Depuis quelques années, un engouement croissant pour l’histoire du Maroc se fait ressentir. Que ce soit dans les médias spécialisés ou dans les réseaux sociaux, les contenus sur l’histoire du Royaume occupent une place grandissante, notamment grâce à l’émergence de formats plus courts, plus attractifs et qui sont susceptibles de créer de l’émotion et du débat.
« L’enseignement de l’histoire par le passé a été caractérisé par un aspect assez institutionnel, linéaire et sec, avec une succession de dates qu’on apprend systématiquement mais qu’on ne comprend pas forcément. Aujourd’hui on redécouvre une histoire beaucoup plus humaine, plus incarnée et narrative. À partir de là, elle devient nue une aventure intellectuelle et émotionnelle... c’est cela qui nous manquait », poursuit-elle. Dans ce grand village qu’est le monde, où l’on se sent parfois perdu, l’histoire joue un rôle de guide précieux, permettant de naviguer à travers les tumultes actuels tout en offrant une perspective enrichie sur notre identité collective.
Pourquoi cet engouement ?
Mouna Hachim estime que lorsque des thématiques telles que l’identité, la mémoire et l’appropriation culturelle reviennent au centre des débats, il est assez normal que cela soit accompagné par un besoin de se réapproprier son histoire. Cet intérêt est d’autant plus important qu’il répond à restituer une histoire simplifiée ou méconnue.« L’enseignement de l’histoire par le passé a été caractérisé par un aspect assez institutionnel, linéaire et sec, avec une succession de dates qu’on apprend systématiquement mais qu’on ne comprend pas forcément. Aujourd’hui on redécouvre une histoire beaucoup plus humaine, plus incarnée et narrative. À partir de là, elle devient nue une aventure intellectuelle et émotionnelle... c’est cela qui nous manquait », poursuit-elle. Dans ce grand village qu’est le monde, où l’on se sent parfois perdu, l’histoire joue un rôle de guide précieux, permettant de naviguer à travers les tumultes actuels tout en offrant une perspective enrichie sur notre identité collective.
Qui a écrit notre histoire ?
L’engouement pour l’histoire est un fait nouveau. D’ailleurs, « par le passé, des intellectuels marocains, tels Larbi Elfassi ou Mohamed Ben Jaafar Kettani, avaient noté le manque d’intérêt de leurs compatriotes pour l’histoire du Maroc. Et pourtant l’historiographie marocaine est l’une des plus riches du monde musulman », rappelle Mouna Hachim. Ces historiographes étaient essentiellement des théologiens et inscrivaient donc l’histoire dans le champ religieux. Il n’est pas étonnant que l’histoire soit étroitement liée à la formation du royaume du Maroc et à l’espace musulman. « Cette historiographie a produit un nombre impressionnant d’ouvrages de différentes catégories : annales dynastiques, monographies régionales, ouvrages biographiques et hagiographiques », énumère Mouna Hachim. À côté de cela, contes, mythes et récits populaires constituent une véritable mine d’informations sur la vie des Marocains à travers les âges.
En parallèle à cette production interne, un regard extérieur a commencé à s’opérer, celui des diplomates et observateurs étrangers, souvent chargé de subjectivité et animé par des convoitises coloniales. Cette subjectivité s’est amplifiée durant la période impérialiste précoloniale, pendant laquelle certains intellectuels ont joué le rôle d’éclaireurs dans l’objectif de connaître la société pour mieux la contrôler. « Cette histoire est souvent fondée sur des antagonismes flagrants et des divisions artificielles arabe-berbère, juif-musulman, bled el-Makhzen–bled es-Siba. Cela dévoile l’idéologie qui se cache derrière », souligne Mouna Hachim. Les Marocains étaient alors privés de l’enseignement de leur propre histoire et devenaient eux-mêmes objet d’étude. Ce n’est pas un hasard si, dès l’avènement de
l’indépendance, un mouvement a veillé à décoloniser l’histoire. C’est ainsi que l’on a vu émerger des figures majeures comme Abdellah Laroui et Germain Ayache, qui ont travaillé à remettre en question l’histoire du Maroc et à préparer le terrain à une exploration plus sociale et humaine de cette histoire.
En parallèle à cette production interne, un regard extérieur a commencé à s’opérer, celui des diplomates et observateurs étrangers, souvent chargé de subjectivité et animé par des convoitises coloniales. Cette subjectivité s’est amplifiée durant la période impérialiste précoloniale, pendant laquelle certains intellectuels ont joué le rôle d’éclaireurs dans l’objectif de connaître la société pour mieux la contrôler. « Cette histoire est souvent fondée sur des antagonismes flagrants et des divisions artificielles arabe-berbère, juif-musulman, bled el-Makhzen–bled es-Siba. Cela dévoile l’idéologie qui se cache derrière », souligne Mouna Hachim. Les Marocains étaient alors privés de l’enseignement de leur propre histoire et devenaient eux-mêmes objet d’étude. Ce n’est pas un hasard si, dès l’avènement de
l’indépendance, un mouvement a veillé à décoloniser l’histoire. C’est ainsi que l’on a vu émerger des figures majeures comme Abdellah Laroui et Germain Ayache, qui ont travaillé à remettre en question l’histoire du Maroc et à préparer le terrain à une exploration plus sociale et humaine de cette histoire.
L’histoire antéislamique
« Le Maroc n’a pas surgi brusquement sur la scène régionale ou internationale au VIIᵉ siècle. Le Maroc n’est pas une ligne droite, c’est une stratification de langues, de mémoires, de routes à la fois spirituelles, intellectuelles et commerciales. Il y a là un vide à combler », s’exclame Mouna Hachim. En effet, du fait de son attachement à la fondation du royaume musulman, l’historiographie marocaine a longtemps fait table rase de l’histoire des anciens royaumes chrétiens ou d’autres obédiences. Et, de par son attachement à l’espace musulman, elle a préféré choisir une période bien précise, qui coïncide avec l’avènement de l’Islam. « Là encore, de manière arbitraire parce qu’on commence avec la dynastie des Idrissides, alors qu’il y a eu des mini-États musulmans, comme l’émirat de Nekor dans le Rif ou la principauté de Beni Medrar à Sijilmassa, plusieurs années avant la fondation même de la ville de Fès », explique l’essayiste.
Le grand perdant reste l’histoire antéislamique, alors qu’elle est essentielle pour mettre en lumière nos ancrages africains et nos interactions méditerranéennes. Dans « Histoires inattendues du Maroc », ouvrage construit sur la base de chroniques thématiques, Mouna Hachim sonde l’histoire depuis les origines, explorant à la fois l’ancrage africain et les interactions avec le monde méditerranéen, grec et romain, ainsi que d’autres royaumes préislamiques. L’ouvrage relate également le passage des religions anciennes : non seulement le christianisme et le judaïsme, mais aussi le zoroastrisme et les religions venues de Perse. « Comment ne pas parler de la religion chrétienne sous sa variante arianiste, qui proclame la transcendance divine absolue et qui permet de comprendre comment une religion comme l’Islam a pu s’implanter avec cette facilité au Maroc ? », interroge l’historienne. Cette omission, selon elle, s’explique par le fait que, dans un souci assimilationniste et pour mettre l’accent sur leur aspect civilisateur, les visions d’Orient ou d’Occident ont préféré focaliser sur les croyances panthéistes et païennes du Royaume.
Le grand perdant reste l’histoire antéislamique, alors qu’elle est essentielle pour mettre en lumière nos ancrages africains et nos interactions méditerranéennes. Dans « Histoires inattendues du Maroc », ouvrage construit sur la base de chroniques thématiques, Mouna Hachim sonde l’histoire depuis les origines, explorant à la fois l’ancrage africain et les interactions avec le monde méditerranéen, grec et romain, ainsi que d’autres royaumes préislamiques. L’ouvrage relate également le passage des religions anciennes : non seulement le christianisme et le judaïsme, mais aussi le zoroastrisme et les religions venues de Perse. « Comment ne pas parler de la religion chrétienne sous sa variante arianiste, qui proclame la transcendance divine absolue et qui permet de comprendre comment une religion comme l’Islam a pu s’implanter avec cette facilité au Maroc ? », interroge l’historienne. Cette omission, selon elle, s’explique par le fait que, dans un souci assimilationniste et pour mettre l’accent sur leur aspect civilisateur, les visions d’Orient ou d’Occident ont préféré focaliser sur les croyances panthéistes et païennes du Royaume.
