Qu’il est bon de flâner à Marrakech, le temps d’un long week-end où l’Afrique livre une face apaisée, loin des récits de penalties ratés, d’accusations mutuelles et de frustrations largement médiatisées ! La 1-54 Contemporary African Art Fair prouve que l’art a cela de magique qu’il rétablit les liens entamés par la compétition et le sport, lorsqu’ils perdent le sens du fair-play.
Ici, dans la programmation officielle comme dans le off, le temps est à la rencontre. Pour les galeristes, les chances de séduire de nouveaux collectionneurs se multiplient, tandis que ces derniers trouvent leur compte en examinant de plus près les démarches qui sous-tendent les œuvres. Artistes et curateurs, qu’ils soient participants ou simples visiteurs, déploient leurs plus beaux discours et nouent des contacts, même en l’absence physique de leurs travaux. L’effervescence des lieux d’accueil en marge gagne tout le monde. Mais derrière cette ambiance feutrée et cette énergie sincèrement communicative, des questions de fond se posent.
Du côté des galeries étrangères, des enseignes internationales déjà familières de la Foire, présentes à Marrakech ou dans les éditions de Londres et de New York, côtoient plusieurs galeries qui participent pour la première fois, venues notamment d’Afrique subsaharienne, d’Europe, d’Amérique du Nord et même d’Asie. Marrakech devient alors une plaque tournante des échanges artistiques, où se croisent marchés, réseaux et trajectoires internationales.
Pourtant, les observateurs réguliers soulignent la récurrence des galeries et des artistes représentés. Malgré une tendance au renouvellement et à l’introduction de nouveaux noms, la Foire connaît une domination des artistes connus, installés sur le marché marocain et/ou international et identifiables par les collectionneurs. Ce qui n’a rien de surprenant, puisque dans le monde de l’art, le coût du stand et de la logistique, combiné à la compétitivité ambiante, limite les prises de risque spectaculaires par les galeristes, qui préfèrent miser sur des artistes bancables.
Pour l’anecdote, il y a quelques mois, plusieurs jeunes artistes ont tenté de s’organiser en marge de la Foire, en louant un espace indépendant. Mais le projet n’a pas abouti, car le propriétaire de l’espace se serait «renseigné sur le modèle des galeries établies» et a fini par exiger une commission de 50%, sans offrir ni accompagnement ni garantie de visibilité !
Quant aux institutions solides comme le MACAAL, à Marrakech, la programmation y est excellente. Elle contribue à la reconnaissance de l’art contemporain africain et participe à sa visibilité internationale. Mais les institutions de cet ordre interviennent généralement à un stade avancé du parcours des artistes. C’est alors une logique de légitimation que propose le MACAAL, offrant une forme de reconnaissance à un artiste disposant déjà d’un capital symbolique ou d’un début de marché.
Ceci étant dit, ni les foires ni les institutions n’ont vocation à soutenir l’émergence. Une Foire a pour rôle de rendre visibles et mobiles des œuvres déjà constituées et, en cela, la 1-54 Art Fair s’en acquitte à la perfection. En témoigne cette stimulation notable de la sphère artistique, qui contribue à atténuer la frustration des artistes non intégrés à la programmation. Un autre acteur brille, en revanche, par son absence : l’État et, plus précisément, sa politique culturelle.
Après une première et unique expérience de biennale publique, l’État s’est restreint à des actions événementielles, à forte valeur diplomatique. La participation prochaine à la Biennale de Venise s’inscrit dans cette logique, soulignant clairement une stratégie de vitrine qui ne saurait masquer le désert politique in situ. La rareté des lieux de recherche, l’absence de dispositifs accessibles et de soutien au risque confinent les artistes jeunes, radicaux ou expérimentaux à l’ombre, à moins d’en être extraits par un galeriste suffisamment aventureux.
À cet abandon clair s’ajoute une lourdeur administrative concernant les procédures d’exportation des œuvres marocaines. Le sujet a d’ailleurs fait l’objet d’une table ronde en off de la Foire. Si la soumission à l’autorisation ministérielle est tout à fait compréhensible dans le cas de la vente de tableaux fondateurs de l’art marocain, elle s’avère absurde lorsqu’il s’agit d’artistes vivants émergents en recherche de visibilité internationale. Ces procédures, parfois kafkaïennes, poussent alors un grand nombre d’acteurs à opérer dans l’informel, «fraudant par nécessité» pour survivre et rayonner.
À ce titre, les galeristes, jusqu’à très récemment engagés dans une logique concurrentielle, ont dû s’organiser en association pour réclamer des réformes réglementaires, ce qui en dit long sur l’ampleur du vide institutionnel et de l’immobilisme de l’État. Si la 1-54 apporte un beau souffle au marché et aux carrières déjà bien établies, elle ne peut rien pour les autres. Dès lors, des questions persistent, plus politiques que culturelles : que faire de ceux qui ne sont pas encore rentables ? L’art n’est-il donc qu’une question de flouze ?
Ici, dans la programmation officielle comme dans le off, le temps est à la rencontre. Pour les galeristes, les chances de séduire de nouveaux collectionneurs se multiplient, tandis que ces derniers trouvent leur compte en examinant de plus près les démarches qui sous-tendent les œuvres. Artistes et curateurs, qu’ils soient participants ou simples visiteurs, déploient leurs plus beaux discours et nouent des contacts, même en l’absence physique de leurs travaux. L’effervescence des lieux d’accueil en marge gagne tout le monde. Mais derrière cette ambiance feutrée et cette énergie sincèrement communicative, des questions de fond se posent.
Une redondance involontaire
Pour cette 7ᵉ édition, la Foire réunit vingt-deux galeries, dont plusieurs galeries marocaines, y compris celles basées à Marrakech. C’est par exemple le cas de Loft Art Gallery, de la Galerie 38 et de la MCC Gallery qui multiplient les chances de séduire en s’affirmant à l’intérieur de la Foire comme dans leurs sièges, lors du programme off. C’est également la stratégie de L’Atelier 21 qui, en plus de son stand à la Art Fair, pose bagage au Comptoir des Mines pour une double exposition de qualité.Du côté des galeries étrangères, des enseignes internationales déjà familières de la Foire, présentes à Marrakech ou dans les éditions de Londres et de New York, côtoient plusieurs galeries qui participent pour la première fois, venues notamment d’Afrique subsaharienne, d’Europe, d’Amérique du Nord et même d’Asie. Marrakech devient alors une plaque tournante des échanges artistiques, où se croisent marchés, réseaux et trajectoires internationales.
Pourtant, les observateurs réguliers soulignent la récurrence des galeries et des artistes représentés. Malgré une tendance au renouvellement et à l’introduction de nouveaux noms, la Foire connaît une domination des artistes connus, installés sur le marché marocain et/ou international et identifiables par les collectionneurs. Ce qui n’a rien de surprenant, puisque dans le monde de l’art, le coût du stand et de la logistique, combiné à la compétitivité ambiante, limite les prises de risque spectaculaires par les galeristes, qui préfèrent miser sur des artistes bancables.
L’émergence en marge
Mais dans cette logique, les propositions expérimentales, en construction ou sans appui ne trouvent pas de place dans un dispositif pensé pour la vente et la rentabilité immédiate. En effet, les artistes marocains, sans galerie ou sans cote constituée, apparaissent rarement au cœur de la Foire. Lorsqu’ils sont présents, c’est souvent en visiteurs ou alors de manière périphérique, portés par des galeries à faible potentiel ou des initiatives parallèles, qui, d’ailleurs, se font plus rares.Pour l’anecdote, il y a quelques mois, plusieurs jeunes artistes ont tenté de s’organiser en marge de la Foire, en louant un espace indépendant. Mais le projet n’a pas abouti, car le propriétaire de l’espace se serait «renseigné sur le modèle des galeries établies» et a fini par exiger une commission de 50%, sans offrir ni accompagnement ni garantie de visibilité !
Quant aux institutions solides comme le MACAAL, à Marrakech, la programmation y est excellente. Elle contribue à la reconnaissance de l’art contemporain africain et participe à sa visibilité internationale. Mais les institutions de cet ordre interviennent généralement à un stade avancé du parcours des artistes. C’est alors une logique de légitimation que propose le MACAAL, offrant une forme de reconnaissance à un artiste disposant déjà d’un capital symbolique ou d’un début de marché.
Ceci étant dit, ni les foires ni les institutions n’ont vocation à soutenir l’émergence. Une Foire a pour rôle de rendre visibles et mobiles des œuvres déjà constituées et, en cela, la 1-54 Art Fair s’en acquitte à la perfection. En témoigne cette stimulation notable de la sphère artistique, qui contribue à atténuer la frustration des artistes non intégrés à la programmation. Un autre acteur brille, en revanche, par son absence : l’État et, plus précisément, sa politique culturelle.
L’État, abonné absent ?
Et si l’on disait les choses sans détour ? En refusant d’assumer sa responsabilité culturelle, l’État sacrifie l’art au marché ! Car en l’absence d’une politique publique affirmée de soutien à la recherche, à l’expérimentation et à la création, le marché devient l’unique juge de la valeur artistique, ce qui constitue une aberration subordonnant l’art à la seule logique du profit d’un tiers.Après une première et unique expérience de biennale publique, l’État s’est restreint à des actions événementielles, à forte valeur diplomatique. La participation prochaine à la Biennale de Venise s’inscrit dans cette logique, soulignant clairement une stratégie de vitrine qui ne saurait masquer le désert politique in situ. La rareté des lieux de recherche, l’absence de dispositifs accessibles et de soutien au risque confinent les artistes jeunes, radicaux ou expérimentaux à l’ombre, à moins d’en être extraits par un galeriste suffisamment aventureux.
À cet abandon clair s’ajoute une lourdeur administrative concernant les procédures d’exportation des œuvres marocaines. Le sujet a d’ailleurs fait l’objet d’une table ronde en off de la Foire. Si la soumission à l’autorisation ministérielle est tout à fait compréhensible dans le cas de la vente de tableaux fondateurs de l’art marocain, elle s’avère absurde lorsqu’il s’agit d’artistes vivants émergents en recherche de visibilité internationale. Ces procédures, parfois kafkaïennes, poussent alors un grand nombre d’acteurs à opérer dans l’informel, «fraudant par nécessité» pour survivre et rayonner.
À ce titre, les galeristes, jusqu’à très récemment engagés dans une logique concurrentielle, ont dû s’organiser en association pour réclamer des réformes réglementaires, ce qui en dit long sur l’ampleur du vide institutionnel et de l’immobilisme de l’État. Si la 1-54 apporte un beau souffle au marché et aux carrières déjà bien établies, elle ne peut rien pour les autres. Dès lors, des questions persistent, plus politiques que culturelles : que faire de ceux qui ne sont pas encore rentables ? L’art n’est-il donc qu’une question de flouze ?
