Menu
Search
Jeudi 08 Janvier 2026
S'abonner
close
Jeudi 08 Janvier 2026
Menu
Search

Ce que révèle le rapport 2025 de l’Observatoire marocain de la TPME

L’édition 2025 du rapport annuel de l’Observatoire marocain de la TPME, présentée le 7 janvier 2026 à Casablanca, dresse un portrait toujours aussi contrasté du tissu productif national. Si la création d’entreprises, la valeur ajoutée et les exportations confirment la vigueur de la reprise, la structure du marché reste dominée par les grandes entreprises et marquée par des disparités régionales et de genre. Un sixième rapport qui témoigne autant d’une consolidation économique que d’une transition technologique dans la production et de l’exploitation des données par l’Observatoire.

Amal Idrissi, directrice exécutive de l'Observatoire marocain de la très petite et moyenne entreprise (OMTPME)
Amal Idrissi, directrice exécutive de l'Observatoire marocain de la très petite et moyenne entreprise (OMTPME)
Entre la 5e et la 6e édition du rapport de l’Observatoire marocain de la très petite, petite et moyenne entreprise (OMTMPE), l’économie marocaine est passée d’une phase de résilience post-crise à une phase de consolidation. Le tissu entrepreneurial s’élargit, les exportations se redressent, la valeur ajoutée progresse plus vite et les signaux d’amélioration salariale apparaissent. Mais la dualité du modèle économique reste une constante : concentration de la richesse dans les grandes entreprises, fragilité des jeunes structures et stagnation du leadership féminin.

Un tissu entrepreneurial en expansion, mais toujours inégalement réparti

Le Maroc compte désormais 380.230 entreprises personnes morales actives (EPMA), soit une progression de 1,3% en un an. Cette croissance s’inscrit dans une dynamique soutenue de création, avec près de 96.000 entreprises créées en 2024, dont plus des deux tiers sont des personnes morales.

Mais cette vitalité reste fragile : les dissolutions d’entreprises ont augmenté de 6,3%, et plus de la moitié des structures fermées étaient âgées de moins de cinq ans, confirmant la vulnérabilité des jeunes pousses. La micro-entreprise continue de dominer le paysage, représentant 86,6% du tissu productif, et 94% des sociétés réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de dirhams. Le déséquilibre territorial reste marqué : 65% des entreprises se concentrent sur l’axe Tanger-El Jadida, dont 38% dans la région de Casablanca-Settat.

Comparativement aux chiffres de la 5e édition, le tissu entrepreneurial s’est légèrement élargi, passant de 350.000 à 380.230 EPMA, confirmant le retour progressif à la normale après la phase post-pandémie observée dans le rapport précédent. Le commerce reste le principal secteur d’activités des EPMA dans huit des douze régions, devant la construction qui domine ailleurs, alors que la SARL demeure la forme juridique dominante avec 51,7% des entreprises en 2024, malgré un recul de 2,1% par rapport à 2023. Entre 2023 et 2024, la SARL à associé unique a progressé de 6,4%, portant sa part à 43%.

Une croissance portée par les grandes entreprises

Le chiffre d’affaires global a atteint 2.628 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 9,4%, tandis que la valeur ajoutée (VA) a bondi de 16,6% pour s’établir à 536,5 milliards de dirhams. Cependant, cette richesse reste fortement concentrée : les grandes entreprises, qui ne représentent que 0,5% du nombre total, génèrent 63,7% du chiffre d’affaires et 64,7% de la VA. L’Observatoire note que sans la contribution de ces grands groupes, la hausse de la VA n’aurait été que de 8%. Le secteur de l’électricité et du gaz se démarque avec une progression spectaculaire de 82,4%, tandis que les industries extractives accusent un recul de 7,7%. Comparé au rapport précédent, la croissance du chiffre d’affaires s’est accélérée (de 6,4 à 9,4%), et celle de la valeur ajoutée a doublé (de 8 à 16,6%). Cette évolution traduit une consolidation post-crise et un renforcement du rôle des grandes structures dans la reprise économique.

Exportations et emploi : les signaux de la consolidation

Les exportations ont connu un rebond de 12,7%, atteignant 520,5 milliards de dirhams, après une hausse plus modeste de 4,8% en 2024, loin des niveaux enregistrés en 2021 et 2022, soit 23,5 et 20,7% respectivement. L’industrie manufacturière reste la locomotive de ce redressement, concentrant 56,5% du chiffre d’affaires à l’export, notamment grâce aux filières automobile et électrique.

Côté emploi, les effectifs déclarés à la CNSS ont dépassé les 4 millions de salariés, en hausse de 2%. Les TPME demeurent le principal employeur, concentrant 70,6% de l’emploi formel. La masse salariale a progressé de 8,6%, mais les inégalités persistent : 72,7% des salariés gagnent moins de 4.000 dirhams, et près de la moitié perçoivent un salaire égal ou inférieur au SMIG. L’Observatoire note toutefois une légère amélioration par rapport à l’année précédente (74,3% en 2023), liée aux revalorisations successives du salaire minimum.

Ce que révèle le rapport 2025 de l’Observatoire marocain de la TPME

Entrepreneuriat féminin : un potentiel toujours sous-exploité

L’entrepreneuriat féminin reste le point faible du tableau. La part des femmes dirigeantes d’entreprises stagne à 15,5%, un chiffre inchangé depuis plusieurs années. Si le volume d’entreprises créées par des femmes a progressé, leur accès au financement demeure limité : elles ne captent que 11% de l’encours total des crédits bancaires. Les femmes sont surtout présentes dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et des services personnels, mais rencontrent de sérieuses difficultés à franchir le cap de la croissance. Ce constat prolonge celui du rapport 2024, où la stagnation du leadership féminin avait déjà été relevée, malgré des initiatives ciblées d’appui à l’entrepreneuriat féminin.

Accès au financement : une inégalité persistante entre tailles et genres

La situation financière globale des entreprises s’est améliorée : 90,5% affichent une trésorerie positive en 2024, contre 86,2% en 2017. Pour autant, la répartition du financement reste inégale : sur 630,4 milliards de dirhams d’encours de crédits bancaires, 60% vont aux grandes entreprises, contre 20% seulement pour les très petites entreprises (TPE). Les micro-entreprises, souvent en difficulté d’accès au crédit, dépendent à 41% des dettes envers leurs associés.

Les réalisations en 2025 et les perspectives en 2026 de l’OMTPME

Les réalisations de l’Observatoire marocain de la TPME (OMTPME) au titre de 2025 traduisent une ambition claire : transformer la donnée brute en un véritable levier d’action publique. Sous la conduite de Manal Idrissi, l’institution a franchi un cap technologique majeur en mobilisant la Data Science, l’intelligence artificielle et le machine learning pour fiabiliser les données économiques et renforcer la connaissance du tissu productif national.

Trois innovations structurantes, développés en interne, incarnent ce virage. La première est un référentiel géo-administratif intégré couvrant 12 régions, 75 provinces et 1.550 communes, permettant de géolocaliser les entreprises non codifiées. La deuxième innovation est un outil de similarité sémantique qui harmonise les nomenclatures d’activités (NMA 1999 et 2010) pour assurer la continuité des analyses sectorielles. Le troisième outil est un algorithme hybride de prédiction du genre, spécialement conçu pour analyser la diversité et la complexité des prénoms féminins. Cette innovation combine modèles de langage et apprentissage automatique, capable d’identifier le genre des dirigeants à partir de leurs prénoms, une avancée cruciale pour mieux mesurer l’entrepreneuriat féminin.

Ces efforts ont permis de passer d’une gestion des données en silos vers une approche intégrée et interinstitutionnelle, créant un «cercle vertueux» d’échanges de données entre l’Observatoire et ses principaux partenaires institutionnels. Ainsi, Bank Al-Maghrib, l’OMPIC, la CNSS et le ministère de l’Industrie bénéficient désormais de bases enrichies et harmonisées, facilitant la lecture croisée des dynamiques territoriales et sectorielles. L’OMTPME est aussi intervenu comme appui analytique dans le cadre de l’élaboration de la Charte d’accompagnement et de financement des TPE, ainsi que dans le suivi de la Charte de l’investissement, apportant des outils d’évaluation et de modélisation pour un ciblage plus précis des politiques publiques.

Sur le plan international, l’Observatoire s’impose comme un centre d’expertise reconnu. En partenariat avec la Banque mondiale, l’IFC et l’Alliance pour l’inclusion financière (AFI), il publie des études sur la productivité, les délais de paiement, la digitalisation et les industries culturelles et créatives. Il a également conçu le Women-MSME Toolkit, un outil destiné aux pays en développement pour évaluer leurs systèmes de données genrées. Sur le terrain, une collecte pilote à Dakhla-Oued Eddahab renforce la couverture statistique des régions du Sud, dans le cadre d’une stratégie d’ancrage territorial durable.

Des projets annoncés pour 2026

Pour 2026, l’OMTPME prévoit une nouvelle vague de projets. Plusieurs études, en cours de finalisation, seront publiées au premier semestre, dont quatre en partenariat avec la Banque mondiale. Ces rapports porteront sur les barrières à l'emploi et l'entrepreneuriat féminin, la dynamique des entreprises et les freins à la productivité, l'impact des délais de paiement sur la productivité, ainsi que la maturité de la digitalisation des entreprises. Dans les starting-blocks du premier semestre de 2026 figure également une étude nationale avec la Société financière internationale (IFC) sur les industries culturelles et créatives.

Ce rapport visera à mesurer pour la première fois au Maroc le poids et la maturité de ce secteur spécifique. L’année sera également marquée par l’approfondissement des travaux liés à la nouvelle charte de l'accompagnement et du financement des TPME, avec un accent particulier sur la dimension territoriale inclusive, ainsi que par une contribution active à la mise en place d'un système de scoring pour les très petites entreprises. Toujours sur le plan local, l’Observatoire poursuivra ses actions de terrain via le programme «Présence de Place» de Bank Al-Maghrib et ses partenariats renforcés avec les régions du Sud, afin d’ancrer la donnée au plus près des réalités économiques locales.

À l’international, l’Observatoire continuera de soutenir le développement de l’Indice régional d’inclusion financière, conçu à partir de données administratives. Après une phase pilote dans la région arabe, ce projet sera étendu à d’autres continents pour mesurer et comparer l’accès au financement des TPME à l’échelle mondiale. L’institution poursuivra également son rôle dans le projet «We Finance Code», lancé en 2025 en collaboration avec Bank Al-Maghrib, la BERD et l’IFC, qui vise à améliorer l’accès au crédit pour les TPME dirigées par des femmes au Maroc.

Parallèlement, elle maintiendra son engagement au sein de l’initiative Women-MSME Toolkit, un guide pratique co-développé avec l’Alliance pour l’inclusion financière (AFI) pour renforcer les systèmes de données sur les TPME et soutenir des politiques publiques plus inclusives, en particulier pour les femmes entrepreneures.
Lisez nos e-Papers