Sur 27 ans (1995-2021), le bassin du Souss-Massa a connu un double mouvement : un climat qui se dégrade et une agriculture qui se réorganise autour de l’élevage laitier et de la viande rouge. C’est ce que révèle une étude scientifique réalisée par Maryame El-Yazidi et onze autres chercheurs issus de plusieurs établissements universitaires marocains. Intitulée «L’illusion spectrale de la santé des cultures : évaluer le coût pour les eaux souterraines de l’inadaptation agricole dans le bassin du Souss-Massa (Maroc)», l’étude croise les dynamiques de végétation et les évolutions hydroclimatiques dans l’un des bassins agricoles les plus stratégiques du Royaume.
Côté climat, les précipitations baissent dans les cinq stations étudiées, de 1,11 mm par an à Tamri jusqu’à 2,64 mm par an à Agadir, mais aucune de ces tendances n’est statistiquement significative. Les auteurs y voient une sécheresse faite d’irrégularités plutôt qu’une pente régulière. Le réchauffement, lui, est établi : la température moyenne progresse de 0,024 °C par an à Agadir à 0,116 °C par an à Ouijjane, de façon significative dans quatre stations sur cinq. Cette contrainte a rebattu les cartes des cultures. Les céréales pluviales (Bour) s’effondrent : la production de blé tendre est passée de 205.623 tonnes en 1995-1996 à 13.960 tonnes en 2020-2021, soit 93% de moins. Les céréales irriguées reculent pour une autre raison. Leur production suit étroitement les surfaces, avec une corrélation de 0,91 à 0,94, ce qui, selon les auteurs, traduit un arbitrage délibéré des agriculteurs, qui réaffectent une eau rare et chère vers des cultures plus rentables. Ces cultures sont les fourrages. La production fourragère du bassin est passée d’environ 200.000 tonnes à plus d’un million de tonnes, portée par le berseem et le maïs fourrager, tandis que la luzerne recule légèrement.
L’essor de l’élevage, qui représente 28% de la production agricole régionale, fait de cette filière le moteur de la valeur ajoutée du bassin. Le prix à payer se lit dans les nappes. Les aquifères du Souss, de Tiznit et de Chtouka subissent un «effet de ciseaux» : des apports naturels en baisse et des prélèvements en hausse. Dans le Souss, le déficit annuel atteint entre 300 et 370 millions de mètres cubes dans les dernières années de l’étude. Dans la nappe de Chtouka, il passe de 10 millions de mètres cubes par an en 1995 à 85 millions en 2018. Les auteurs parlent de trajectoire de déplétion potentiellement irréversible. La conclusion la plus singulière concerne l’image satellite. L’indice de stress hydrique des cultures (CWSI) monte jusqu’à 0,61 en 2010 avant de retomber à 0,56 en 2020, ce qui suggère une amélioration de la santé des cultures malgré la persistance de la sécheresse. Pour les auteurs, cette amélioration n’est pas climatique : elle reflète l’intensification de l’irrigation, alimentée par les eaux souterraines. D’où le titre de l’étude qui parle d’«illusion spectrale». Les auteurs en tirent cinq recommandations : un contrôle strict des pompages, adossé à des quotas liés à la recharge réelle et à des compteurs intelligents sur les puits ; une révision des subventions, à dissocier des cultures très gourmandes en eau comme la luzerne ; une planification agro-climatique de l’usage des sols ; le recours aux eaux non conventionnelles, eaux usées traitées et dessalement ; et une stratégie de résilience de long terme.
Côté climat, les précipitations baissent dans les cinq stations étudiées, de 1,11 mm par an à Tamri jusqu’à 2,64 mm par an à Agadir, mais aucune de ces tendances n’est statistiquement significative. Les auteurs y voient une sécheresse faite d’irrégularités plutôt qu’une pente régulière. Le réchauffement, lui, est établi : la température moyenne progresse de 0,024 °C par an à Agadir à 0,116 °C par an à Ouijjane, de façon significative dans quatre stations sur cinq. Cette contrainte a rebattu les cartes des cultures. Les céréales pluviales (Bour) s’effondrent : la production de blé tendre est passée de 205.623 tonnes en 1995-1996 à 13.960 tonnes en 2020-2021, soit 93% de moins. Les céréales irriguées reculent pour une autre raison. Leur production suit étroitement les surfaces, avec une corrélation de 0,91 à 0,94, ce qui, selon les auteurs, traduit un arbitrage délibéré des agriculteurs, qui réaffectent une eau rare et chère vers des cultures plus rentables. Ces cultures sont les fourrages. La production fourragère du bassin est passée d’environ 200.000 tonnes à plus d’un million de tonnes, portée par le berseem et le maïs fourrager, tandis que la luzerne recule légèrement.
L’essor de l’élevage, qui représente 28% de la production agricole régionale, fait de cette filière le moteur de la valeur ajoutée du bassin. Le prix à payer se lit dans les nappes. Les aquifères du Souss, de Tiznit et de Chtouka subissent un «effet de ciseaux» : des apports naturels en baisse et des prélèvements en hausse. Dans le Souss, le déficit annuel atteint entre 300 et 370 millions de mètres cubes dans les dernières années de l’étude. Dans la nappe de Chtouka, il passe de 10 millions de mètres cubes par an en 1995 à 85 millions en 2018. Les auteurs parlent de trajectoire de déplétion potentiellement irréversible. La conclusion la plus singulière concerne l’image satellite. L’indice de stress hydrique des cultures (CWSI) monte jusqu’à 0,61 en 2010 avant de retomber à 0,56 en 2020, ce qui suggère une amélioration de la santé des cultures malgré la persistance de la sécheresse. Pour les auteurs, cette amélioration n’est pas climatique : elle reflète l’intensification de l’irrigation, alimentée par les eaux souterraines. D’où le titre de l’étude qui parle d’«illusion spectrale». Les auteurs en tirent cinq recommandations : un contrôle strict des pompages, adossé à des quotas liés à la recharge réelle et à des compteurs intelligents sur les puits ; une révision des subventions, à dissocier des cultures très gourmandes en eau comme la luzerne ; une planification agro-climatique de l’usage des sols ; le recours aux eaux non conventionnelles, eaux usées traitées et dessalement ; et une stratégie de résilience de long terme.
