Les Marocaines sont de plus en plus nombreuses à poursuivre des études supérieures, mais cette progression ne se traduit pas par une amélioration de leur présence sur le marché du travail. C’est l’un des principaux constats du Rapport sur le Budget axé sur les résultats tenant compte de l’aspect genre, publié dans le cadre du Projet de loi de Finances (PLF) 2027. Selon ce document, le taux de féminisation dans l’enseignement supérieur a atteint 56,1% durant l’année universitaire 2024-2025, contre 51,6% quatre ans auparavant. La parité est, par ailleurs, quasiment atteinte dans le préscolaire et le primaire, tandis que les filles sont devenues majoritaires dans le secondaire qualifiant. Pourtant, cette progression du niveau d’éducation s’accompagne d’une baisse continue de la participation des femmes à l’activité économique. Leur taux d’activité est passé de 30,4% en 1999 à seulement 19% en 2025, soit un recul de 11,4 points. À titre de comparaison, celui des hommes s’établit à 68,5% en 2025, faisant apparaître un écart de près de 50 points entre les deux sexes. Le Rapport souligne ainsi les difficultés persistantes à transformer les progrès réalisés dans l’éducation et la formation en opportunités économiques réelles pour les femmes.
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Les diplômées du supérieur particulièrement exposées au chômage
Le niveau de qualification demeure un facteur déterminant de la participation des femmes au marché du travail. En 2025, le taux d’activité des diplômées du supérieur atteint 45,4%, contre 14,4% pour les femmes sans diplôme et 12,8% pour celles disposant d’un diplôme de niveau moyen. Toutefois, même les femmes les plus qualifiées rencontrent d’importantes difficultés d’insertion professionnelle. Selon les données reprises dans le Rapport, près de 34% des femmes diplômées du supérieur présentes sur le marché du travail sont au chômage en 2025, contre 19,7% des hommes ayant le même niveau de qualification. L’écart atteint ainsi 14,3 points. La situation est tout autant préoccupante pour les titulaires d’un diplôme de niveau moyen, dont le taux de chômage atteint 25%, contre 13,5% chez les hommes. À l’échelle nationale, le taux de chômage féminin s’établit à 20,5% en 2025, contre 10,8% pour les hommes. Il atteint même 26% parmi les femmes résidant en milieu urbain. Ces chiffres révèlent une double difficulté : les femmes sont moins nombreuses à participer au marché du travail et, lorsqu’elles recherchent un emploi, elles sont davantage exposées au chômage.L’activité féminine s’effondre dans les campagnes
L’évolution de l’activité féminine présente de même d’importantes disparités territoriales. Le recul est particulièrement marqué en milieu rural, où le taux d’activité des femmes est passé de 36,9% en 2014 à 18,2% en 2025, soit une diminution de 18,7 points en onze ans. À l’inverse, le taux d’activité féminin en milieu urbain a légèrement progressé sur la même période, passant de 17,8% à 19,4%. Alors qu’en 2014 les femmes rurales affichaient un taux d’activité supérieur de 19,1 points à celui des citadines, la situation s’est inversée en 2025. Le rapport attribue ainsi l’essentiel du recul de l’activité féminine au niveau national à la forte contraction observée dans les campagnes. Cette évolution s’accompagne d’une transformation de la structure sectorielle de l’emploi féminin. La part des services dans les emplois occupés par les femmes est passée de 20,5% en 2000 à 51% en 2025. Dans le même temps, celle de l’agriculture, de la forêt et de la pêche a reculé de 62,1% à 32,1%. Cette recomposition traduit une place croissante des activités de services dans l’emploi féminin, sans pour autant compenser la baisse globale de la participation des femmes au marché du travail. Les difficultés d’insertion économique touchent particulièrement les jeunes Marocaines. Selon une étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP), réalisée en partenariat avec l’Organisation internationale du travail et l’Union européenne et reprise dans le Rapport, le Maroc comptait en 2023 près de 2,94 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans qui n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation, communément désignés par l’acronyme NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation). Cette population représentait 33,6% des jeunes de cette tranche d’âge. Les femmes en constituaient près de 72%, avec une probabilité de se retrouver dans cette situation presque trois fois supérieure à celle des hommes. Le Rapport précise que 70% des jeunes NEET sont inactifs, c’est-à-dire qu’ils ne travaillent pas et ne recherchent pas activement un emploi. Les femmes au foyer représentent 85% de cette population inactive et 59,5% de l’ensemble des NEET. Le mariage et la présence d’enfants en bas âge figurent parmi les facteurs qui contribuent à éloigner les jeunes femmes de l’activité économique. La situation se dégrade particulièrement après 24 ans : le taux de NEET parmi les femmes passe de 25,6% chez les 15-24 ans à 50,2% chez les 25-29 ans.Garde des enfants, mobilité et responsabilités familiales : des freins persistants
Au-delà du niveau de formation, le Rapport identifie plusieurs obstacles qui limitent l’accès des femmes à l’emploi et leur maintien dans l’activité économique. La disponibilité des services de garde, les difficultés de déplacement, la sécurité, les conditions d’accès au financement et certaines normes sociales figurent parmi les principaux facteurs évoqués. La prise en charge des enfants et des personnes âgées constitue, par la même occasion, une contrainte importante. Le Rapport souligne que les responsabilités familiales et les activités de soins non rémunérées continuent de reposer largement sur les femmes. Cette pression pourrait s’accentuer avec le vieillissement démographique. La proportion des personnes âgées de 60 ans et plus est passée de 9,4% de la population en 2014 à 13,6% en 2024 et pourrait atteindre 25,2% à l’horizon 2060. Par ailleurs, l’analyse des taux d’activité féminine selon le nombre d’enfants de moins de 15 ans dans le ménage montre que la participation au marché du travail est particulièrement faible dans les ménages comptant deux enfants. Ces constats conduisent le Rapport à considérer que la faible activité féminine ne peut être expliquée uniquement par le niveau de qualification. Elle résulte d’un ensemble de contraintes économiques, familiales et sociales qui nécessitent des réponsescoordonnées.
