Menu
Search
Samedi 24 Octobre 2026
S'abonner
close

Barrages, dessalement, autoroutes de l’eau : ce que prévoit le PLF 2027

Le Maroc entend accélérer ses investissements dans les infrastructures hydrauliques pour renforcer sa souveraineté en eau. Le Projet de loi de finances 2027 prévoit la poursuite de 14 grands barrages, le lancement de nouveaux ouvrages, la mise en service de plusieurs stations de dessalement et le développement des interconnexions entre bassins. Objectif : porter la capacité nationale de stockage à plus de 24 milliards de mètres cubes dès fin 2027 et produire plus de 1,8 milliard de mètres cubes d'eau dessalée par an à l'horizon 2031.

No Image
La sécurité hydrique figure parmi les priorités stratégiques du Projet de loi de finances (PLF) 2027. Face aux effets des sécheresses successives et à l'augmentation des besoins en eau potable, agricole et industrielle, le gouvernement entend accélérer la réalisation des infrastructures hydrauliques, diversifier les sources d'approvisionnement et améliorer la gestion des ressources disponibles.

Selon la Note de présentation du PLF 2027, cette stratégie repose sur trois leviers complémentaires : le renforcement de l'offre en eau à travers les barrages et le dessalement, l'amélioration de l'efficacité des réseaux et de l'irrigation, ainsi que la préservation des ressources souterraines.

Barrages : une capacité nationale de plus de 24 milliards de m³ fin 2027

Le gouvernement prévoit de poursuivre en 2027 les travaux de 14 grands barrages actuellement en construction, avec l'objectif de porter la capacité nationale de stockage à plus de 24 milliards de mètres cubes à la fin de l'année. Le programme prévoit également le lancement de la construction d'un nouveau grand barrage et la surélévation d'un autre ouvrage, afin d'augmenter les capacités de mobilisation des eaux de surface. Ces projets s'inscrivent dans la continuité du Programme national pour l'approvisionnement en eau potable et l'irrigation 2020-2027. Depuis 2020, huit grands barrages ont été achevés, représentant une capacité supplémentaire de 1,89 milliard de mètres cubes. Il s'agit des barrages Kaddoussa, Tiddas, Toudgha, Agdez, Fask, Koudiat Borna, M'dez et Rhiss.

Cinq autres grands barrages ont fait l'objet d'une mise en eau anticipée, pour une capacité cumulée de 746 millions de mètres cubes : Sakia El Hamra à Laâyoune, Aït Ziat à Al Haouz, Sidi Abbou à Taounate, Béni Azimane à Driouch et Tamri à Agadir.

Parallèlement, le gouvernement poursuivra le programme de 155 petits barrages et barrages collinaires, dont 24 sont déjà achevés et 32 en cours de réalisation. Ces ouvrages doivent notamment renforcer l'approvisionnement local, soutenir les activités agricoles et améliorer la résilience des territoires ruraux.

Dessalement : plusieurs stations mises en service en 2027

Le dessalement de l'eau de mer constitue le deuxième pilier de la stratégie hydrique nationale. Après la réalisation des stations d'Agadir, du Jorf et de Safi, le gouvernement prévoit de franchir une nouvelle étape en 2027.

Trois projets figurent parmi les priorités immédiates : la mise en service de la station de Dakhla, l'extension de celle de Safi pour alimenter Marrakech et l'entrée en exploitation de la première phase de la station du Grand Casablanca. Ces infrastructures doivent contribuer à sécuriser l'approvisionnement en eau potable des grandes agglomérations et à réduire leur dépendance aux ressources conventionnelles, notamment celles des barrages.

À moyen terme, le gouvernement prévoit une nouvelle génération de stations de dessalement alimentées par les énergies renouvelables. Les projets annoncés concernent l'Oriental, Souss-Massa, Tanger, Guelmim-Tan-Tan et Rabat, avec des mises en exploitation programmées entre 2029 et 2030.

L'objectif national est de porter la capacité de production à plus de 1,8 milliard de mètres cubes d'eau dessalée par an à l'horizon 2031, permettant de couvrir près de 60% des besoins en eau potable du pays. Cette montée en puissance doit également s'accompagner du développement d'une filière industrielle marocaine du dessalement, avec une participation accrue des entreprises nationales et la formation de compétences spécialisées.

Autoroutes de l'eau : poursuivre les transferts entre bassins

La stratégie de sécurisation des ressources hydriques repose également sur le développement des interconnexions entre bassins hydrauliques, destinées à transférer l'eau des zones disposant de ressources vers celles confrontées à des déficits.

La première tranche du transfert des eaux du Sebou vers le Bouregreg est déjà opérationnelle, avec un débit de 15 mètres cubes par seconde. Cette infrastructure contribue à sécuriser l'approvisionnement de l'axe Rabat-Casablanca. Dans le nord du pays, la liaison entre le barrage Oued Makhazine et le barrage Dar Khrofa, d'un débit de 3,2 mètres cubes par seconde, participe à la sécurisation de l'alimentation en eau de Tanger.

Pour 2027, le gouvernement prévoit de poursuivre la préparation du projet d'interconnexion des bassins du Sebou, du Bouregreg et de l'Oum Er-Rbia. Sa réalisation devra tenir compte de la disponibilité des ressources et de la préservation des équilibres hydriques des bassins concernés.

Le développement de ces autoroutes de l'eau vise à renforcer la solidarité hydrique entre les territoires et à limiter les risques de rupture d'approvisionnement.

Irrigation et réutilisation des eaux usées : réduire la pression sur les ressources

Le PLF 2027 accorde également une place importante à la maîtrise de la demande en eau, notamment dans l'agriculture, qui demeure fortement dépendante des ressources hydriques. Le gouvernement prévoit de poursuivre la modernisation des réseaux d'irrigation, la réhabilitation des canaux et la reconversion des superficies agricoles vers des techniques d'irrigation localisée, afin de limiter les pertes et d'améliorer l'efficacité de l'utilisation de l'eau.

Le recours au dessalement pour l'agriculture doit également se développer. Le projet de Dakhla prévoit notamment l'irrigation de 5.000 hectares, tandis que de nouveaux partenariats public-privé sont envisagés pour alimenter des périmètres agricoles à partir d'eau dessalée, notamment à Sidi Rahal et dans la Moulouya.

Autre priorité : l'accélération des projets de réutilisation des eaux usées traitées, principalement pour l'arrosage des espaces verts et des terrains de golf. Cette orientation doit permettre de réserver davantage d'eau conventionnelle aux usages prioritaires. Le gouvernement vise également un rendement national de 78% des réseaux de distribution d'eau potable à l'horizon 2027, grâce à la réduction des pertes et à l'amélioration des infrastructures.

La préservation des nappes souterraines constitue un autre chantier majeur. Le gouvernement entend généraliser les contrats de gestion participative afin de mieux encadrer les prélèvements et de limiter la surexploitation. Cinq contrats de nappes ont déjà été signés, concernant Haouz-Mejjat, Rmel, Meski-Boudnib, Feija et Fès-Meknès. Trois autres doivent être signés pour Triffa, Dakhla et Berrechid, tandis que 16 contrats supplémentaires sont en cours d'élaboration. Le PLF 2027 prévoit également de renforcer le contrôle des volumes prélevés, d'établir des règles plus strictes d'exploitation et de développer des solutions de recharge des nappes.

Dans les zones pastorales, le gouvernement prévoit par ailleurs la réalisation de près de 1.000 nouveaux points d'eau, afin de soutenir les activités d'élevage et d'accompagner la reconstitution du cheptel national.

Qualité de l'eau et inondations : renforcer la surveillance

La stratégie hydrique comprend enfin un volet consacré à la préservation de la qualité des ressources et à la prévention des risques climatiques.

Le gouvernement prévoit de moderniser le système national de surveillance de la qualité des eaux, à travers des dispositifs intelligents de suivi en temps réel, notamment pour détecter les phénomènes de pollution et les proliférations algales. Une actualisation du Schéma directeur national de prévision des crues est également programmée, afin de mieux intégrer les effets du changement climatique sur les régimes hydrologiques.

Cette démarche s'accompagnera de la poursuite du Plan national de lutte contre les inondations, dans le prolongement des interventions engagées après les crues ayant touché le Gharb et le nord du Royaume.

À travers ces différents projets, le gouvernement entend faire évoluer le modèle national de gestion de l'eau, historiquement centré sur la mobilisation des ressources conventionnelles, vers un système combinant stockage, dessalement, transferts interbassins, réutilisation et économies d'eau. L'enjeu pour 2027 sera d'accélérer les chantiers en cours tout en assurant une gestion plus durable et mieux répartie des ressources hydriques.
Lisez nos e-Papers