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Dattes : forte demande, les variétés marocaines résistent aux importations

Pendant Ramadan, les marchés marocains voient cohabiter dattes marocaines et importées, avec une hiérarchie qui va du “premier prix” irakien aux variétés premium saoudiennes. Entre abondance annoncée de la récolte nationale, hausse des coûts et encadrement des importations, les commerçants décrivent un consommateur partagé entre budget, goût… et réflexe d'encourager le “made in oasis”.

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Dans les allées de Derb Mila à Casablanca, la scène se répète chaque Ramadan : les sacs s’empilent, les origines s’affichent et les clients comparent. « On a des dattes des Émirats, de Jordanie, de Tunisie, d’Algérie, d’Égypte... et même d’Irak », énumère un commerçant, décrivant une offre “étrangère” devenue familière sur les étals. La gamme est large, les étiquettes aussi : du kilo “accessible” au kilo “prestige”.

Selon ce vendeur, l’entrée de gamme est dominée par l’Irak — qu’il présente comme la moins chère — suivie de l’Égypte, puis l’Arabie saoudite et les Émirats « à peu près au même niveau ». La Tunisie, l’Algérie et la Jordanie complètent le paysage, avec des différences de présentation (avec ou sans branche) et de qualité, qui pèsent directement sur les prix.

Dans le segment premium, certaines références explosent les compteurs : côté saoudien, l’“ajwa” est citée comme l’une des plus chères, avec des prix annoncés autour de 100 à 220 dirhams/kg selon la qualité et le conditionnement. La Jordanie, elle, est associée à une offre largement dominée par le “mejhoul”, présenté comme un concurrent direct du mejhoul marocain, avec des niveaux de prix élevés.

À l’inverse, les dattes importées de Tunisie, d’Algérie (et selon les arrivages, des Émirats) se positionnent plus souvent sur des fourchettes autour de 30 à 70 dirhams/kg, “selon la marque, le calibre et la qualité”, explique-t-on dans le commerce.

Le “made in oasis” résiste

Si les dattes importées occupent une place visible sur les étals, le produit marocain conserve un socle solide. Sur le terrain, les commerçants le confirment : la datte locale reste très demandée, notamment en cette période de Ramadan. « La majorité des marocains demandent et achètent le produit local », assure un vendeur au marché de Derb Mila. Selon lui, beaucoup de clients privilégient la datte marocaine, par confiance dans la qualité mais aussi par attachement au produit national. Le mejhoul marocain demeure la référence. Réputé pour son calibre, sa texture et sa saveur, il continue de tirer le marché vers le haut, même si ses prix varient fortement selon la catégorie.

Une production nationale en reprise

Cette année, la filière nationale affiche des indicateurs encourageants, avec une récolte estimée à près de 160.000 tonnes, portée par une amélioration des conditions climatiques et un meilleur rendement dans plusieurs bassins oasiens. Les professionnels mettent en avant une qualité jugée satisfaisante, notamment pour le mejhoul, variété phare qui demeure l’étendard de l’offre nationale sur le segment premium.

Pour autant, cette embellie ne se traduit pas mécaniquement par une baisse significative des prix. Les acteurs du secteur évoquent la persistance de charges structurelles — coûts de production, de conditionnement, de transport et de distribution — qui pèsent sur les tarifs au détail. Le marché reste donc tributaire d’un équilibre délicat entre valorisation du produit local et préservation du pouvoir d’achat des ménages.

Dans ce contexte, les autorités maintiennent un dispositif d’encadrement des importations, avec des autorisations ajustées en fonction du niveau de la récolte nationale. Une suspension temporaire des licences durant la période de collecte vise notamment à éviter une saturation du marché au moment où les producteurs locaux écoulent leurs stocks.

Le consommateur arbitre, qualité, prix... ou “ce qui lui va”

Le diagnostic des vendeurs est sans détour : il n’y a pas un acheteur, mais plusieurs. « Il y a ceux qui veulent de la qualité et prennent plus cher, et il y a les gens simples qui cherchent 20, 30, 40 dirhams », résume le commerçant. Durant Ramadan, la datte est un produit de base, mais la décision reste guidée par le portefeuille : on achète “ce qui convient”, qu’elle vienne d’ici ou d'ailleurs. Cet arbitrage n’empêche pas une préférence clairement revendiquée pour le produit national. Le mejhoul marocain reste la référence : « connu, meilleure qualité », rapportent de nombreux consommateurs.

Voici les prix constatés à Casablanca

Sur les marchés de Casablanca, les prix des dattes varient fortement selon l’origine et la qualité :

  • Dattes égyptiennes et irakiennes : environ 25 à 30 DH/kg
  • Dattes tunisiennes et libyennes : entre 35 et 50 DH/kg, selon calibre et marque
  • Dattes émiraties : entre 60 et 70 DH/kg, selon calibre et marque
  • Dattes algériennes : autour de 40 à 60 DH/kg
  • Variétés locales classiques : généralement 35 à 80 DH/kg
  • Mejhoul marocain : à partir de 60 à 120 DH/kg pour les petits calibres, pouvant atteindre 180 DH/kg, voire plus pour les gros calibres premium
  • Variétés saoudiennes haut de gamme (comme l’ajwa) : entre 180 et 220 DH/kg selon qualité et conditionnement
Ces prix peuvent bien évidemment varier selon les villes, les circuits de distribution et la qualité du produit proposé.

Pourquoi rompre le jeûne avec des dattes ?

Rompre le jeûne avec des dattes est une tradition prophétique solidement ancrée dans la pratique du Ramadan. Le Prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui) rompait son jeûne avec des dattes et de l’eau, un geste reproduit aujourd’hui par des millions de fidèles. Au-delà de sa dimension religieuse, la datte présente un intérêt nutritionnel évident. Riche en sucres naturels, elle apporte une énergie rapide après une longue journée de jeûne, sans agresser l’estomac. Elle contient également des fibres et des minéraux essentiels comme le potassium et le magnésium, utiles pour réduire la fatigue et faciliter la digestion. Pour profiter de ses bienfaits sans excès, il est recommandé d’en consommer trois au moment de l’Iftar, accompagnées d’un verre d’eau, et de rester modéré en raison de leur teneur en sucre.
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