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Mardi 28 Avril 2026
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Jidar Street Art Festival : Rabat, un palimpseste de fresques et de regards

Pour sa 11e édition, le Festival Jidar clôt un chapitre décisif dans la métamorphose de Rabat. Avec 15 nouvelles œuvres monumentales, portant la surface peinte à plus de 20.000 m², la capitale s’affirme comme un épicentre du muralisme sur le continent. De l’Agdal à Yacoub El Mansour, cette mue transforme la ville en carrefour des imaginaires, où l’art urbain dialogue avec les racines locales. En onze ans, le Festival a fait de Rabat un livre ouvert, en perpétuelle réécriture, modifiant durablement le paysage et le regard de ses habitants.

Le soleil de ce printemps 2026 ne se contente pas d’éclairer les boulevards de Rabat : il en révèle la transformation. Depuis onze ans, la capitale marocaine s’est engagée dans une expérience esthétique à l’échelle urbaine. Sous les nacelles dominant l’agitation de l’Agdal ou de Yacoub El Mansour, le Festival Jidar – Rabat Street Art Festival vient de clore une édition charnière, transformant une nouvelle fois le béton en récit.

Une géométrie du vertige

Au cœur du quartier de l’Agdal, l’œuvre de l’artiste RDS impose le silence. Face à la maternité, un mur de 40 mètres de haut – une cicatrice de béton de 440 m² – a trouvé sa voix. Là où l’architecture se faisait brute, l’artiste insuffle une poésie minérale : des gris sourds épousant la structure, traversés d’éclats orangés évoquant la rouille. Il ne s’agit plus d’une peinture posée sur une façade, mais d’une forme organique semblant émerger du bâtiment lui-même.



Cette fresque monumentale n’est que la partie visible d’un bilan remarquable. Avec 15 nouvelles œuvres et un mur collectif cette année, le musée à ciel ouvert de Rabat atteint désormais 146 fresques. Au total, plus de 20.000 m² de peinture recouvrent la ville, une stratification artistique qui inscrit Rabat parmi les capitales majeures du Street Art.

Une constellation de regards sur la ville

La force de Jidar réside dans sa capacité à faire de Rabat un carrefour de trajectoires artistiques internationales. Les signatures s’y croisent et dialoguent.

L’Italien Vesod revisite la lanterne marocaine dans le quartier de L’Océan, créant un mirage où la ville semble émerger de l’Atlantique. À Yacoub El Mansour, l’Équatorien Azpeger signe une œuvre humaniste autour de l’égalité. Dans un registre plus onirique, la Chilienne Jumu fait surgir un lion protecteur, entouré de palmiers et de motifs floraux inspirés de la culture visuelle marocaine, à la frontière entre récit intime et mémoire collective.

Cette attention au territoire se prolonge à l’Agdal, où le Catalan Guillem Font s’inspire des fleurs d’oranger et de la présence discrète du lézard pour évoquer une relation sensible au vivant et aux usages du quotidien. En écho, le Marocain Nassim Azarzar développe un langage plastique nourri de l’ornementation des camions de transport, instaurant un dialogue subtil entre culture populaire et abstraction contemporaine.

Cette quête trouve un écho particulier dans l’œuvre du Sud-Africain Keya Tama, qui convoque la sagesse populaire : «Connaître les gens est une richesse» (Ma’rifat en-nas kenz). Sa fresque, faite de mouvements et de motifs céramiques, célèbre le vivre-ensemble. «Le Festival ne se contente pas d’ajouter de la couleur, il transforme notre rapport à l’espace public», confie un habitant du quartier Hassan.

La «pépinière» marocaine

Au-delà de son impact esthétique, Jidar agit comme un véritable incubateur de talents. Le «Mur collectif», devenu une institution du Festival, joue un rôle de laboratoire. «C’est une pépinière», souligne Salah Malouli, directeur artistique de l’événement.

Cette année, parmi les cinq artistes marocains ayant réalisé des fresques monumentales – dont Nassim Azarzar et Rosh – plusieurs ont fait leurs premières armes sur ce mur d’expérimentation. C’est là que s’opère le passage de l’échelle intime à la verticalité monumentale, sous le regard des passants.

Le public ne s’y trompe pas : les visites guidées ont affiché complet tout au long de l’événement. De L’Océan à Yacoub El Mansour, les habitants se sont approprié ce patrimoine en devenir.

En onze éditions, Jidar a réussi son pari le plus audacieux : dépasser le statut d’événement éphémère pour s’ancrer dans l’identité même de Rabat. La ville ne se contente plus d’abriter des murs – elle les fait parler.

Jidar en chiffres :

• Fresques réalisées en 2026 : 15 monumentales et 1 Mur collectif.

• Nombre total de fresques depuis 2015 : 146.

• Surface peinte en 2026 : environ 2.500 m².

• Surface totale peinte depuis la création : plus de 20.000 m².

• Artistes invités depuis 2015 : plus de 250.
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