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Mercredi 12 Août 2026
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Hydrogène vert : l’ONUDI dresse la carte des financements pour l’industrie marocaine

Engrais, acier, ciment : le nouveau Rapport de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, réalisé avec le Fonds vert pour le climat, recense les instruments nationaux, régionaux et internationaux mobilisables pour financer le déploiement de l’hydrogène vert dans les secteurs industriels marocains les plus difficiles à décarboner.

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L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) a réalisé, en partenariat avec le Fonds vert pour le climat (GCF), un Rapport de référence intitulé «Financing Programmes for Green Hydrogen Application in Moroccan Industry». L’étude s’inscrit dans le prolongement d’un projet de préparation du GCF consacré à la décarbonation de la sidérurgie marocaine par l’hydrogène vert, mené avec le ministère de la Transition énergétique et du développement durable. Selon l’analyse, le Royaume se trouve à un point d’inflexion stratégique dans sa transition industrielle et climatique. À mesure que le pays met en œuvre sa Contribution déterminée au niveau national actualisée (CDN 3.0, 2025) et sa Feuille de route de l’hydrogène vert à l’horizon 2050, la décarbonation des industries dites «difficiles à abattre» – comprenez les engrais, l’acier et le ciment – s’impose à la fois comme une priorité nationale et une opportunité économique.



L’hydrogène vert et ses dérivés sont présentés comme les vecteurs centraux de cette transition, porteurs d’une production industrielle bas carbone, d’une compétitivité renforcée à l’export et d’un alignement avec les standards climatiques internationaux, au premier rang desquels le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne (UE).

Un cadre national qui érige l’hydrogène en priorité stratégique

La CDN 3.0, soumise en 2025, relève l’ambition marocaine à une réduction de 53% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035 par rapport au scénario tendanciel, dont 21,6% de manière inconditionnelle et 31,4% supplémentaires sous réserve d’un appui international. Le document identifie explicitement l’hydrogène vert et ses dérivés – ammoniac, méthanol, carburants de synthèse – comme des piliers de la trajectoire de décarbonation à long terme du Royaume, avec des applications ciblées dans la production d’ammoniac vert pour les engrais, la réduction directe du fer (DRI) pour la sidérurgie, et potentiellement la mobilité lourde. La Feuille de route nationale de l’hydrogène vert 2050, intégrée à la CDN, structure la stratégie autour de huit axes prioritaires : réduction des coûts le long de la chaîne de valeur, recherche et formation, intégration industrielle locale, création de clusters et d’infrastructures hydrogène, modèles de financement et de partenariat public-privé, exportation des molécules vertes, développement des marchés domestiques et planification du stockage. Sur le volet financier, le Royaume mise notamment sur les approches coopératives de l’article 6 de l’Accord de Paris, ayant déjà signé des mémorandums avec Singapour, la Norvège, la Suisse et la Corée du Sud pour activer un financement carbone basé sur les résultats. La Stratégie de développement de la finance climat (SDFC), adoptée en 2024 par le ministère de l’Économie et des finances en lien avec Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) et l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (Acaps), complète ce dispositif en visant la mobilisation de capitaux privés à travers taxonomie verte, obligations durables et outils de partage de risque.

Engrais, acier, ciment : trois profils de marché distincts

Le Rapport identifie les engrais comme le marché domestique le plus mature à court terme : l’OCP, leader mondial du phosphate, s’est engagé à s’approvisionner à 100% en ammoniac vert entre 2030 et 2040, un objectif que le groupe adosse à des investissements massifs dans les énergies renouvelables et le dessalement. Dans l’acier, la filière marocaine repose principalement sur des fours à arc électrique alimentés en ferraille, mais la montée de la demande primaire – tirée par l’automobile, la construction et l’industrie manufacturière – fait de la réduction directe du fer à l’hydrogène (H₂-DRI) la voie privilégiée par l’ONUDI et l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) pour une sidérurgie quasi neutre en carbone. L’exposition du secteur au MACF européen, dont la tarification carbone progressive s’applique aux importations d’acier et de fer depuis 2026, confère à la décarbonation hydrogène une dimension de compétitivité immédiate autant que climatique. Le ciment, enfin, ne peut voir l’hydrogène se substituer à l’intégralité de ses besoins thermiques, mais le vecteur pourrait couvrir jusqu’à 20% des besoins de chaleur industrielle à haute température, selon l’Agence internationale de l’énergie, en remplacement du coke de pétrole et du charbon dans la cuisson du clinker. Le secteur est, lui aussi, soumis au MACF, ce qui crée, selon le Rapport, une «incitation directe à la compétitivité» pour la décarbonation par les combustibles issus de l’hydrogène.

Un paysage de financement à trois niveaux

Le Rapport structure sa cartographie autour de trois échelons complémentaires : national, régional et international. Au niveau national, l’analyse de l’ONUDI fait état d’une architecture encore en construction. En effet, aucun instrument marocain ne cible aujourd’hui spécifiquement l’hydrogène vert, mais plusieurs dispositifs existants peuvent servir de points d’entrée. Les mécanismes de garantie de Tamwilcom, Green Invest et Damane Istitmar, couvrent respectivement jusqu’à 40% des investissements verts éligibles – plafonnés à 10 millions de dirhams par projet – et jusqu’à 20 millions de dirhams par projet (40 millions par entreprise) pour les investissements industriels durables. La future Taxonomie verte marocaine doit, par ailleurs, clarifier les critères d’éligibilité «verte» et faciliter l’accès aux financements mixtes. Le marché obligataire vert, animé par l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen), BOA (Bank Of Africa), BCP (Banque Centrale Populaire) et l’OCP, offre déjà un canal de levée de capitaux opérationnel, tandis que le futur Fonds climatique national (FCNM), prévu par le Plan climat national, doit à terme mutualiser ressources publiques, finance climatique internationale et contributions privées.

Niveau régional : le Partenariat vert UE-Maroc en première ligne

Signé en 2022 – un précédent pour l’Union européenne avec un pays tiers – le Partenariat vert UE-Maroc structure l’appui financier et technique européen à la décarbonation industrielle marocaine. Il s’appuie notamment sur l’instrument NDICI-Europe globale, le Fonds européen pour le développement durable plus (EFSD+) pour le partage des risques, et les programmes bilatéraux de la Banque allemande de développement (KfW), l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) dans le cadre de l’approche «Équipe Europe». Le Rapport souligne que ces instruments constituent «les sources les plus immédiatement accessibles de finance concessionnelle, d’assistance technique et de partage de risque».

Niveau international : Fonds climatiques et banques multilatérales

Le Fonds vert pour le climat, le Fonds pour l’environnement mondial (GEF) et les Fonds d’investissement climatique (CIF), aux côtés des guichets souverains et privés de la Banque africaine de développement (BAD) et du Groupe Banque mondiale, offrent une capacité additionnelle significative. Le Rapport mentionne également des mécanismes émergents de soutien au marché, à l’image de la Fondation H2Global, qui pourrait ouvrir ses appels d’offres au Maroc en tant que pays producteur prioritaire, ainsi que la coopération énergétique avec les pays du Golfe – Émirats arabes unis via Masdar et l’ADFD, Arabie saoudite via Acwa Power et le PIF.

Cinq familles d’instruments financiers complémentaires

Le Rapport recense les catégories d’instruments jugées nécessaires, de manière combinée, pour rendre bancables les projets d’hydrogène vert. Dans ce tableau, les subventions tiennent la corde en ce sens qu’elles permettent d’absorber le risque des phases précoces : études de faisabilité, sites pilotes, renforcement des capacités réglementaires. Viennent ensuite les prêts concessionnels des banques multilatérales et bilatérales qui ont la vertu de financer les actifs à forte intensité capitalistique – centrales renouvelables dédiées, électrolyseurs, infrastructures de stockage. Autre instrument, les garanties et outils de réduction des risques qui combinent dispositifs publics marocains et instruments des institutions de financement du développement.

Le Rapport cite également les capitaux propres, la finance mixte et les montages en partenariat public-privé, pour le financement des infrastructures partagées telles que le dessalement ou les parcs industriels dédiés. Enfin, arrivent la finance carbone et les primes vertes, via les approches coopératives de l’article 6, les marchés carbone volontaires et la prime que les acheteurs européens sont prêts à payer pour des produits bas carbone.

Ce que recommande l’ONUDI au Maroc

Le Rapport de l’ONUDI formule des recommandations distinctes selon trois catégories d’acteurs. Du côté des pouvoirs publics, la priorité est de finaliser la réglementation relative à l’hydrogène, d’accélérer la mise en œuvre de la Taxonomie verte et de rendre opérationnel le Fonds climatique national, autant de leviers censés réduire l’incertitude réglementaire qui pèse sur le secteur. Les industriels, de leur côté, sont appelés à préparer des dossiers de faisabilité bancables et à sécuriser des contrats d’enlèvement à long terme, afin de constituer un pipeline de projets prêts à recevoir des investissements. Enfin, les partenaires internationaux sont invités à élargir les lignes de crédit concessionnelles et à déployer des garanties partielles ainsi que des mécanismes d’assurance contre le risque politique, dans l’optique de réduire le coût du capital et le risque financier associés à ces projets.

De même, l’ONUDI insiste sur la nécessité d’une «Taskforce d’industrialisation hydrogène» associant l’État, la Masen, l’Iresen, l’ONEE, les champions industriels et les institutions financières, ainsi que sur l’élaboration de Feuilles de route sectorielles pour les engrais, l’acier et le ciment, alignées sur la CDN 3.0 et la SDFC 2030. Le document se présente lui-même comme un «outil de référence» évolutif, dont l’annexe recense de manière plus détaillée cinq mécanismes jugés particulièrement pertinents pour l’hydrogène vert marocain, des approches coopératives de l’article 6 à la Feuille de route hydrogène elle-même, en passant par les besoins de financement sectoriels estimés à 6,5 milliards de dollars pour l’industrie.
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