C'est dans un contexte géostratégique mondial, que la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leïla Benali, elle-même qualifie de «délicat», que le Maroc a choisi de poser les jalons d'une nouvelle étape de sa politique d'efficacité énergétique.
Mercredi 1er avril 2026 à Rabat, en présence des représentants des 12 régions du Royaume, des départements ministériels, des institutions publiques et des acteurs économiques, la première Journée nationale de l'efficacité énergétique a permis de lever le voile sur un chantier d'envergure : les Plans régionaux d'efficacité énergétique et de décarbonation, les PREED. Derrière cet acronyme se cache la première radiographie énergétique territoriale jamais réalisée au Maroc, un exercice de diagnostic sans précédent qui aura mobilisé 24 conventions, 8 bureaux d'études, 43 experts, 36 ateliers de travail et 12 comités de suivi sur une période de 18 mois.
Mercredi 1er avril 2026 à Rabat, en présence des représentants des 12 régions du Royaume, des départements ministériels, des institutions publiques et des acteurs économiques, la première Journée nationale de l'efficacité énergétique a permis de lever le voile sur un chantier d'envergure : les Plans régionaux d'efficacité énergétique et de décarbonation, les PREED. Derrière cet acronyme se cache la première radiographie énergétique territoriale jamais réalisée au Maroc, un exercice de diagnostic sans précédent qui aura mobilisé 24 conventions, 8 bureaux d'études, 43 experts, 36 ateliers de travail et 12 comités de suivi sur une période de 18 mois.
Un tournant stratégique après le retard accumulé
La ministre Benali n'a pas cherché à édulcorer le bilan. «Ce qui a été réalisé en trois ans reste insuffisant. Nous sommes aujourd'hui à un tournant stratégique en 2026, après un premier tournant en 2023. Nous devons accélérer», a-t-elle lancé devant un parterre d'élus et de décideurs. Un constat d'autant plus significatif qu'il s'accompagne d'un recadrage temporel assumé : l'objectif initial de 20% d'économie d'énergie, fixé à l'origine pour l'horizon 2020, ne sera finalement atteint qu'à l'horizon 2030, «en raison du retard accumulé avant 2021», a précisé la ministre.
Pour autant, Mme Benali a tenu à rappeler les acquis engrangés depuis la relance de la dynamique. Entre novembre 2022 et 2023, les mesures incitatives ont permis d'économiser plus de 800 GWh, soit l'équivalent de la consommation énergétique d'une ville comme Meknès. Plus de 6.500 mosquées ont bénéficié de programmes de rénovation énergétique, avec une réduction de 40% de leur consommation. Sur le plan réglementaire, l'audit énergétique obligatoire, les normes minimales de performance, la structuration du marché des ESCO (les sociétés de services énergétiques) et l'activation de l'article 6 de la loi 47.09 constituent autant de jalons posés ces dernières années.
Replaçant l'efficacité énergétique dans l'architecture plus large de la stratégie nationale, la ministre a rappelé que le Maroc avait adopté, depuis 2009, sous la conduite de S.M. le Roi Mohammed VI, un modèle énergétique résilient fondé sur trois piliers : les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et l'intégration régionale. La part des renouvelables atteint aujourd'hui environ 46% de la capacité installée, un chiffre qui sera porté à 52% à l'horizon 2030.
Pour autant, Mme Benali a tenu à rappeler les acquis engrangés depuis la relance de la dynamique. Entre novembre 2022 et 2023, les mesures incitatives ont permis d'économiser plus de 800 GWh, soit l'équivalent de la consommation énergétique d'une ville comme Meknès. Plus de 6.500 mosquées ont bénéficié de programmes de rénovation énergétique, avec une réduction de 40% de leur consommation. Sur le plan réglementaire, l'audit énergétique obligatoire, les normes minimales de performance, la structuration du marché des ESCO (les sociétés de services énergétiques) et l'activation de l'article 6 de la loi 47.09 constituent autant de jalons posés ces dernières années.
Replaçant l'efficacité énergétique dans l'architecture plus large de la stratégie nationale, la ministre a rappelé que le Maroc avait adopté, depuis 2009, sous la conduite de S.M. le Roi Mohammed VI, un modèle énergétique résilient fondé sur trois piliers : les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et l'intégration régionale. La part des renouvelables atteint aujourd'hui environ 46% de la capacité installée, un chiffre qui sera porté à 52% à l'horizon 2030.
Une radiographie inédite de la consommation territoriale
C'est précisément la déclinaison territoriale de cette stratégie qui constitue le fait majeur de cette journée. Le directeur général de l'AMEE, Mohamed Benyahya, a présenté la synthèse d'un travail qu'il décrit comme une première nationale. «Nous avons diagnostiqué les consommations, ventilé ces consommations par secteur et dressé le profil énergétique des régions. Partant de là, nous avons défini quels sont les gisements d'économie à atteindre et nous avons défini les mesures», a-t-il expliqué.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La consommation énergétique finale du Maroc s'établit à environ 16 millions de tonnes équivalent pétrole (MTEP). Trois régions : Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, concentrent à elles seules plus de 58% de cette consommation. Casablanca-Settat domine le classement avec 5,25 MTEP, soit près du tiers du total national, et affiche une consommation par habitant supérieure de 57% à la moyenne nationale, à 0,69 Tep/hab.
La ventilation sectorielle révèle que le transport reste le premier poste de consommation avec 6,1 MTEP, suivi du bâtiment et de l'éclairage public (5,6 MTEP, dont 74% pour le résidentiel), de l'industrie (3 MTEP) et de l'agriculture-pêche (1,45 MTEP). Dans le secteur du transport, Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra représentent à elles seules la moitié de la consommation nationale.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La consommation énergétique finale du Maroc s'établit à environ 16 millions de tonnes équivalent pétrole (MTEP). Trois régions : Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, concentrent à elles seules plus de 58% de cette consommation. Casablanca-Settat domine le classement avec 5,25 MTEP, soit près du tiers du total national, et affiche une consommation par habitant supérieure de 57% à la moyenne nationale, à 0,69 Tep/hab.
La ventilation sectorielle révèle que le transport reste le premier poste de consommation avec 6,1 MTEP, suivi du bâtiment et de l'éclairage public (5,6 MTEP, dont 74% pour le résidentiel), de l'industrie (3 MTEP) et de l'agriculture-pêche (1,45 MTEP). Dans le secteur du transport, Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra représentent à elles seules la moitié de la consommation nationale.
Des gisements d'économie chiffrés à 2,8 MTEP
Sur la base de cette cartographie, les PREED identifient un potentiel d'économie d'énergie de 2,8 MTEP à l'horizon 2030, soit environ 13% de la consommation nationale. Les économies prévisionnelles par région oscillent entre 10 et 20%. En matière de réduction des émissions, le gain attendu est de 14 millions de tonnes de CO₂, correspondant à 15% des émissions nationales, avec un potentiel variant de 0,5 à 30,3% selon les régions.
Interrogé par «Le Matin» sur les disparités régionales observées, Mohamed Benyahya a tenu à préciser que toutes les régions avaient été impliquées de la même manière dans le processus. «On a demandé au Conseil régional un point focal, à la wilaya au moins un interlocuteur, un comité de suivi. Quand on a collecté les données, on les a partagées», a-t-il assuré, avant de souligner que la prochaine étape sera celle de «conventions spécifiques avec les Conseils régionaux et avec les autres acteurs pour mettre en œuvre les actions».
L'investissement global pour concrétiser ces plans est estimé à 48,5 milliards de dirhams. Casablanca-Settat absorbe à elle seule près de la moitié de cette enveloppe, avec environ 24 milliards de dirhams, un poids qui reflète à la fois la concentration économique et le volume des gisements identifiés dans cette région. Les autres régions se répartissent entre 4,27 milliards pour Rabat-Salé-Kénitra et 260 millions pour Dakhla-Oued Eddahab.
Interrogé par «Le Matin» sur les disparités régionales observées, Mohamed Benyahya a tenu à préciser que toutes les régions avaient été impliquées de la même manière dans le processus. «On a demandé au Conseil régional un point focal, à la wilaya au moins un interlocuteur, un comité de suivi. Quand on a collecté les données, on les a partagées», a-t-il assuré, avant de souligner que la prochaine étape sera celle de «conventions spécifiques avec les Conseils régionaux et avec les autres acteurs pour mettre en œuvre les actions».
L'investissement global pour concrétiser ces plans est estimé à 48,5 milliards de dirhams. Casablanca-Settat absorbe à elle seule près de la moitié de cette enveloppe, avec environ 24 milliards de dirhams, un poids qui reflète à la fois la concentration économique et le volume des gisements identifiés dans cette région. Les autres régions se répartissent entre 4,27 milliards pour Rabat-Salé-Kénitra et 260 millions pour Dakhla-Oued Eddahab.
Du diagnostic à l'action, le véritable défi selon les régions
La présidente de l'Association des régions du Maroc (ARM), Mbarka Bouaïda, a donné la réplique en posant la question qui traverse l'ensemble de cette journée : comment passer du plan à l'action ? L'efficacité énergétique, a-t-elle souligné, «n'est pas un enjeu secondaire du développement régional, mais un levier fondamental pour mettre en œuvre la régionalisation avancée». L'élaboration des PREED représente, selon la présidente du Conseil de la région de Guelmim-Oued Noun, «une avancée majeure en ce sens qu'il s'agit d'outils concrets de diagnostic, d'orientation et de prise de décision».
Mais Mme Bouaïda a immédiatement tempéré l'enthousiasme : «Le véritable défi consiste à passer du diagnostic à la mise en œuvre, de la définition des potentialités à la réalisation concrète des projets, et de la présentation d'une vision à la création d'un impact tangible.» Un message qui résonne d'autant plus fort que l'efficacité énergétique, a-t-elle insisté, va au-delà du simple débat technique pour s'ériger en question «à la fois politique, sociale et économique».
Mais Mme Bouaïda a immédiatement tempéré l'enthousiasme : «Le véritable défi consiste à passer du diagnostic à la mise en œuvre, de la définition des potentialités à la réalisation concrète des projets, et de la présentation d'une vision à la création d'un impact tangible.» Un message qui résonne d'autant plus fort que l'efficacité énergétique, a-t-elle insisté, va au-delà du simple débat technique pour s'ériger en question «à la fois politique, sociale et économique».
Quatre conventions pour enclencher la mise en œuvre
La journée n'a pas été qu’un simple débat et échange d’idées. Quatre conventions ont été signées pour traduire les engagements en actes. La première porte sur le déploiement du label national de performance énergétique et environnementale des bâtiments résidentiels, paraphée par Mme Benali, Mohamed Benyahya et la ministre de l'Aménagement du territoire national, de l'urbanisme, de l'habitat et de la politique de la ville, Fatima Ezzahra El Mansouri. La deuxième, convention-cadre, axée sur le suivi de la mise en œuvre des PREED, a été signée par Mme Benali, M. Benyahya et Mme Bouaïda. La troisième concerne le label de performance énergétique des bâtiments publics, signée entre l'AMEE et l'Agence nationale des équipements publics (ANEP), représentée par sa directrice Zineb Benmoussa. La quatrième formalise un partenariat en matière d'efficacité énergétique et de décarbonation au niveau régional entre l'AMEE et INEE, filiale du Groupe CDG, représentée par son directeur général, Saâd Ghazaoui.
La transition juste au cœur de l'équation sociale
La ministre Benali a par ailleurs tenu à ancrer cette dynamique dans une dimension sociale. «La transition énergétique doit être juste. Elle ne doit pas pénaliser les ménages ni la classe moyenne», a-t-elle affirmé, rappelant le maintien de la subvention du gaz butane et l'engagement de travaux avec le secteur bancaire pour proposer des solutions de financement adaptées aux PME. Le levier des prix, premier réflexe des experts en matière d'efficacité, n'est pas actionnable au Maroc après la libéralisation des carburants de 2015, a-t-elle reconnu, à l'exception du butane qui continuera d'être subventionné, tout en recélant «des marges d'efficacité, notamment dans certains secteurs comme l'hôtellerie et l'agriculture».
En matière de mesures sectorielles concrètes, les PREED prévoient dans le transport la substitution des hybrides aux taxis thermiques, le passage aux motocycles électriques et la promotion des véhicules hybrides et électriques avec un potentiel d'économie de 10 à 50%. Dans le bâtiment, les installations photovoltaïques et les chauffe-eau solaires peuvent générer plus de 40% d'économie sur la facture énergétique, tandis que l'isolation thermique des toits offre entre 10 et 20% de gain. L'industrie mise sur l'autoproduction solaire, la substitution des combustibles fossiles par la biomasse et la modernisation des moteurs électriques. L'agriculture et la pêche privilégient le pompage solaire et les moteurs thermiques efficaces. Par ailleurs, la dynamique d'accélération des autorisations a été multipliée par cinq depuis 2023, notamment pour les projets d'autoproduction. Des mécanismes de financement innovants, tels que les contrats de performance énergétique et les ESCO, permettent désormais de financer les projets sans peser sur les budgets publics.
En matière de mesures sectorielles concrètes, les PREED prévoient dans le transport la substitution des hybrides aux taxis thermiques, le passage aux motocycles électriques et la promotion des véhicules hybrides et électriques avec un potentiel d'économie de 10 à 50%. Dans le bâtiment, les installations photovoltaïques et les chauffe-eau solaires peuvent générer plus de 40% d'économie sur la facture énergétique, tandis que l'isolation thermique des toits offre entre 10 et 20% de gain. L'industrie mise sur l'autoproduction solaire, la substitution des combustibles fossiles par la biomasse et la modernisation des moteurs électriques. L'agriculture et la pêche privilégient le pompage solaire et les moteurs thermiques efficaces. Par ailleurs, la dynamique d'accélération des autorisations a été multipliée par cinq depuis 2023, notamment pour les projets d'autoproduction. Des mécanismes de financement innovants, tels que les contrats de performance énergétique et les ESCO, permettent désormais de financer les projets sans peser sur les budgets publics.
Le Maroc entre ainsi dans une phase où la stratégie nationale d'efficacité énergétique quitte le terrain des ambitions affichées pour celui de la planification opérationnelle territorialisée. Reste que l'écart entre le diagnostic – aussi rigoureux soit-il – et la réalisation des 48,5 milliards de dirhams d'investissements identifiés constitue le test de vérité pour les années à venir. «La réussite de cette transition repose sur la mobilisation collective : État, régions, collectivités, secteur privé», a conclu Leïla Benali, rappelant que le Royaume a su maintenir une stratégie énergétique stable depuis 2009 et que «c'est une force qu'il faut préserver».
