Menu
Search
Vendredi 30 Octobre 2026
S'abonner
close

Eau et électricité : les SRM mobiliseront 134,4 milliards de DH d’investissements d’ici 2030

Opérationnelles depuis fin 2025, les douze Sociétés régionales multiservices programment 134,44 milliards de dirhams d’investissements à l’horizon 2030. Objectif : sécuriser l’approvisionnement en eau potable, moderniser les réseaux, développer l’assainissement liquide et accompagner les grands projets. L’effort culminera en 2027, à près de 39,6 milliards.

No Image
C’est le premier poste d’investissement du portefeuille public pour 2027. Les Sociétés régionales multiservices (SRM) devraient y consacrer près de 39,6 milliards de dirhams, devant l’Office chérifien des phosphates (OCP, 31,31 milliards) et l’Office national des chemins de fer (ONCF, 29,02 milliards). Sur l’ensemble de la période 2026-2030, leur plan d’investissement monte à 134,44 milliards de dirhams. Ce programme s’appuie sur une réforme désormais achevée. Les 12 SRM sont opérationnelles depuis fin 2025 et le transfert des activités de distribution de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) vers ces sociétés avait été finalisé en novembre 2025. Elles assurent la distribution de l’eau et de l’électricité ainsi que l’assainissement liquide à l’échelle régionale, en remplacement d’un modèle jugé fragmenté entre régies communales, opérateurs privés délégataires et ONEE. Reste à en faire un levier de performance. Les réseaux affichent un rendement moyen de 68,49% pour l’eau potable et de 85,34% pour l’électricité, avec de fortes disparités régionales. Le Rapport sur les établissements et entreprises publics (EEP) accompagnant le projet de Loi de Finance 2027 en fait d’ailleurs l’«enjeu central» : transformer le nouveau cadre institutionnel en amélioration tangible des rendements, en accélération des raccordements et en harmonisation de la qualité de service entre territoires.

Un programme tourné vers l’eau et les réseaux

Le programme d’investissement de ces structures porte sur quatre axes : la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable, le renforcement et la modernisation des réseaux de distribution, le développement des infrastructures d’assainissement liquide et la réalisation des équipements nécessaires à l’accompagnement des grands projets. Il doit aussi contribuer à la mise en œuvre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI, 2020-2027) et des Programmes territoriaux de développement intégré. Dans la réponse au stress hydrique, le Rapport associe les SRM aux Agences des bassins hydrauliques, aux Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA) et à l’ONEE. Ensemble, ces acteurs doivent contribuer au relèvement des capacités de dessalement à plus de 1,8 milliard de m³ par an à l’horizon 2031, au renforcement de la réutilisation des eaux usées traitées, à l’extension de l’irrigation localisée et à la mobilisation d’environ 1,2 milliard de m³ par an via l’interconnexion des bassins hydrauliques. Ces investissements devront s’accompagner d’une gestion plus rigoureuse de la demande, de la préservation des nappes, de la réduction des pertes et d’un ciblage territorial fondé sur les vulnérabilités hydriques et les usages prioritaires.

Un pic d’investissement attendu en 2027

La trajectoire d’investissement de ces entités est nettement ascendante. Concrètement, les SRM ont réalisé 9,18 milliards de DH d’investissements en 2025, ce qui les place au troisième rang du secteur public, derrière l’OCP (34,08 milliards) et l’ONCF (18,98 milliards), et devant Al Omrane (7,69 milliards) et l’ONEE (7,36 milliards). Ces cinq opérateurs concentrent plus de 62% de l’investissement réalisé en 2025. Pour 2026, les prévisions actualisées des SRM s’établissent à près de 24,9 milliards. L’année 2027 marquerait donc le sommet, à 39,6 milliards, avant un reflux à 32,2 milliards en 2028, puis 21,68 milliards en 2029. Cette année-là, les EEP prévoient 209,17 milliards de DH d’investissements, hors Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6I), soit un niveau quasi stable par rapport aux 209,64 milliards attendus en 2026. Neuf opérateurs en concentrent plus de 78% : les SRM, suivies de l’OCP, de l’ONCF (29,02 milliards), de l’ONEE (16,49 milliards), d’Al Omrane (11,40 milliards), de l’Office national des aéroports (ONDA, 10,68 milliards), du Groupe Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG, 9,46 milliards), des Académies régionales d’éducation et de formation (AREF, 8,23 milliards) et de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen, 7,01 milliards).

Une montée en puissance en deux temps

Quatre SRM ont été mises en service dès 2024: Casablanca-Settat, Souss-Massa, Marrakech-Safi et l’Oriental. Les huit autres ont démarré leurs activités en 2025. Résultat : les 12 SRM sont opérationnelles depuis fin 2025, en substitution progressive aux anciens opérateurs, à l’exception des périmètres qui relèvent encore de Redal et d’Amendis. Prévues par la Loi n° 83-21, elles généralisent à toutes les régions un modèle intégré de gestion de ces services publics. Elles sont appelées à se substituer progressivement aux régies de distribution, aux structures régionales de distribution de l’ONEE et aux opérateurs délégataires concernés. Le Rapport range cette réforme parmi les restructurations du portefeuille public, au même titre que le déploiement des Groupements sanitaires territoriaux.

Des rendements à relever, des écarts à réduire

Pour leur première année pleine d’existence, les SRM ont engrangé un chiffre d’affaires global de 34,18 milliards de DH. Côté technique, le rendement moyen atteint 68,49% pour les réseaux d’eau potable et 85,34% pour ceux d’électricité, avec des niveaux différenciés selon les régions. L’amélioration de ces rendements et la réduction des disparités régionales constituent ainsi des priorités majeures pour ces sociétés.

Électrification et eau rurales : les SRM héritent des chantiers de l’ONEE

Le retrait de l’ONEE de la distribution, intervenu entre 2024 et 2025, a une conséquence directe : à compter de 2026, le plan d’action du Programme d’électrification rurale global (PERG) est porté par les SRM. Chacune prépare son programme d’électrification rurale en consolidant les dispositifs existants, notamment le Programme de réduction des disparités territoriales et sociales (PRDTS). Elles reprennent un programme déjà avancé. Le taux d’électrification rurale s’établit à 99,91% fin 2025. En 2025, 2.942 nouveaux foyers ruraux, soit environ 15.000 habitants, ont été raccordés. Depuis 1996, quelque 42.185 villages ont été connectés au réseau, pour plus de 13 millions d’habitants bénéficiaires. Le PERG a bénéficié de prêts et de dons cumulés de 13,7 milliards de DH, soit près de 53% de son budget global, estimé à près de 26 milliards hors taxes à l’horizon 2027. Même transition dans l’eau rurale. Le nombre de gérances rurales atteint 539 en 2025, contre 536 en 2024, avant transfert aux SRM. Le taux d’accès à l’eau potable en milieu rural est estimé à 98,9% fin 2025.

L’ONEE se recentre, avec un bilan sous pression

Le transfert pèse sur les comptes de l’Office. Son chiffre d’affaires a reculé de 2,5% en 2025, à 41,47 milliards de DH, sous l’effet notamment du retrait progressif de la distribution lié à l’opérationnalisation des SRM, dans un contexte de contraction des marges sur les ventes d’électricité. Sa perte nette atteint 6,96 milliards de DH en 2025 et pourrait grimper à 8,63 milliards cette année. Le Rapport sur les EEP cite le transfert de la distribution aux SRM parmi les fondements de la restructuration de l’Office, avec la redéfinition de son positionnement stratégique, la préparation de sa transformation en société anonyme et la convention conclue le 3 novembre 2025 entre l’État, l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État et de suivi des performances des établissements et entreprises publics (ANGSPE), l’ONEE et Masen. D’ailleurs, une étude de repositionnement est en cours pour définir son modèle cible après son désengagement de la distribution.

Un soutien de l’État ciblé

L’annexe sur les transferts de l’État fait apparaître trois SRM, désignées CS, LSH et MS, qui ont perçu en 2025 des transferts d’équipement de 50, 50 et 136,4 millions de dirhams. Aucun transfert de fonctionnement ni d’augmentation de capital ne leur est rattaché. Le Rapport replace les SRM dans un mouvement plus large. Après l’achèvement de leur déploiement en 2025, la gouvernance territoriale a franchi un nouveau palier en 2026 avec deux textes publiés le 10 août : la Loi n° 64-23, qui crée 12 Agences régionales de l’urbanisme et de l’habitat en remplacement de 29 Agences urbaines, et la Loi organique n° 031-26, qui transforme les 12 Agences régionales d’exécution des projets en sociétés anonymes. Objectif commun : réduire la fragmentation institutionnelle et renforcer la transparence et la redevabilité à l’échelle des régions.
Lisez nos e-Papers