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Le non-désir d’enfants avec Sanaa Elaji Elhanafi

Invitée dans l’émission «De choses et d’autres», Sanaa Elaji Elhanafi, sociologue, écrivaine et directrice de la publication «Marayana», a abordé un sujet sensible et souvent tabou : le non-désir d’enfants chez les Marocains. Pression sociale, jugements de valeur, adoption, couple... sont autant de sujets traités dans cet épisode.

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Faire des enfants semble une évidence pour la majorité. Pourtant, dans le monde, de plus en plus de voix s’élèvent pour mettre fin à cette injonction sociale et lever la pression qui pèse sur une population qui ne désire pas procréer. Pour en savoir plus sur ce phénomène au Maroc, «De choses et d’autres» a reçu Sanaa Elaji Elhanafi, écrivaine, sociologue et directrice de la publication «Marayana».

L’un des premiers sujets débattus a été celui de savoir si la maternité était un instinct et pourquoi la paternité n’était pas considérée de la même manière. Selon Sanaa Elaji Elhanafi, cette disparité reflète les normes de genre prédominantes dans la société, où les rôles et les attentes envers les hommes et les femmes sont différenciés. «Dans “L’amour en plus”, l’écrivaine, philosophe et historienne Élisabeth Badinter avait travaillé sur les conceptions de la maternité sur une période de quatre siècles (du XVIIe au XXe siècle) et avait démontré que le rapport à la maternité changeait en fonction de l’époque, mais aussi de la région géographique», explique-t-elle pour rejeter la notion d’instinct maternel, concept qui diminue la paternité et prive le père d’une relation affective, tout aussi forte que celle de la mère, avec ses enfants.

Une liberté individuelle

Les anti-natalistes, eux, remettent en question la légitimité de la procréation et défendent l’idée qu’avoir des enfants n’est pas forcément bénéfique, tant pour les individus que pour la planète. «Pour certains, ce choix découle de raisons écologiques : du manque de ressources, de la pollution et de la pénurie d’eau, etc. Pour d’autres, c’est lié à des traumatismes d’enfances et le refus de reproduire les mêmes schémas vécus. Mais pour une autre catégorie, il n’y a tout simplement pas d’envie de faire des enfants», détaille Elaji. Cependant, bien que l’on ne dispose pas de chiffres sur cette population au Maroc, dans une société où la famille est souvent considérée comme sacrée, les anti-natalistes peuvent être mal compris, voire stigmatisés. «La pression est terrible sur les gens qui ne désirent pas d’enfants, surtout s’ils sont mariés», déplore la sociologue en pointant le non-respect de la liberté et de la différence au sein de la société marocaine. En effet, les normes sociales strictes et les attentes rigides quant au rôle des individus dans la société limitent souvent la liberté individuelle et découragent la remise en question des schémas traditionnels. Cela crée un environnement peu propice à l’acceptation des choix de vie alternatifs, tels que le choix de ne pas avoir d’enfants. «Le jour où l’on saisira que chacun est libre de vivre sa différence, tant qu’il n’entrave pas la nôtre, beaucoup de choses changeront pour le mieux dans notre société».

La famille autrement

Autre sujet évoqué dans «De choses et d’autres» : la question de l’adoption choisie par certains individus qui ne désirent pas avoir des enfants biologiques. Sanaa Elaji Elhanafi souligne que même cette option est souvent mal perçue par la société, car de nombreux parents conçoivent mal l’idée d’adopter un enfant plutôt que d’en avoir un de leur sang. Elle souligne par ailleurs que l’adoption est, selon elle, la forme la plus pure et la plus altruiste de parentalité, car elle sauve un être vivant qui existe déjà, en lui offrant un foyer dont il a vraiment besoin.

Quant au couple sans enfants qui doit affronter les présomptions de non-viabilité aux yeux de la majorité, Sanaa Elaji estime que cette perception reflète les normes sociales profondément enracinées qui valorisent la parentalité comme seule voie possible vers la formation d’une famille. «Or un couple qui fait des enfants pour se consolider, les fait pour les mauvaises raisons et commet un crime vis-à-vis de ces enfants qui endossent la responsabilité d’une relation dysfonctionnelle», tranche la sociologue. Et d’ajouter : «Pour qu’un couple dure, il faut de l’amour, du respecte l’autre et de son espace vital et de l’amitié. Si ces ingrédients n’existent pas, les partenaires se font du tort et nuisent à leurs enfants».
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