Le Matin : Quelles sont, selon BAM, les principales avancées observées depuis le lancement de la SNIF et quelles cibles restent difficiles à atteindre ?
Fatima Zahra Echihabi : La Stratégie nationale d’inclusion financière, initiée conjointement par le MEF et BAM en 2019, a pu fédérer les efforts des acteurs publics et privés concernés afin de promouvoir un large accès aux services financiers et leur usage et de surmonter les obstacles que rencontrent certains segments de la population pour en bénéficier. Depuis, des avancées importantes ont été réalisées, notamment :
Aussi, nos priorités aujourd’hui visent notamment la généralisation des unités d’accès aux services financiers à l’ensemble des territoires, le développement de l’écosystème du paiement numérique, la mise en place de mesures incitatives, la réforme du cadre légal et réglementaire pour lever les obstacles aux paiements électroniques, le renforcement de la confiance du public dans l’usage de ces paiements et sa sensibilisation aux risques qui y sont associés ainsi que la création d’un écosystème favorable au financement et à l’accompagnement de la TPE.
BAM envisage-t-elle le rôle des technologies financières pour accélérer l’inclusion, notamment auprès des populations non bancarisées ?
Bank Al-Maghrib considère les technologies financières comme un levier stratégique majeur pour accélérer l’inclusion financière au Maroc, en particulier auprès des populations encore non bancarisées ou insuffisamment servies.
La digitalisation des services financiers constitue, si elle est bien sécurisée, l’outil le plus efficace pour réduire les barrières géographiques et économiques, abaisser les coûts des transactions et adapter l’offre aux besoins spécifiques des ménages. La forte pénétration des technologies numériques au Maroc constitue un atout majeur pour un déploiement plus conséquent de ces services.
Pour ce faire, Bank Al-Maghrib, en coordination avec les autorités nationales, a mené des réformes réglementaires visant à simplifier le parcours client tout en garantissant la sécurité des opérations. Il s’agit en particulier de la mise en place d’un cadre pour l’entrée en relation à distance et l’usage du cloud par les banques, le renforcement des dispositifs de cybersécurité et de protection des données à caractère personnel et l’utilisation du système de Tiers de Confiance National, basé sur la nouvelle Carte nationale d’identité électronique, ainsi que la contribution à la mise en place du dispositif de signature électronique.
D’autre part, Bank Al-Maghrib et ses partenaires soutiennent, à travers la création du MFC, l’émergence d’un écosystème fintech national dynamique avec pour vocation de soutenir l’innovation dans les services financiers, d’accompagner les porteurs de projets innovants, de favoriser la collaboration entre régulateurs, institutions financières et acteurs technologiques et de contribuer à l’émergence de solutions adaptées aux enjeux d’inclusion financière et de paiement numérique.
Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib a publié en décembre 2025 un «Guide sur le parcours Fintech», spécifiquement destiné aux porteurs de projets fintechs et qui permet d’apporter une visibilité complète sur ce processus d’accompagnement.
Dans le même sens, l’encadrement du crowdfunding offre de nouvelles voies de financement désintermédié à des porteurs de projets exclus du crédit bancaire traditionnel.
D’un autre côté, la mise en place d’une plateforme nationale de scoring dédiée aux TPE et utilisant, en plus des données financières, des données alternatives basées sur l’intelligence artificielle, devrait favoriser le financement de ce segment d’entreprises.
Bank Al-Maghrib accompagne, sur le plan réglementaire, les banques dans leur transformation digitale, notamment en lien avec l’usage de l’IA dans le cadre du renforcement des dispositifs de protection de la clientèle.
Pour ce qui est de l’infrastructure nationale de paiement, nos projets visent à accélérer le développement de l’écosystème du paiement numérique par cartes bancaires et téléphones mobiles, à simplifier et unifier le parcours client du paiement instantané, à opérationnaliser un QR code standardisé et interopérable et à continuer à accompagner la digitalisation des paiements gouvernementaux.
BAM œuvre également pour l’encadrement de l’Open Banking et de l’Open Finance afin de favoriser le partage sécurisé des données financières entre les institutions financières et la création de services plus personnalisés et accessibles.
En parallèle, Bank Al-Maghrib a veillé à la protection de l’usage des services financiers digitaux par la clientèle, à travers notamment la diffusion de guides relatifs à l’usage sécurisé des services bancaires digitaux pour la prévention du grand public contre les cyberattaques de type phishing, des recommandations et mesures de cybersécurité destinées aux RSSI pour la protection des clients des banques contre le phishing ainsi que la mise en œuvre d’actions de sensibilisation et de mise en garde du public, au moyen de campagnes SMS, contre la divulgation de leurs codes ou données de paiement.
Quelle est la vision de BAM sur l’évolution du cadre réglementaire des établissements de paiement et leur contribution à l’inclusion financière dans les zones rurales et périurbaines ?
Bank Al-Maghrib adopte une approche réglementaire combinant flexibilité, promotion de l’innovation et proportionnalité au risque, et ce pour promouvoir l’inclusion financière et le paiement numérique et en particulier accompagner la digitalisation des aides sociales du gouvernement.
Dans ce sens, elle a pris, au cours de ces dernières années, un ensemble de mesures comme la mise en place d’un cadre dédié à l’ouverture des comptes à distance, l’allègement des modalités d’enrôlement des agents et des commerçants acceptant le paiement mobile, la suppression de l’obligation pour les agents de paiement d’avoir la qualité de commerçant, le déplafonnement des comptes de paiement ouverts aux commerçants pour l’acceptation des paiements électroniques ainsi que la révision à la hausse des plafonds des comptes de paiement.
De même, pour favoriser une plus grande capillarité du réseau des paiements et accroître l’attractivité de son modèle économique, nous avons revu le cadre réglementaire applicable aux agents de paiement pour lever l’obligation d’exclusivité des agents principaux et pour autoriser les agents détaillants à l’ouverture des comptes de niveau 2 dont le plafond maximum est de 4.000 dirhams, ainsi que l’ajout d’un quatrième niveau de compte avec un plafond de 100.000 dirhams.
Ces assouplissements ont été accompagnés par des mesures réglementaires pour mitiger les risques de fraude et de LBC/FT, en exigeant des établissements de paiement de définir des limitations sur les flux transactionnels en fonction des typologies et niveaux de risque identifiés et selon différentes fréquences (quotidienne, mensuelle et annuelle).
Quelles mesures spécifiques sont mises en place pour améliorer l’inclusion financière des femmes, des jeunes et des petites entreprises, et quelles sont les avancées mesurables dans ces domaines ?
Partant des résultats de l’état des lieux de l’inclusion financière au Maroc, la SNIF a identifié les femmes, les jeunes et les TPE parmi ses cibles prioritaires. Dans ce cadre, plusieurs mesures sont déployées pour l’accompagnement de ces cibles, la levée des freins à leur accès aux services financiers et l’adaptation des offres bancaires aux besoins et aux spécificités de ces segments.
Ainsi, l’initiative nationale pour l’autonomisation économique de la femme rurale a été élaborée sous l’impulsion de Bank Al-Maghrib, et ce à la suite d’une analyse approfondie du statut socio-économique des femmes rurales et d’une large concertation avec les parties prenantes concernées. Cette initiative s’est articulée autour de quatre axes stratégiques : la création d’opportunités économiques, le développement des compétences techniques, la promotion de l’inclusion financière et la levée des contraintes socioculturelles.
Les travaux engagés par Bank Al-Maghrib avec les acteurs concernés et l’appui de la GIZ ont permis de définir un modèle d’accompagnement ciblé, reflétant la vision holistique de l’initiative. Ce modèle a été testé auprès de 100 femmes entrepreneures rurales et a permis de développer des outils d’accompagnement adaptés, mis à la disposition de l’écosystème pour un déploiement élargi prévu au cours de cette année.
Deux autres initiatives structurantes pour l’inclusion financière des femmes sont en cours : le WE Finance Code et la Coalition marocaine. Lancé en partenariat avec la BERD et la SFI, le WE Finance Code offre un appui technique aux institutions financières pour l’adaptation de leurs produits et services aux besoins des femmes dirigeantes de TPME, en s’appuyant notamment sur l’exploitation de données financières ventilées par genre.
Quant au projet de la Coalition marocaine, il a été lancé avec l’appui du CGAP pour renforcer la coordination entre les acteurs de l’écosystème financier afin de promouvoir des approches innovantes en matière de conception des offres tenant compte des besoins des segments féminins et de réduire les écarts de genre dans l’accès aux services financiers.
S’agissant de la TPE, BAM a fédéré des acteurs publics et privés pour signer une charte qui formalise leurs engagements afin de favoriser un écosystème propice au développement des TPE, notamment en matière de financement, d’accompagnement, de formation et de sensibilisation de cette catégorie d’entreprises. Cette charte institue un Comité TPE, chargé d’assurer le suivi de la mise en œuvre de ces engagements, d’identifier les obstacles rencontrés par ce segment d’entreprises et de formuler les recommandations nécessaires pour y remédier.
Pour ce qui est des jeunes, plusieurs initiatives sont prises pour renforcer leur inclusion financière et accompagner leurs projets. Il en est ainsi de l’institution du MFC et de la mise en place du cadre dédié au crowdfunding, qui ont pour vocation de soutenir l’entrepreneuriat des jeunes pour la concrétisation de leurs projets. Aujourd’hui, trois plateformes de crowdfunding ont été agréées par BAM, dont deux ont déjà lancé leurs activités.
Sur un autre plan, le MFC a sélectionné une vingtaine de fintechs pour les accompagner dans leurs projets avec l’appui de l’UM6P.
De leur côté, les banques mettent en place, de plus en plus, des offres de services financiers digitalisés et attractifs pour les jeunes.
Par ailleurs, l’OMTPME soutient l’ensemble de ces initiatives en fournissant des indicateurs démographiques, économiques et financiers concernant les TPE et l’entrepreneuriat féminin.
Quels programmes d’éducation financière BAM soutient-elle pour renforcer l’usage des services financiers (et non seulement l’accès) auprès des populations mal desservies ?
Les programmes d’éducation financière, conçus en partenariat avec des acteurs publics et privés, ciblent en priorité les populations vulnérables ou mal desservies afin de les accompagner dans la compréhension des produits financiers, la gestion de leurs ressources et la prise de décisions éclairées.
À cet effet, des contenus pédagogiques sont développés en continu par la FMEF autour des principaux usages financiers – épargne, financement, assurance, comptes bancaires et de paiement, ainsi que moyens de paiement, notamment digitaux. Ils permettent de comprendre les services financiers, leurs fournisseurs, les situations concrètes d’usage, ainsi que le rôle des régulateurs du secteur et les recours possibles en cas de difficulté ou de réclamation.
Ces contenus sont conçus dans des formats variés afin de s’adapter aux réalités des publics visés : modules de formation, contenus en ligne, capsules vidéo, podcasts, spots radio, jeux pédagogiques, etc. En parallèle, la Fondation assure la formation de formateurs issus de ses partenaires – institutions publiques, associations, acteurs financiers et éducatifs – afin de garantir une démultiplication qualitative et pérenne des messages sur l’ensemble du territoire.
Le déploiement de ces programmes couvre régulièrement les écoliers et étudiants, les jeunes en formation professionnelle, des femmes engagées dans des parcours d’accompagnement, des populations en alphabétisation ainsi que des entrepreneurs et porteurs de projets. Ces actions sont mises en œuvre soit dans le cadre de dispositifs intégrés de formation et d’accompagnement, soit à travers des campagnes et événements nationaux qui rythment l’année et contribuent à ancrer des comportements financiers responsables dans la durée.
Parmi ces programmes figurent notamment «Culture financière pour les artisans», menée en collaboration avec le département ministériel chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, «Finance pour Entrepreneur», déployé en partenariat avec les banques et les associations de microcrédit, «Culture financière des femmes» et «Culture financière pour les jeunes».
D’autres approches innovantes sont déployées pour renforcer l’impact des programmes d’éducation financière, à l’image du modèle «City Tour» et «Douar Tour», conçu et expérimenté dans le cadre de l’initiative Greenback menée conjointement avec la Banque mondiale. Cette approche immersive combine formation classique et visites guidées au sein des points de vente bancaires et des établissements de paiement, permettant aux bénéficiaires de se familiariser concrètement avec l’offre de services financiers et d’en favoriser l’appropriation.
Des contenus spécifiques aux fraudes et arnaques financières et aux risques liés à la cybersécurité sont intégrés régulièrement dans les modules de formation et diffusés à large échelle à travers les réseaux sociaux et des campagnes de sensibilisation dédiées. Ils couvrent un large éventail de thématiques : utilisation sécurisée des moyens de paiement digitaux, protection des données personnelles, bonnes pratiques à adopter au quotidien, points de vigilance. L’accent est mis en particulier sur les formes de fraude liées à l’épargne et à l’investissement, notamment les systèmes de vente pyramidale, les messages diffusant de fausses opportunités d’investissement ou encore l’utilisation de plateformes de trading non autorisées.
Pour ce qui est des réalisations chiffrées, l’année 2024 a enregistré :
Comment BAM collabore-t-elle avec d’autres institutions publiques, organisations internationales ou acteurs privés pour maximiser l’impact de l’inclusion financière ?
Bank Al-Maghrib collabore avec un large éventail d’institutions nationales et internationales afin de maximiser l’impact de l’inclusion financière.
Au niveau national, la Banque travaille en étroite coordination avec les autorités publiques et de régulation, ainsi qu’avec les acteurs bancaires, les associations professionnelles et la société civile. Cette coordination porte sur les aspects réglementaires et mobilise l’expertise technique, le soutien opérationnel et la connaissance du terrain pour développer des politiques et des programmes d’inclusion financière adaptés aux besoins des populations cibles et mettre à l’échelle ces initiatives.
Sur le plan international, Bank Al-Maghrib s’appuie sur des partenariats avec plusieurs organismes internationaux qui apportent un appui technique, les bonnes pratiques éprouvées à l’étranger et un accompagnement dans la mise en œuvre de solutions innovantes.
Cette approche partenariale, adoptée comme un levier de la Stratégie nationale d’inclusion financière, contribue à l’efficacité des actions menées et permet d’ancrer l’inclusion financière dans des programmes nationaux tout en créant des synergies pertinentes.
Fatima Zahra Echihabi : La Stratégie nationale d’inclusion financière, initiée conjointement par le MEF et BAM en 2019, a pu fédérer les efforts des acteurs publics et privés concernés afin de promouvoir un large accès aux services financiers et leur usage et de surmonter les obstacles que rencontrent certains segments de la population pour en bénéficier. Depuis, des avancées importantes ont été réalisées, notamment :
- L’adaptation du cadre légal et réglementaire qui a favorisé l’entrée de nouveaux acteurs dans le marché (Etablissements de paiement, fintech, sociétés de crowdfunding), le développement de nouveaux services (m-wallet, assurance inclusive, crowdfunding, microfinance...) et l’accélération de la digitalisation des services financiers ;
- L’engagement du secteur bancaire en faveur des populations mal desservies telles que les TPE, les personnes en situation de handicap, les femmes et le monde rural ;
- L’amélioration de la capillarité du réseau bancaire et de paiement, qui est passé de 38.477 points d’accès en 2021 à 47.914 à fin 2024 ;
- La hausse du taux de détention des comptes bancaires par des adultes, qui a atteint 58 % en 2024 ;
- La progression importante de la détention de comptes de paiement, dont le nombre a atteint 15,8 millions, boosté par ceux ouverts aux bénéficiaires des aides sociales, qui ont bénéficié d’une tarification adaptée tenant compte de leurs spécificités ;
- La hausse continue des transactions par paiement mobile, particulièrement importante en 2025 avec environ 28 millions d’opérations pour une valeur de 7,3 milliards de dirhams, soit une progression de 41 % et 87 % par rapport à 2024 ;
- La progression des paiements par cartes bancaires au cours des cinq dernières années, à un rythme annuel moyen de 25 % ;
- La mise en place du virement instantané en 2023, qui connaît une pénétration rapide tant auprès des commerçants que des particuliers ;
- La diversification de l’offre bancaire avec la mise en place de services adaptés à chaque segment de la population répondant à leurs besoins spécifiques : produits participatifs, low income banking, etc. ;
- Le renforcement et l’adaptation des programmes d’éducation financière en adoptant des approches innovantes avec l’appui de la société civile et la mise en relation entre les populations cibles et les institutions financières sur des besoins financiers spécifiques.
Aussi, nos priorités aujourd’hui visent notamment la généralisation des unités d’accès aux services financiers à l’ensemble des territoires, le développement de l’écosystème du paiement numérique, la mise en place de mesures incitatives, la réforme du cadre légal et réglementaire pour lever les obstacles aux paiements électroniques, le renforcement de la confiance du public dans l’usage de ces paiements et sa sensibilisation aux risques qui y sont associés ainsi que la création d’un écosystème favorable au financement et à l’accompagnement de la TPE.
BAM envisage-t-elle le rôle des technologies financières pour accélérer l’inclusion, notamment auprès des populations non bancarisées ?
Bank Al-Maghrib considère les technologies financières comme un levier stratégique majeur pour accélérer l’inclusion financière au Maroc, en particulier auprès des populations encore non bancarisées ou insuffisamment servies.
La digitalisation des services financiers constitue, si elle est bien sécurisée, l’outil le plus efficace pour réduire les barrières géographiques et économiques, abaisser les coûts des transactions et adapter l’offre aux besoins spécifiques des ménages. La forte pénétration des technologies numériques au Maroc constitue un atout majeur pour un déploiement plus conséquent de ces services.
Pour ce faire, Bank Al-Maghrib, en coordination avec les autorités nationales, a mené des réformes réglementaires visant à simplifier le parcours client tout en garantissant la sécurité des opérations. Il s’agit en particulier de la mise en place d’un cadre pour l’entrée en relation à distance et l’usage du cloud par les banques, le renforcement des dispositifs de cybersécurité et de protection des données à caractère personnel et l’utilisation du système de Tiers de Confiance National, basé sur la nouvelle Carte nationale d’identité électronique, ainsi que la contribution à la mise en place du dispositif de signature électronique.
D’autre part, Bank Al-Maghrib et ses partenaires soutiennent, à travers la création du MFC, l’émergence d’un écosystème fintech national dynamique avec pour vocation de soutenir l’innovation dans les services financiers, d’accompagner les porteurs de projets innovants, de favoriser la collaboration entre régulateurs, institutions financières et acteurs technologiques et de contribuer à l’émergence de solutions adaptées aux enjeux d’inclusion financière et de paiement numérique.
Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib a publié en décembre 2025 un «Guide sur le parcours Fintech», spécifiquement destiné aux porteurs de projets fintechs et qui permet d’apporter une visibilité complète sur ce processus d’accompagnement.
Dans le même sens, l’encadrement du crowdfunding offre de nouvelles voies de financement désintermédié à des porteurs de projets exclus du crédit bancaire traditionnel.
D’un autre côté, la mise en place d’une plateforme nationale de scoring dédiée aux TPE et utilisant, en plus des données financières, des données alternatives basées sur l’intelligence artificielle, devrait favoriser le financement de ce segment d’entreprises.
Bank Al-Maghrib accompagne, sur le plan réglementaire, les banques dans leur transformation digitale, notamment en lien avec l’usage de l’IA dans le cadre du renforcement des dispositifs de protection de la clientèle.
Pour ce qui est de l’infrastructure nationale de paiement, nos projets visent à accélérer le développement de l’écosystème du paiement numérique par cartes bancaires et téléphones mobiles, à simplifier et unifier le parcours client du paiement instantané, à opérationnaliser un QR code standardisé et interopérable et à continuer à accompagner la digitalisation des paiements gouvernementaux.
BAM œuvre également pour l’encadrement de l’Open Banking et de l’Open Finance afin de favoriser le partage sécurisé des données financières entre les institutions financières et la création de services plus personnalisés et accessibles.
En parallèle, Bank Al-Maghrib a veillé à la protection de l’usage des services financiers digitaux par la clientèle, à travers notamment la diffusion de guides relatifs à l’usage sécurisé des services bancaires digitaux pour la prévention du grand public contre les cyberattaques de type phishing, des recommandations et mesures de cybersécurité destinées aux RSSI pour la protection des clients des banques contre le phishing ainsi que la mise en œuvre d’actions de sensibilisation et de mise en garde du public, au moyen de campagnes SMS, contre la divulgation de leurs codes ou données de paiement.
Quelle est la vision de BAM sur l’évolution du cadre réglementaire des établissements de paiement et leur contribution à l’inclusion financière dans les zones rurales et périurbaines ?
Bank Al-Maghrib adopte une approche réglementaire combinant flexibilité, promotion de l’innovation et proportionnalité au risque, et ce pour promouvoir l’inclusion financière et le paiement numérique et en particulier accompagner la digitalisation des aides sociales du gouvernement.
Dans ce sens, elle a pris, au cours de ces dernières années, un ensemble de mesures comme la mise en place d’un cadre dédié à l’ouverture des comptes à distance, l’allègement des modalités d’enrôlement des agents et des commerçants acceptant le paiement mobile, la suppression de l’obligation pour les agents de paiement d’avoir la qualité de commerçant, le déplafonnement des comptes de paiement ouverts aux commerçants pour l’acceptation des paiements électroniques ainsi que la révision à la hausse des plafonds des comptes de paiement.
De même, pour favoriser une plus grande capillarité du réseau des paiements et accroître l’attractivité de son modèle économique, nous avons revu le cadre réglementaire applicable aux agents de paiement pour lever l’obligation d’exclusivité des agents principaux et pour autoriser les agents détaillants à l’ouverture des comptes de niveau 2 dont le plafond maximum est de 4.000 dirhams, ainsi que l’ajout d’un quatrième niveau de compte avec un plafond de 100.000 dirhams.
Ces assouplissements ont été accompagnés par des mesures réglementaires pour mitiger les risques de fraude et de LBC/FT, en exigeant des établissements de paiement de définir des limitations sur les flux transactionnels en fonction des typologies et niveaux de risque identifiés et selon différentes fréquences (quotidienne, mensuelle et annuelle).
Quelles mesures spécifiques sont mises en place pour améliorer l’inclusion financière des femmes, des jeunes et des petites entreprises, et quelles sont les avancées mesurables dans ces domaines ?
Partant des résultats de l’état des lieux de l’inclusion financière au Maroc, la SNIF a identifié les femmes, les jeunes et les TPE parmi ses cibles prioritaires. Dans ce cadre, plusieurs mesures sont déployées pour l’accompagnement de ces cibles, la levée des freins à leur accès aux services financiers et l’adaptation des offres bancaires aux besoins et aux spécificités de ces segments.
Ainsi, l’initiative nationale pour l’autonomisation économique de la femme rurale a été élaborée sous l’impulsion de Bank Al-Maghrib, et ce à la suite d’une analyse approfondie du statut socio-économique des femmes rurales et d’une large concertation avec les parties prenantes concernées. Cette initiative s’est articulée autour de quatre axes stratégiques : la création d’opportunités économiques, le développement des compétences techniques, la promotion de l’inclusion financière et la levée des contraintes socioculturelles.
Les travaux engagés par Bank Al-Maghrib avec les acteurs concernés et l’appui de la GIZ ont permis de définir un modèle d’accompagnement ciblé, reflétant la vision holistique de l’initiative. Ce modèle a été testé auprès de 100 femmes entrepreneures rurales et a permis de développer des outils d’accompagnement adaptés, mis à la disposition de l’écosystème pour un déploiement élargi prévu au cours de cette année.
Deux autres initiatives structurantes pour l’inclusion financière des femmes sont en cours : le WE Finance Code et la Coalition marocaine. Lancé en partenariat avec la BERD et la SFI, le WE Finance Code offre un appui technique aux institutions financières pour l’adaptation de leurs produits et services aux besoins des femmes dirigeantes de TPME, en s’appuyant notamment sur l’exploitation de données financières ventilées par genre.
Quant au projet de la Coalition marocaine, il a été lancé avec l’appui du CGAP pour renforcer la coordination entre les acteurs de l’écosystème financier afin de promouvoir des approches innovantes en matière de conception des offres tenant compte des besoins des segments féminins et de réduire les écarts de genre dans l’accès aux services financiers.
S’agissant de la TPE, BAM a fédéré des acteurs publics et privés pour signer une charte qui formalise leurs engagements afin de favoriser un écosystème propice au développement des TPE, notamment en matière de financement, d’accompagnement, de formation et de sensibilisation de cette catégorie d’entreprises. Cette charte institue un Comité TPE, chargé d’assurer le suivi de la mise en œuvre de ces engagements, d’identifier les obstacles rencontrés par ce segment d’entreprises et de formuler les recommandations nécessaires pour y remédier.
Pour ce qui est des jeunes, plusieurs initiatives sont prises pour renforcer leur inclusion financière et accompagner leurs projets. Il en est ainsi de l’institution du MFC et de la mise en place du cadre dédié au crowdfunding, qui ont pour vocation de soutenir l’entrepreneuriat des jeunes pour la concrétisation de leurs projets. Aujourd’hui, trois plateformes de crowdfunding ont été agréées par BAM, dont deux ont déjà lancé leurs activités.
Sur un autre plan, le MFC a sélectionné une vingtaine de fintechs pour les accompagner dans leurs projets avec l’appui de l’UM6P.
De leur côté, les banques mettent en place, de plus en plus, des offres de services financiers digitalisés et attractifs pour les jeunes.
Par ailleurs, l’OMTPME soutient l’ensemble de ces initiatives en fournissant des indicateurs démographiques, économiques et financiers concernant les TPE et l’entrepreneuriat féminin.
Quels programmes d’éducation financière BAM soutient-elle pour renforcer l’usage des services financiers (et non seulement l’accès) auprès des populations mal desservies ?
Les programmes d’éducation financière, conçus en partenariat avec des acteurs publics et privés, ciblent en priorité les populations vulnérables ou mal desservies afin de les accompagner dans la compréhension des produits financiers, la gestion de leurs ressources et la prise de décisions éclairées.
À cet effet, des contenus pédagogiques sont développés en continu par la FMEF autour des principaux usages financiers – épargne, financement, assurance, comptes bancaires et de paiement, ainsi que moyens de paiement, notamment digitaux. Ils permettent de comprendre les services financiers, leurs fournisseurs, les situations concrètes d’usage, ainsi que le rôle des régulateurs du secteur et les recours possibles en cas de difficulté ou de réclamation.
Ces contenus sont conçus dans des formats variés afin de s’adapter aux réalités des publics visés : modules de formation, contenus en ligne, capsules vidéo, podcasts, spots radio, jeux pédagogiques, etc. En parallèle, la Fondation assure la formation de formateurs issus de ses partenaires – institutions publiques, associations, acteurs financiers et éducatifs – afin de garantir une démultiplication qualitative et pérenne des messages sur l’ensemble du territoire.
Le déploiement de ces programmes couvre régulièrement les écoliers et étudiants, les jeunes en formation professionnelle, des femmes engagées dans des parcours d’accompagnement, des populations en alphabétisation ainsi que des entrepreneurs et porteurs de projets. Ces actions sont mises en œuvre soit dans le cadre de dispositifs intégrés de formation et d’accompagnement, soit à travers des campagnes et événements nationaux qui rythment l’année et contribuent à ancrer des comportements financiers responsables dans la durée.
Parmi ces programmes figurent notamment «Culture financière pour les artisans», menée en collaboration avec le département ministériel chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, «Finance pour Entrepreneur», déployé en partenariat avec les banques et les associations de microcrédit, «Culture financière des femmes» et «Culture financière pour les jeunes».
D’autres approches innovantes sont déployées pour renforcer l’impact des programmes d’éducation financière, à l’image du modèle «City Tour» et «Douar Tour», conçu et expérimenté dans le cadre de l’initiative Greenback menée conjointement avec la Banque mondiale. Cette approche immersive combine formation classique et visites guidées au sein des points de vente bancaires et des établissements de paiement, permettant aux bénéficiaires de se familiariser concrètement avec l’offre de services financiers et d’en favoriser l’appropriation.
Des contenus spécifiques aux fraudes et arnaques financières et aux risques liés à la cybersécurité sont intégrés régulièrement dans les modules de formation et diffusés à large échelle à travers les réseaux sociaux et des campagnes de sensibilisation dédiées. Ils couvrent un large éventail de thématiques : utilisation sécurisée des moyens de paiement digitaux, protection des données personnelles, bonnes pratiques à adopter au quotidien, points de vigilance. L’accent est mis en particulier sur les formes de fraude liées à l’épargne et à l’investissement, notamment les systèmes de vente pyramidale, les messages diffusant de fausses opportunités d’investissement ou encore l’utilisation de plateformes de trading non autorisées.
Pour ce qui est des réalisations chiffrées, l’année 2024 a enregistré :
- 57.500 bénéficiaires de séances de formation, dont 44 % sont des femmes et 38 % résident dans des zones rurales ;
- 146 formateurs accompagnés par la FMEF relevant de 10 partenaires (ministères, banques, structures d’accompagnement, AMC...) ;
- 76.000 personnes ayant bénéficié d’actions directes de sensibilisation et d’information.
Comment BAM collabore-t-elle avec d’autres institutions publiques, organisations internationales ou acteurs privés pour maximiser l’impact de l’inclusion financière ?
Bank Al-Maghrib collabore avec un large éventail d’institutions nationales et internationales afin de maximiser l’impact de l’inclusion financière.
Au niveau national, la Banque travaille en étroite coordination avec les autorités publiques et de régulation, ainsi qu’avec les acteurs bancaires, les associations professionnelles et la société civile. Cette coordination porte sur les aspects réglementaires et mobilise l’expertise technique, le soutien opérationnel et la connaissance du terrain pour développer des politiques et des programmes d’inclusion financière adaptés aux besoins des populations cibles et mettre à l’échelle ces initiatives.
Sur le plan international, Bank Al-Maghrib s’appuie sur des partenariats avec plusieurs organismes internationaux qui apportent un appui technique, les bonnes pratiques éprouvées à l’étranger et un accompagnement dans la mise en œuvre de solutions innovantes.
Cette approche partenariale, adoptée comme un levier de la Stratégie nationale d’inclusion financière, contribue à l’efficacité des actions menées et permet d’ancrer l’inclusion financière dans des programmes nationaux tout en créant des synergies pertinentes.
