs éminents qui explorent les multiples facettes de cette cité ancienne, dévoilant son histoire, ses spécificités sociales, son patrimoine artistique et ses potentialités économiques. Du vivre ensemble exemplaire à la résistance armée, en passant par la production scientifique et les personnalités notoires, chaque page du livre est un pan nécessaire pour célébrer Bejaâd.

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Chaque ville du Maroc, chaque petite bourgade mériterait un livre comme celui dédié à la ville de Bejaâd, pour raconter son histoire, célébrer son patrimoine et honorer ses hommes et ses femmes. Et c’est de la plus belle manière que «Bejaâd. Terroir du mysticisme» honore cette ville fondée sans muraille, qui porte en son sein les vestiges d’un passé où la foi soufie brillait sur tout le pays.

Considérée comme la capitale de l’islam soufi, Bejaâd a enrichi le Royaume d’un héritage scientifique et religieux inégalé. Les manuscrits précieux conservés dans la bibliothèque nationale du royaume témoignent de l’étendue des connaissances enseignées dans cette ville. De la science du Coran au soufisme en passant par la médecine et la philosophie, Bejaâd était un foyer d’apprentissage et de contemplation, où les esprits curieux pouvaient plonger dans les profondeurs de la connaissance.

La zaouïa Cherkaouia

Au cœur de cette terre d’islam, la zaouïa Cherkaouia a émergé au seizième siècle sous l’égide d’Abou Oubaid Allah Sidi Mohamed Cherki, connu sous le nom de Bouabid Cherki. Depuis lors, cette institution soufie a irradié de savoir et de spiritualité, attirant des étudiants et des érudits de tout le Maroc. Eu égard au charisme, à l’érudition et à la droiture notoire de Sisi Bouabid Cherki, la zaouïa a attiré des milliers de jeunes et de moins jeunes étudiants, ainsi que de simples visiteurs, en quête de savoir, de sagesse et de dévotion. Elle a également servi de refuge pour les intellectuels et les chercheurs, tel que pourrait l’être une université moderne. Sous Cheikh Sidi Mohamed Al-Salih et de ses successeurs, la zaouïa Cherkaouia a abrité un grand nombre de cercles d’étude et de séminaires où étaient enseignées diverses disciplines. De plus, la zaouïa encourageait la publication de livres et de traités religieux et scientifiques. Son influence s’étendait au-delà de Bejaâd, laissant un héritage durable dans l’histoire intellectuelle du Maroc.

Les juifs de Bejaâd

Un chapitre conséquent du livre relate la présence juive dans la ville de Bouabid Cherki. Enracinée depuis des générations dans ses terres, la communauté juive de Bejaâd a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de cette ville. Évoluant en osmose singulière, musulmans et juifs formaient un tissu social et culturel d’une richesse incomparable. Les anciennes synagogues témoignent encore de cette période florissante, où la vie religieuse et communautaire était intense et vibrante.

Mais l’exode brutal au lendemain de l’indépendance a marqué la fin de cette ère. Des centaines de milliers de Juifs marocains ont quitté leurs foyers séculaires pour s’installer en Israël ou ailleurs. Pourtant, malgré cette séparation, le lien indéfectible avec Bejaâd persiste dans le cœur des Juifs ayant quitté la ville. Le retour des pèlerins juifs n’est pas rare vers la terre de leur enfance, où ils sont accueillis comme chez eux.

Musiques du terroir

Dans le chapitre dédié à l’art et au patrimoine, nous découvrons la richesse du patrimoine musical de Bejaâd. Parmi les genres les plus emblématiques figurent sans surprise les chants soufis, imprégnés de spiritualité et de mysticisme. En parallèle, la musique populaire de Bejaâd, également florissante, enrichit des genres tels que la Aïta et Abidat Rma, caractérisé par des rythmes entraînants et des paroles souvent humoristiques.

Quant à la musique juive de Bejaâd, elle mêle les influences séfarades et locales pour créer un style unique et distinctif. Si nous apprécions tous le Chgouri qui anime encore les fêtes et les célébrations, les cantiques religieux et les psaumes sont, quant à eux, interprétés lors des célébrations communautaires juives.
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