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Mercredi 08 Avril 2026
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Énergies renouvelables au Maroc : pourquoi les chiffres de l’Irena diffèrent des estimations nationales

Le Maroc continue de renforcer ses capacités renouvelables, mais leur poids réel dans le mix électrique fait débat. Elles représentent 39,6% de la capacité installée en 2025, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, un niveau inférieur aux estimations nationales (plus de 45% annoncés par le gouvernement), en raison notamment de différences méthodologiques. Décryptage.

Au-delà de cette question de périmètre, les données publiées par l’Irena confirment la dynamique de croissance soutenue des énergies renouvelables au Maroc.
Au-delà de cette question de périmètre, les données publiées par l’Irena confirment la dynamique de croissance soutenue des énergies renouvelables au Maroc.
Selon le dernier Rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena), la part des renouvelables dans la capacité électrique totale du Maroc atteint 39,6% en 2025, un niveau inférieur aux estimations gouvernementales, généralement supérieures à 45%.

Cet écart ne traduit pas une divergence sur les volumes installés, mais résulte essentiellement d’une différence de méthodologie. L’Irena exclut, en effet, du périmètre des énergies renouvelables les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), qui représentent une capacité importante de 814 mégawatts (MW) au Maroc – 350 MW pour la station de transfert d’énergie par pompage d’Abdelmoumen et 464 MW pour celle d’Afourer. Ces installations stockent l’énergie sous forme hydraulique lorsque la demande est faible, pour la restituer lors des pics de consommation.



À l’inverse, au niveau national, ces capacités sont souvent intégrées au calcul du mix renouvelable, en raison de leur rôle clé dans la gestion de l’intermittence des sources solaire et éolienne. Cette différence d’approche conduit à des niveaux d’intégration des renouvelables plus élevés dans les statistiques marocaines.

Au-delà de cette question de périmètre, les données de l’Irena confirment la dynamique soutenue de croissance des énergies renouvelables au Maroc. La capacité installée a atteint 4.851 MW en 2025, contre 4.659 MW en 2024 et 4.243 MW en 2023. Cette progression repose sur un mix dominé par l’éolien terrestre (2.452 MW), suivi de l’hydro-électricité renouvelable (1.306 MW). Le solaire continue sa montée en puissance, atteignant 1.086 MW, répartis entre 546 MW de photovoltaïque et 540 MW de solaire thermodynamique à concentration. La bioénergie reste marginale avec seulement 7 MW installés, tandis que les capacités hors réseau, destinées principalement à l’électrification des zones rurales isolées, se maintiennent à 28 MW. Autrement dit, les 4.851 MW correspondent strictement à l’addition de l’éolien, du solaire, de l’hydro-électricité renouvelable et de la bioénergie, sans inclure les 814 MW de STEP («hydro-accumulation», selon l’Irena), ce qui confirme leur exclusion du calcul des renouvelables par l’Agence.

La capacité renouvelable a doublé en dix ans

L’évolution sur la dernière décennie montre une transformation profonde du paysage énergétique national. En 2016, la capacité renouvelable du Maroc s’élevait à 2.417 MW. Elle a depuis plus que doublé pour atteindre 4.851 MW en 2025, soit une progression de plus de 100%. Cette croissance résulte des investissements massifs dans les grands projets solaires et éoliens, qui ont progressivement redessiné le mix électrique du pays. La part des renouvelables dans la capacité totale est passée de 28,9% en 2016 à 30,5% en 2019, puis à 36,9% en 2023, pour atteindre 39,6% en 2025. Si l’Irena adopte une approche stricte en excluant les capacités de stockage du calcul des énergies renouvelables, celles-ci restent néanmoins essentielles pour assurer la stabilité du système électrique. Leur rôle dans l’intégration des énergies intermittentes souligne que, au-delà des différences statistiques, la transition énergétique du Maroc repose à la fois sur le développement des capacités de production renouvelable et sur le renforcement des infrastructures de flexibilité.
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