Le Matin : L'OCDE vient de publier, en ce mois de juin 2026, le premier numéro de ses Perspectives économiques pour l'année, le volume 2026/1, numéro 119, sous le titre «Sous pression». Quelle lecture globale faites-vous de ce rapport, et qu'est-ce qui fait sa singularité par rapport aux éditions précédentes ?
L'OCDE place le Maroc parmi les économies dont l'énergie consommée est majoritairement importée (90%). Le rapport prévoit une inflation à 3,2% en 2026 et un déficit courant à 3,1% du PIB. Quelles réformes structurelles le Maroc doit-il engager pour réduire cette dépendance énergétique, et à quel horizon ?
Le rapport salue la réduction du déficit budgétaire (3% du PIB en 2026-2027) grâce aux réformes fiscales, mais note le rétablissement des aides au transport sans aides directes aux ménages. Cet équilibre entre consolidation budgétaire et protection sociale est-il soutenable, et les réformes fiscales répondent-elles aux inégalités ?
L'OCDE avertit que, malgré le renforcement du cadre institutionnel, la corruption perçue reste élevée dans les marchés publics, et recommande de renforcer la concurrence pour stimuler la productivité. Ces deux leviers sont-ils activement saisis, et quelle traduction institutionnelle et législative attendre à court terme ?
Ahmed Khalid Benomar : Pour répondre à cette question, il convient de rappeler d'abord ce qu'est ce rapport dans son architecture même : il est consacré aux perspectives économiques mondiales et s'accompagne d'une analyse détaillée d'un certain nombre d'économies, les pays membres de l'OCDE, mais aussi quelques grandes économies mondiales. Je rappelle à ce propos que le Maroc, depuis l'accord signé en 2019 avec l'OCDE et reconduit en 2024, accord signé par le Chef du gouvernement et le Secrétaire général de l'Organisation, dispose d'un bureau économique au sein de l'OCDE, à l'instar des pays membres. Ce bureau lui permet aujourd'hui d'être analysé et suivi par l'Organisation, et donc de figurer dans ces perspectives économiques au même titre que les économies avancées.
Sur le fond, la lecture globale de ce rapport nous dit une chose essentielle : le monde traverse une période de changement continu dans un contexte de crises aiguës successives. L'exercice habituel de prospective est devenu extrêmement complexe. Les trajectoires économiques ne se mesurent plus seulement à l'aune de cycles semestriels ou trimestriels, elles peuvent désormais se modifier d'une semaine à l'autre. C'est là, à mon sens, l'enseignement le plus important que l'on peut tirer de cet exercice.
Sur le fond, la lecture globale de ce rapport nous dit une chose essentielle : le monde traverse une période de changement continu dans un contexte de crises aiguës successives. L'exercice habituel de prospective est devenu extrêmement complexe. Les trajectoires économiques ne se mesurent plus seulement à l'aune de cycles semestriels ou trimestriels, elles peuvent désormais se modifier d'une semaine à l'autre. C'est là, à mon sens, l'enseignement le plus important que l'on peut tirer de cet exercice.
L'OCDE place le Maroc parmi les économies dont l'énergie consommée est majoritairement importée (90%). Le rapport prévoit une inflation à 3,2% en 2026 et un déficit courant à 3,1% du PIB. Quelles réformes structurelles le Maroc doit-il engager pour réduire cette dépendance énergétique, et à quel horizon ?
Je pense qu’il faut à ce titre bien lire la fiche-pays que l'OCDE consacre au Maroc. Cette fiche dresse le portrait d'un pays résilient (Dieu merci) et d'une économie en croissance solide et soutenue. Selon les projections de l'organisation, la croissance atteindrait 5% en 2026, avec un bon dynamisme qui se maintient en 2027, sachant que les derniers chiffres actualisés font état d'une progression de 4,4% en 2024 et de 4,9% en 2025.
Sur le front de l'inflation également, l'indice des prix à la consommation s'est maintenu en dessous de 2% ces dernières années pour le Maroc, ce qui témoigne de l'efficacité de la politique macroéconomique conduite par le Royaume et des mesures ciblées mises en place pour contenir les pressions sur les prix et limiter les effets de l'inflation. Les chocs conjoncturels peuvent certes impacter l'inflation, comme le montre le rebond attendu en 2026 sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie, mais les mesures fortes et ciblées engagées par le Royaume, et saluées par l'Organisation, permettent d'en amortir largement les effets et d'éviter que ces chocs ne s'installent durablement.
Sur la question des dépenses énergétiques, il faut rappeler que le Maroc bénéficie d'une vision Royale stratégique dans ce domaine. Le mix électrique national a franchi la barre des 40% en termes de capacité renouvelable et devrait très prochainement atteindre des taux qui vont franchir les 50% inchallah. Certes, une dépendance aux hydrocarbures importés subsiste et pèse sur la facture énergétique du pays, mais le Maroc fait aujourd'hui figure d'exemple dans la transition verte, dans le cadre d'une vision Royale stratégique mise en œuvre depuis plus de deux décennies. Ces efforts sont d'ailleurs largement salués par les rapports de diverses organisations, dont l'OCDE.
L'OCDE relève des taux de chômage préoccupants : 37,2% chez les jeunes et 20,5% chez les femmes, et recommande plus de flexibilité, l'élargissement des services de garde et le renforcement de la formation. Comment concilier ces réformes avec les équilibres sociaux ?
Sur le front de l'inflation également, l'indice des prix à la consommation s'est maintenu en dessous de 2% ces dernières années pour le Maroc, ce qui témoigne de l'efficacité de la politique macroéconomique conduite par le Royaume et des mesures ciblées mises en place pour contenir les pressions sur les prix et limiter les effets de l'inflation. Les chocs conjoncturels peuvent certes impacter l'inflation, comme le montre le rebond attendu en 2026 sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie, mais les mesures fortes et ciblées engagées par le Royaume, et saluées par l'Organisation, permettent d'en amortir largement les effets et d'éviter que ces chocs ne s'installent durablement.
Sur la question des dépenses énergétiques, il faut rappeler que le Maroc bénéficie d'une vision Royale stratégique dans ce domaine. Le mix électrique national a franchi la barre des 40% en termes de capacité renouvelable et devrait très prochainement atteindre des taux qui vont franchir les 50% inchallah. Certes, une dépendance aux hydrocarbures importés subsiste et pèse sur la facture énergétique du pays, mais le Maroc fait aujourd'hui figure d'exemple dans la transition verte, dans le cadre d'une vision Royale stratégique mise en œuvre depuis plus de deux décennies. Ces efforts sont d'ailleurs largement salués par les rapports de diverses organisations, dont l'OCDE.
L'OCDE relève des taux de chômage préoccupants : 37,2% chez les jeunes et 20,5% chez les femmes, et recommande plus de flexibilité, l'élargissement des services de garde et le renforcement de la formation. Comment concilier ces réformes avec les équilibres sociaux ?
Il faut d'abord rappeler que le rapport lui-même pointe une amélioration de la situation de l'emploi au Maroc. Le chômage a commencé à reculer, et l'économie nationale a généré quelque 193.000 emplois en 2025, ce qui constitue un signal encourageant. Sur la question du chômage des jeunes, je pense que la réponse ne peut être que systémique. Elle s'inscrit dans le cadre du nouveau modèle de développement, qui pose clairement que la création d'emplois pour les jeunes ne peut être dissociée de dimensions indissociables : un développement économique porteur d'opportunités réelles, un investissement soutenu dans le capital humain et une politique volontariste d'inclusion sociale. C'est ce triptyque qu'il faut explorer et approfondir pour apporter une réponse structurelle et durable à ce défi.
Ce qui est tout aussi important, c'est la nécessité de se préparer aux grandes transitions qui s'accélèrent à une vitesse sans précédent : la transition digitale, la transition verte et, surtout, l'intelligence artificielle. Sur ces trois fronts, le Maroc est en train de fournir un travail de fond qui lui permet de se positionner en amont, et non de subir ces mutations une fois qu'elles se sont imposées.
Ce qui est tout aussi important, c'est la nécessité de se préparer aux grandes transitions qui s'accélèrent à une vitesse sans précédent : la transition digitale, la transition verte et, surtout, l'intelligence artificielle. Sur ces trois fronts, le Maroc est en train de fournir un travail de fond qui lui permet de se positionner en amont, et non de subir ces mutations une fois qu'elles se sont imposées.
Le rapport salue la réduction du déficit budgétaire (3% du PIB en 2026-2027) grâce aux réformes fiscales, mais note le rétablissement des aides au transport sans aides directes aux ménages. Cet équilibre entre consolidation budgétaire et protection sociale est-il soutenable, et les réformes fiscales répondent-elles aux inégalités ?
Ce que le rapport montre ici, c'est que le Maroc est cité non seulement pour la trajectoire de ses finances publiques, mais surtout pour son positionnement en matière d'équilibre entre consolidation budgétaire et protection sociale. Sans prétendre à une réussite totale, que personne ne pourrait revendiquer, le Maroc apparaît dans ce rapport comme un modèle qui a fait des choix astucieux. Plutôt que d'opter pour des aides non ciblées en réponse à la fermeture du détroit d’Ormuz en 2026, le Royaume a choisi de cibler son soutien sur le secteur des transports, publics et de marchandises, et le maintien des prix de l’électricité, qui constituent des vecteurs de contagion inflationniste qu'il convient de neutraliser en priorité. Par rapport à beaucoup d'autres économies comparables, cette approche ciblée et graduée tranche favorablement et place le Maroc parmi les économies émergentes les mieux positionnées dans la gestion de ce type de choc.
L'OCDE avertit que, malgré le renforcement du cadre institutionnel, la corruption perçue reste élevée dans les marchés publics, et recommande de renforcer la concurrence pour stimuler la productivité. Ces deux leviers sont-ils activement saisis, et quelle traduction institutionnelle et législative attendre à court terme ?
Il faut rappeler à ce sujet qu'il existe des instances constitutionnelles qui supervisent ces deux domaines, que des plans d'action ambitieux sont en cours de déploiement, et que des avancées concrètes ont été enregistrées récemment, comme en témoignent les améliorations du Maroc dans les classements internationaux sur la période récente. Et surtout, l'une des réponses structurelles les plus déterminantes est la digitalisation intelligente, transparente et proactive, une digitalisation vraiment profonde. Sur la question des marchés publics par exemple, l'OCDE elle-même souligne dans ses rapports que le Maroc dispose du système le plus efficace et le plus avancé en matière de réforme dans la région MENA.
Il y a, certes, une question de perception qui demeure, mais les réformes de digitalisation permettent précisément d'y apporter une réponse concrète. Ce sont d'ailleurs des préoccupations partagées par tous les pays aux économies comparables : pour franchir le stade de l'émergence et accéder au niveau des pays développés, la consolidation dans ces domaines est une condition véritablement nécessaire.
Il y a, certes, une question de perception qui demeure, mais les réformes de digitalisation permettent précisément d'y apporter une réponse concrète. Ce sont d'ailleurs des préoccupations partagées par tous les pays aux économies comparables : pour franchir le stade de l'émergence et accéder au niveau des pays développés, la consolidation dans ces domaines est une condition véritablement nécessaire.
