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Lundi 30 Mars 2026
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«Les battements d’ailes des crocodiles» : une exposition de Natalia Manta et Poes à Marrakech

À la Fondation Montresso, l’exposition «Les battements d’ailes des crocodiles» réunit, du 10 avril au 18 juillet 2026, deux artistes aux imaginaires convergents. Entre «L’Odyssée» et «Les Mille et Une Nuits», leur dialogue donne naissance à une fiction visuelle où se croisent mémoire, narration et formes hybrides.

Il arrive que certaines rencontres artistiques relèvent de l’évidence. Non pas d’un heureux hasard, mais d’une convergence presque naturelle des sensibilités. L’exposition «Les battements d’ailes des crocodiles», présentée à la Galerie des résidents de la Fondation Montresso à Marrakech, s’inscrit précisément dans cette alchimie rare : celle qui unit, le temps d’une création commune, deux artistes que tout semble rapprocher, Natalia Manta et Poes.

Ouverte au public du 10 avril au 18 juillet 2026, après des journées portes ouvertes organisées du 17 mars au 18 avril, l’exposition déploie un univers où les récits anciens trouvent une résonance contemporaine. Tous deux nourris par une fascination pour les mythologies et les détours de l’imaginaire, les artistes puisent dans un même terreau : celui de l’enfance, du conte et de la transmission orale.



Leur travail se situe à la croisée des histoires qui voyagent, se transforment et se réinventent. De cette matière vivante naît une œuvre hybride, où se mêlent avec fluidité les références à l’Antiquité méditerranéenne et aux grands récits orientaux. L’exposition tisse ainsi un dialogue inattendu entre deux figures emblématiques : «Ulysse», héros errant de l’«Odyssée», et «Shéhérazade», conteuse infinie des «Mille et Une Nuits».

D’un côté, le voyage initiatique, ponctué d’épreuves et de métamorphoses ; de l’autre, la narration suspendue, renouvelée nuit après nuit pour conjurer la mort. Entre ces deux pôles, Manta et Poes inventent un territoire imaginaire fait de glissements, d’échos et de correspondances.

Cette géographie fictive s’est construite au fil de leurs résidences à Jardin Rouge, à Marrakech. Pendant plus d’une année, les artistes ont élaboré un langage commun mêlant la céramique à la peinture, le volume à la ligne, la matière à la narration. Le résultat évoque une vaste bibliothèque secrète : chaque œuvre semble ouvrir un tiroir, révélant un fragment d’histoire peuplé de chimères, de héros et d’ornements.

Chez Natalia Manta, la sculpture agit comme un portail entre les mondes. Formée à Athènes, l’artiste explore les tensions entre archéologie et imaginaire, convoquant des formes à la fois archaïques et contemporaines. Influencée par la pensée de Carl Gustav Jung, elle interroge les strates invisibles de la conscience collective et les liens profonds entre les civilisations. Face à ces volumes chargés de mémoire, les peintures de Poes déploient une narration graphique libre et ludique. Ancien graffeur, l’artiste compose des images à plusieurs niveaux de lecture, nourries de mythologies mésopotamiennes, d’iconographie médiévale ou encore de l’esthétique de la bande dessinée. Son univers, anachronique et teinté d’ironie, détourne les récits avec une légèreté assumée.

Ensemble, ils construisent une fiction en mouvement, où l’humour et l’imagination deviennent des outils de réappropriation des mythes. Loin de toute reconstitution, leur démarche propose une relecture sensible des héritages culturels.

À Marrakech, «Les battements d’ailes des crocodiles» offre ainsi une traversée singulière : un voyage entre les époques, les cultures et les formes, où l’art devient un espace de circulation et de réinvention du monde.
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